Chronique Cinéma


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Index


Introduction


XXIe siècle
Coach Carter (2005)
Doom (2005)
Horloge Biologique (2005)
Kung Fu Hustler (2004)
Les Aimants (2004)
Les Robots (2004)
Troie (2004)
Alexandre (2003)
La Planète Rouge (2000)


XXe siècle
Bernie (1996)
Independence Day (1996)
Le Sphinx (1995)
L'Armée des ténèbres (1993)
Rambo I (1982)
Silent Rage (1982)


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Chronique Cinéma
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Introduction



Les critiques de la culture faites par des particulier-ère-s inconnu-e-s sont assez impertinentes. Personne ne veut savoir ce que vous, la personne normale, peut bien ressentir en s'imprégnant de culture comme on s'imbibe de piquette. D'autant plus que, puisque vous êtes un-e membre de la population générale, vous ne comprenez rien à rien à la culture et ne faites que répéter, mais plus maladroitement, ce qui a déjà été dit ailleurs et ce que tout le monde pense. Cependant, Star Scrap E-Zine est largement impertinent et erratique. Par conséquent, il a été décidé qu'une chronique sur la culture populaire devait être ajoutée sur ce site et ce, uniquement à partir de la bonne volonté de votre chroniqueuse Julie Lumière, moi-même en personne, une femme plus qu'ordinaire et moyenne, une femme DU PEUPLE (euh, en fait, pas vraiment) ! Savourez l'utilité de la chose !

Dans cette chronique, vous trouverez des descriptions et des avis sur les produits culturels que sont les films et ce, pour votre plus grand désintérêt !

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Julie Lumière
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Coach Carter (2005)

2006-02-03



Pour des jeunes qui se cherchent, une personne significative peut altérer une trajectoire de vie qui serait, sans son intervention, vouée à la misère. C'est ce dont le film Coach Carter parle. Un entraîneur noir devient une sorte de mentor pour l'équipe de basketball d'une école secondaire située dans un quartier défavorisé de Richmond (CA, US). À travers une série d'épreuves, et avec beaucoup de discipline et de rigueur, il aide les jeunes de l'équipe à cheminer, tant sur le plan académique que personnel.

Les thèmes de la solidarité entre joueurs de l'équipe, de l'intégration (par l'école) et de l'exclusion (par la rue) sociales sont abordés. Des questions importantes sur le système d'éducation sont soulevées (faible réussite scolaire des sportifs, le sport comme méthode de mobilité sociale), ainsi que par rapport au phénomène du vedettariat éphémère des jeunes sportifs locaux (esprit sportif, statut apporté par le sport). La vision du monde présentée constate les inégalités sociales et ses malheureux déterminismes, en tient compte, mais présente de façon très libérale le succès de quelques-uns, ce qui laisse en suspens une sorte de message «si tu veux, tu peux» des plus américains.

Coach Carter est un très bon film. Il est un peu long, néanmoins, et on peut finir par se lasser de voir les joueurs faire des paniers et les cheerleaders se faire aller. Ces scènes permettent toutefois d'alterner entre les aspects sportifs, scolaires et psychologiques du film.

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Julie Lumière
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Doom (2005)

2006-02-10



Les films créés à partir de jeux vidéo ne donnent généralement pas de très bons résultats, et Doom n'échappe définitivement pas à cette règle. L'histoire du film, sans surprise, est à l'effet qu'une compagnie privée de recherche sur la planète Mars fait des expériences génétiques qui tournent mal. Les Space Marines, une escouade virile spéciale hautement entraînée composée d'individus très typés, sont donc envoyés pour régler le problème. Commandés par nul autre que le lutteur THE ROCK (et OUI, il y a une scène de lutte à la fin du film, c'est carrément navrant), individu autoritaire, impitoyable (il passe son temps à menacer tout le monde ou à les tuer) et sans esprit critique («je ne suis pas payé pour penser»), toujours fâché, aux talents d'acteur tendant vers zéro, ils aboutissent sur la base et investiguent la situation avec leurs grosses armes, tuant passablement tout le monde et se faisant tuer par le fait même. Ce scénario est sans originalité, sauf pour le fait que LA femme (une archéologue qui maîtrise la biologie et la génétique, c'est toujours très pratique !) du film ne se fait pas sauter par un des mâles virils. Ladite archéologue est néanmoins incapable de se débrouiller par elle-même, alors elle ne représente pas une critique des rôles traditionnels. Dans l'ensemble, la faiblesse de l'histoire cache difficilement que les jeux vidéo de type shoot-em-up 3D présentent des contextes minimalistes au rationnel léger, prétextes à de l'action violente. Si le matériel de base n'est pas très bon dès le départ, notons-le, le film ne le bonifie pas tellement.

Dans un style qui rappelle parfois Alien I (les scènes d'attente habituelles avec suspense dans lesquelles des monstres attaquent de façon intermittente), parfois Alien II (massacre-a-plenty), et certainement des films de zombies (car il y en a effectivement : ah, les mutations), Doom inclut quelques éléments pour accrocher les fans du jeu, mais cela ne fonctionne pas. L'histoire de base est trop typique, simplice et naïve pour être intéressante. Le canon BFG est légèrement spectaculaire, mais pas vraiment utilisé (les effets spéciaux sont tenus à un minimum, en fait). La passe après le réveil de Reaper (un des soldats), présentée sous forme de massacre d'après une perspective subjective (comme si le personnage principal jouait à Doom et descendait une horde de zombies), est purement gratuite.

De temps à autres, l'auditeur-trice a droit à des séquences pas-de-but, sorties de nulle part, dans lesquelles la «logique» scientifique (oui oui, des chromosomes supplémentaires et des mutations généralisées qui ne prennent que quelques heures à peine à se mettre en place) des expériences et des problèmes rencontrés est présentée de façon brute, sans découverte progressive, sans suspense, sans construction. Il ne se passe rien, on ne sait rien et, soudainement, là, tout s'explique pour ce qui est des zombies. Curieusement, pour les autres monstres, on ne dispose que de très peu d'information. Ils sont là, et c'est tout. Cette pseudoscience, comble de malheur, s'accompagne de MESSAGES chrétiens qui ne cadrent pas tellement avec le reste. Bien entendu, la drogue c'est mal, et quelques influences créationnistes viennent ajouter à l'insulte : il existe des bons et des méchants déterminés biologiquement par les chromosomes de l'esprit et seul-e-s les méchant-e-s sont infectés.

Ces éléments convergent vers le thème principal, voire unique, traité dans le film : la mauvaise science. Les découvertes à l'origine des problèmes sont présentées comme un ensemble de recherches secrètes et crapuleuses, qui ne respectent pas les règles d'éthique. La science va au-delà du raisonnable, les humains sont puni-e-s pour cela (mutations, massacres). C'est tout juste si on n'entend pas un personnage quelconque nous rappeler à quel point «jouer à Dieu» peut être dangereux.

Dans l'ensemble, ce film n'apporte rien de plus, ou de mieux, à tout ce qui a déjà été fait dans le genre. Quelques éléments intéressants, mais rares, sont placés là parce qu'il fallait le faire, parce que c'est cela qui se passe d'habitude... une sorte de recette à suivre. Le résultat est une juxtaposition de pièces incomplètes, sans âme, à l'image des monstres éliminés dans le film. Même si vous êtes un-e fanatique de Doom, vous risquez fortement d'être déçu.

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Julie Lumière
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Horloge Biologique (2005)

2006-07-28



Un groupe d’amis, des hommes jeunes professionnels en début de trentaine, agissent comme des adolescents attardés égoïstes et utilitaristes. Ce faisant, ils traitent leurs conjointes avec bien peu d’égards, préférant les activités entre hommes (sport, alcool, danseuses), les relations sexuelles, l’évitement et la manipulation aux rapports égalitaires. Les extraits durant lesquels les hommes s’imaginent dire ce qu’ils pensent vraiment à leurs conjointes sont d’ailleurs révélateurs à ce sujet. Le film raconte l’histoire de ces couples, plus particulièrement de la partie masculine, qui fait face à une crise lorsque les femmes veulent avoir des enfants. Un des couples a déjà un enfant, ce qui fait réfléchir longuement les hommes des autres couples.

Les gens ordinaires, les personnes scolarisées et les critiques aiment ce film – et ils-elles le trouvent drôle. Personnellement, je ne partage absolument pas cette opinion, pour les deux raisons suivantes. La première raison est que ce film n’est qu’un ramassis, une pure réaffirmation des stéréotypes de relations hommes-femmes. C’est usé à la corde, notamment par les humoristes pas drôles (cf. Chronique Humour : Fondements théoriques de l'humour ad populum). Cela commence avec le titre («horloge biologique», expression qui désigne ce besoin socialement conditionné pour les femmes d’avoir des enfants) et se rend jusqu’au traitement en profondeur du thème dominant du film : les hommes ont peur de l’engagement et veulent une liberté sans responsabilité. Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle là-dedans mais, en tous les cas, cela ne fait que conforter les hommes dans leurs actes les plus discutables et fâcher davantage les femmes qui les subissent (cf. Chronique Société : La Colère des femmes). Cela attise aussi cette espèce de «guerre des sexes» sans but : les hommes sont comme ceci, les femmes sont comme cela, tout le monde est médiocre, alors, insultons-nous à défaut de pouvoir s’améliorer. C’est peut-être une démarche qui soulage de façon très passagère lorsque vous vous trouvez dans une situation de vie difficile dans vos relations avec le sexe opposé et qui vous donne l'impression de supériorité d'avoir raison (cf. Chronique Société : La Fierté d'avoir tort, tous ensemble !), mais cela ne règle absolument rien.

La deuxième raison, qui découle de la première, est que le film présente une vision essentialiste des hommes. Ils sont TOUS pareils (même lorsqu'ils sont différents), largement dépourvus du plus élémentaire sens des relations interpersonnelles et du respect, complètement dominés par leurs instincts, et faibles. Justement, le film montre parfois des parallèles avec la scène d’ouverture (des hommes préhistoriques qui partent à la chasse, sauf celui qui a un enfant), le personnage homme des cavernes remplaçant parfois le véritable personnage l’espace d’une seconde. En fait, si tant de gens apprécient ce film, c’est qu’ils-elles reconnaissent la réalité (à peine exagérée, si j’en juge par des témoignages de femmes) à travers celui-ci. Le problème n’est pas là; le problème est que la cause semble être attribuée subtilement à une sorte de «médiocrité intrinsèque» dont les hommes sont victimes. Évidemment, cela justifie le statu quo puisque les hommes, selon cette vision, NE PEUVENT PAS changer. La preuve, c’est qu’ils n’ont pas changé depuis l’époque préhistorique.

Horloge Biologique présente donc des thèmes connus, des stéréotypes connus, bref, beaucoup de réchauffé de ce qu’on entend déjà ailleurs. Cependant, c’est fait sans grand ménagement, le pire de ce que peuvent faire les hommes dits moyens (très moyens, dans le cas présent) étant alors mis à l’avant-plan encore plus que dans les autres films du genre. Ce procédé d’aller vers l’extrême sans apporter de réflexion, s’il fonctionne bien, n’est pas nouveau; il s’agit d’une forme d’«humour» déjà documentée (cf. Chronique Humour : Humour ad populum, futurologie et succesion), sans grande profondeur. On réalise Horloge Biologique comme on fait un grand collage de sens commun.

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Julie Lumière
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Kung fu hustler (2004)

2005-10-20



Je visionnais, avec un autre membre de ma famille, le film Kung fu hustler la fin de semaine de l'Action de grâces. Il s'agit d'un film dont l'intrigue se déroule quelque part dans une ville chinoise. Une bande de malfaiteurs terrorise la plupart des quartiers de la ville. À la suite d'une maladresse quelconque d'un imbécile total qui n'arrête pas de vouloir jouer les durs, d'essayer d'être méchant et d'injurier tout le monde sans raison apparente (avec pour seul résultat de se faire battre souvent), le gang de rue décide d'aller trasher les habitant-e-s d'un quartier ultra-pauvre jusque là ignoré.

Dans ce quartier, les citoyen-ne-s vivent dans l'extrême indigence et ont, semble-t-il, beaucoup de difficulté à payer le loyer, au grand dam de la propriétaire autoritaire et de son mari désinvolte. Lorsque le gang de rue vient pour imposer sa loi, trois improbables kung fu masters de la population locale (dont un tisserand homosexuel qui se bat avec des bracelets) se lèvent et anéantissent tout le monde. Cela rappelle un peu le style Jackie Chan au sens où n'importe qui, dans la société, est un kung fu master potentiel et en vient à se battre.

Ensuite, les malfaiteurs embauchent d'autres kung fu masters pour se venger et s'ensuit alors une épique bataille entre tout ce beau monde, d'autres kung fu masters insoupçonné-e-s (p.ex des musiciens traditionnels qui font appel à la magie), voire très, très insoupçonné-e-s. Je n'en dis pas plus long pour ne pas gâcher la surprise.

Si, au départ, rien n'est vraiment exceptionnel dans ce film et l'histoire ne va nulle part, tout devient rapidement humoristique et bizarre, jusqu'à l'absurde. Il y a quelques stéréotypes sur les asiatiques ça et là qui peuvent devenir agaçants. Mais, en somme, plusieurs des éléments du film, au départ complètement gratuits, en viennent à être utilisés de façon adroite et un peu imprévue. Les effets spéciaux pour les combats sont réussis et utilisés sciemment, dans un style qui ressemble à celui de La Matrice, mais en plus cheap. L'histoire dégénère et les effets spéciaux arrivent en crescendo, donc la seule réaction qu'on a, c'est une sorte d'appréciation grandissante.

Le «cri du lion» et la «paume ardente de Bouddha», ça tue.

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Julie Lumière
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Les Aimants (2004)

2006-02-24



Les relations amoureuses, monde complexe et difficilement évitable de la vie quotidienne, sont généralement traitées avec peu d'originalité et ne font que réaffirmer la vision dominante de l'amour et de la sexualité (un genre de conte de fées hollywoodien, si vous voulez). Dans Les Aimants, une comédie de Yves Pelletier (un ancien de Rock et belles oreilles), ce n'est pas tout à fait ce qui se passe. Les personnages du film, tous-tes liés par l'amitié ou une quelconque relation affective ou de sexualité, s'enfoncent dans de grands questionnements sur leurs vies intimes respectives lorsque plusieurs concours de circonstances les mènent vers une sorte d'enchevêtrement relationnel labyrinthique, tout cela sur le fond d'une analogie intéressante avec le magnétisme qui revient sans cesse (d'où le titre du film; c'est un jeu de mots).

La gymnastique intellectuelle qui a permis d'élaborer ce scénario pourrait être qualifiée de tout à fait respectable. L'histoire, plutôt imprévisible (sauf la fin, qui est un peu trop naïve), subit de nombreuses péripéties suivant l'ambivalence des personnages, et leurs vies deviennent de plus en plus mêlées. Cela tient l'auditeur-trice éveillé tout au long du récit. Il vient alors une crise collective; après quelques explications de part et d'autres, durant lesquelles les masques tombent et l'authenticité apparaît enfin, les personnages font des choix sur leurs vies et sortent de l'indécision. En plus de l'histoire, une autre force du film repose sur le jeu des acteur-trice-s, qui est en général très fort. Les personnages sont un peu trop typés (l'artiste volage, la hippie naïve, la matérialiste utilitariste, l'ingénieur rationnel...), mais l'interprétation de certains est superbe (notamment, Emmanuel Bilodeau, dans le rôle de Manu Pouliot, est vraiment excellent). De petites apparitions d'anciens de Rock et belles oreilles dans des rôles mineurs, très réussies, ne font qu'ajouter à l'intérêt de l'ensemble du film.

Finalement, Les Aimants, c'est une comédie moderne, présentée dans un style qui s'inspire probablement des pièces de théâtre de la Renaissance dans lesquelles les aristocrates s'envoient en l'air avec tout le monde, situation débouchant immanquablement sur des situations loufoques. Le film est cependant beaucoup plus sobre que cela, ce qui est bien et permet d'ajouter une dimension sérieuse. Au-delà d'un simple amusement, pour vraiment apprécier Les Aimants, il faudra être en mesure de s'intéresser aux réflexions des personnages, à la dimension plus profonde du récit.

Cette dimension humaine, justement, s'attarde beaucup sur le thème de l'authenticité. En arrière-plan, on retrouve aussi les questionnements sur les motivations (parfois contradictoires) à choisir une personne ou une autre (et parfois les deux) pour être en couple. Tous les personnages jouent un jeu, ne se présentent pas sous leur vrai jour ou se mentent à eux-mêmes et à elles-mêmes. Bien que cela soit présenté de façon caricaturée, c'est un clin d'oeil intéressant (et nécessaire) sur les relations affectives régies par un ensemble de règles parfois bien accessoires et aliénantes. Cela permet d'introduire un autre thème, celui de l'adultère (malheureusement banalisé). Ce sont les relations parallèles et le manque d'authenticité qui, dans ce film, conduisent à la crise. L'impasse commence à se dénouer seulement lorsque les personnages décident, par la force des événements, de se dire les vraies choses. Cette vision des relations est un peu naïve; bien d'autres facteurs que le manque d'authenticité sont à la base des problèmes relationnels (p.ex. les relations de pouvoir et les inégalités), et les conséquences peuvent être bien plus lourdes que celles du film. Malgré tout, Les Aimants apporte un regard rafraîchissant, à la fois drôle et humain, sur les relations amoureuses.

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Julie Lumière
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Les Robots (2004)

2005-08-31



Le film Les Robots raconte l'histoire d'une compagnie futuriste (qui porte le nom d'une compagnie actuelle existante : USR), qui fournit le monde en robots-à-tout-faire. Quand la cinquième génération de robots est manufacturée, un problème survient et les robots, créatures automates aux allures de crash test dummies commandées par un logiciel conscient de contrôle via un relais-satellite, déclenchent une révolution dans le but d'établir une dictature du robotariat qui protégera l'humanité d'elle-même. Évidemment, grâce à l'intervention d'un policier sceptique, d'une chercheure de la compagnie et d'un robot spécial devenu conscient (ne partez pas sans lui), cela ne fonctionne pas.

Ce film n'est pas très bon, à part pour l'intérêt, la curiosité de savoir comment les scénaristes ont ficelé toute l'histoire. Quelques éléments inattendus arrivent à nous intéresser, mais pas à nous surprendre. Les fausses pistes et les alternatives ne sont guère crédibles. Dans le registre du non crédible, le fait que l'action se déroule en 2035 seulement est une véritable douche froide de maladresse.

Dans l'ensemble, le film est moins bon et amusant que Terminator III, quoique légèrement plus imprévisible. Justement, des thèmes très similaires à ceux de Terminator III sont abordés. Les messages véhiculés tournent autour de l'unicité de l'expérience humaine, de la supériorité de l'humain sur la machine, et bien sûr de l'échec de l'institution scientifique.

Bref, le film Les Robots n'offre pas grand-chose d'original ou de nouveau, et ne le réussit pas particulièrement bien. Ce n'est qu'une variation dissonante, tardive, de quelque chose qui existait déjà, et en plusieurs exemplaires.

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Julie Lumière
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Troie (2004)

2006-01-26



Troie, c'est l'Iliade d'Homère, mais en film. Les rois grecs, sous le commandement des rois de Mycènes et de Sparte (respectivement, Agamemnon et Ménélas) décident de monter une expédition contre Troie lorsque un des deux princes de cette ville (Paris) part avec la reine de Sparte (Hélène). Divers héros se joignent à l'expédition, on assiste à plein de batailles et de gestes plus ou moins héroïques, et bien des morts ont lieu.

Le thème principal, qui tient toutes les ficelles du film, est l'honneur. D'autres thèmes tels que le courage, la mort, la gloire, les intérêts individuels c. collectifs, la liberté, et évidemment l'amour, sont aussi présents. L'ensemble donne lieu à un univers relativiste dans lequel plusieurs formes d'honneur apparaissent comme légitimes, mais antagonistes. On y retrouve l'honneur familial (Ménélas, Paris, Hélène), l'honneur pour la gloire de l'individu (Achille) ou du royaume (Agamemnon), l'honneur pour la patrie (Hector).

Le style du film Troie s'apparente beaucoup, tant pour les scènes d'action, les costumes que la musique (qui a par ailleurs des accents égyptiens discutables), à la trilogie Le Seigneur des anneaux. Parfois, on peut éprouver l'étrange impression de se retrouver dans le jeu Age of empires. Précisons aussi que les acteur-trice-s n'ont guère le profil grec, et que plusieurs sont légèrement anachroniques (Achille avec ses cheveux blonds de surfer californien; Ajax avec ses airs de Viking). Tout cela peut devenir agaçant. De plus, on sent une volonté de pluger le plus de noms de personnages mythiques (même si ceux-ci jouent un rôle infiniment mineur dans l'histoire) et de camper rigidement les motivations de chaque personnage. Cela permet de les présenter comme des humains faillibles, avec leurs faiblesses (les «bons» et les «méchants» changent de place pendant le film, et il en existe dans les deux camps, ce qui est très, très bien !) mais en même temps cela les enferme dans des catégories sans nuance (on finit par bien le savoir que le roi de Mycènes est là pour la gloire, quasiment jusqu'à la folie, inutile d'en rajouter). Il aurait été possible de procéder avec plus de subtilité.

Troie est un bon film, très divertissant, mais ce n'est pas vraiment l'Iliade (tant en qualité que pour le scénario). Le jeu des acteur-trice-s est inégal, et le réalisateur a pris des libertés importantes par rapport à l'histoire originale. Certains événements sont interchangés dans le temps, et divers personnages meurent alors qu'ils ne devraient pas (ou inversement). L'aspect mystique et le rôle des Dieux et Déesses est réduit à l'état de croyances, alors que les querelles divines sont importantes dans le déroulement de l'Iliade (un peu de magie avec des effets spéciaux subtils comme dans Le Seigneur des anneaux : la confrérie de l'anneau aurait été un ajout vraiment percutant). Le focus varie aussi constamment. Le fil conducteur s'avère parfois difficile à suivre vu qu'on passe rapidement d'un personnage à un autre et que certains sont laissé-e-s en plan même si on tente de les inclure (et c'est avant tout un film d'hommes qui se tapent dessus à longueur de journée pour l'honneur). Ainsi, le très individualiste Achille (ainsi que son aventure avec la prêtresse) occupe beaucoup trop de place, alors que Hélène ne dit à peu près plus rien d'utile après les trente premières minutes du film (et il est assez difficile, par ailleurs, de croire qu'elle est la plus belle femme du monde). Ces modifications apportées au récit ne sont pas des détails. Elles ont pour principale conséquence de diluer l'histoire. Le film perd en profondeur ce qu'il gagne en spectaculaire, et une telle histoire est suffisamment grandiose pour rester spectaculaire même si présentée avec sobriété.

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Julie Lumière
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Alexandre (2003)

2006-01-12



Alexandre est un film qui raconte la vie d'Alexandre le Grand, conquérant grec de l'Antiquité. Il ne s'agit pas d'un film de guerre ni d'un documentaire historique (bien qu'il semble que le film suive assez fidèlement les faits connus, mises à part quelques libertés excusables, peut-être). La perspective est celle d'un de ses anciens généraux. Le récit parle notamment de la gloire, de l'amour et du racisme. La gloire et l'immortalité par l'histoire reviennent tout au long du film, peut-être un peu trop explicitement, un peu comme dans Troie. La forme de la gloire recherchée évolue bien vite en appât du gain matériel chez plusieurs soldats et les illusions finissent par se perdre. Il s'agit d'une belle ouverture, mais celle-ci aurait davantage pu être développée, à mon avis. L'amour est présenté tantôt comme une préférence pour un individu donné dans la famille (relation mère-fils) ou à l'extérieur de celle-ci (l'homosexualité dépeinte sans retenue et sans excès, naturellement, me semble saine et en accord avec la mentalité de l'époque), tantôt comme une nécessité (la descendance, les héritiers).

Le traitement réservé aux cultures m'apparaît particulièrement appréciable. Au fur et à mesure que Alexandre et son armée progressent de la Grèce jusque en Inde, les spectateur-trice-s ont droit à des scènes d'art et de danse propres aux diverses cultures rencontrées. Malencontreusement, l'auditeur-trice comprend qu'il s'agit d'un prétexte pour montrer des femmes (peu habillées) qui dansent. Les décors et les costumes sont indéniablement forts, particulièrement bien réussis. Au-delà du matériel, le film apporte une réflexion intéressante. Alexandre le Grand étant tolérant, des discussions entre lui et ses officiers tournent rapidement autour de questions relatives au racisme, à la tolérance, à l'égalité entre les individus, et certains (dont Alexandre) constatent que leur culture comprend bien des préjugés par rapport aux «barbares» et que les cultures orientales sont parfois très riches.

Ce film n'est pas mauvais; il est très bien réussi à plusieurs égards, mais de nombreux éléments de la réalisation sont assez désagréables pour gâcher en partie l'expérience. Le film dure trois heures, ce qui est long. Le rythme est très lent : quelques scènes de bataille, trop longues, sont entrecoupées de longs échanges pseudo philosophiques qui construisent un peu maladroitement, par excès, l'histoire psychologique et la personnalité d'Alexandre et de ses proches. Premièrement, la relation mère-fils présente la mère comme une sorte de conspiratrice méchante qui ne vit que pour son fils. C'est l'archétype de la belle-mère, si vous voulez, et tant d'insistance est mise sur le fait qu'elle est bizarre et méchante (du début à la fin) qu'on finit par se demander qu'est-ce qui a poussé les scénaristes à la présenter ainsi (on dirait que quelqu'un pousse par-derrière; c'est excessif). Deuxièmement, Alexandre le Grand nous apparaît comme une sorte de grand conquérant humaniste, voire un explorateur curieux, qui veut trouver le bout du monde et libérer les peuples opprimés des tyrans. Il est vrai que, historiquement, Alexandre le Grand a exploré des contrées lointaines et qu'il était tolérant, donnant aux peuples conquis des libertés civiles et adminitratives importantes pour s'assurer leur collaboration. Malgré tout, cela n'en fait pas un homme bon pour autant; il reste un empereur en quête de territoire, de richesses et de pouvoir, qui a tué bien des gens pour la gloire. La tentative de rendre ses guerres nobles par des procédés stylistiques échouent, et la musique lors des batailles est bien plus glorieuse que ce qui s'y passe (contrairement à p.ex. Le Seigneur des anneaux : les deux tours). Or, dans le film, Alexandre est un individu avec de bonnes intentions, et très tourmenté -- on en vient presque à le prendre en pitié (!) (il s'agit d'un procédé dans lequel on insiste sur la souffrance de l'agresseur et des causes psychologiques derrière celle-ci, ce qui a pour effet de le métamorphoser en victime pour les observateur-trice-s extérieurs), et il a finalement l'air d'un faible, et cela vient probablement de sa relation avec sa mère (MERCI, psychologie populaire !). Cela ne cadre tout simplement pas avec la réalité, et ses crises d'angoisses nous apparaissent impromptues, erratiques (genre Anakin Skywalker de Star Wars II, mais en moins malade).

D'autres maladresses sont présentes dans le film. Le comédien qui joue Alexandre le Grand n'est pas un vrai blond, et plus le film avance, plus c'est évident. Quelques américanismes sont particulièrement mal placés (je fais référence à ses discours de motivation au combat et à l'utilisation assez gratuite du concept de liberté), sans compter les références historiques a posterioristes (p.ex. quand un acteur date un événement précisément ou qu'il parle d'un fait que les Grecs ne devraient pas connaître). L'observateur-trice alerte peut aussi détecter des «romanismes» : des conspirations politiques typiques de l'Empire Romain et des tactiques de combat pas encore inventées (!). Aussi, comme dans Troie, aussitôt que quelqu'un a la chance d'utiliser un nom mythique ou historique connu, il le fait. Cela donne lieu à des bizarreries pour les gens qui connaissent la mythologie, parce que parfois un personnage secondaire a le même nom qu'une figure peu connue de la mythologie sans que ce ne soit la même personne (imaginez la scène suivante : «on aurait besoin d'un nom pour ce personnage-là...»).

Alexandre, ce long-métrage, nous montre donc un Alexandre le Grand glorieux, mais à la personnalité fragile. L'ensemble du film tente d'embarquer les spectateur-trice-s dans l'histoire à partir de cette prémisse. Cependant, le résultat, excessif par sa longueur, est que les gens derrière le film semblent vouloir nous pousser à adopter cette vision plutôt que de seulement l'exposer. Les efforts investis, parfois peu subtils, placent les gens qui ont quelques bases en histoire dans une logique constamment dissonnante, ce qui est présenté ne cadrant pas avec l'idée qu'on se fait des faits historiques. Au lieu de se forcer pour mener les spectateur-trice-s vers la réalité envisagée par les gens derrière le film qui pensent constamment à ce qui peut accrocher et ce qui ne peut pas accrocher, peut-être aurait-il fallu prendre la réalité et la peindre de façon plus crédible en insistant non pas sur les apparences (costumes, décors...) mais plutôt sur le fond des choses.

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Julie Lumière
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La Planète rouge (2000)

2005-10-16



Hier soir, je regardais La Planète rouge. L'histoire se déroule dans un contexte préapocalytique : la Terre se meurt, surpeuplée par 12 milliards d'humains, et des efforts de colonisation sont en cours sur Mars. Bref, c'est sensiblement la même chose que Dans une Galaxie près de chez vous, mais en plus dramatique, assez peu drôle, et avec du budget.

La première demi-heure du film est excellente : l'ambiance est tendue, rien ne fonctionne lorsque l'équipe arrive sur Mars... et quand je dis «rien», je veux vraiment dire «rien». Le vaisseau est endommagé, la capsule d'aterrissage n'arrive pas au bon endroit, on compte des morts, le robot de soutien logistique se détraque (une excuse pour des scènes d'action), puis il semble que des choses étranges se soient produites depuis le dernier envoi.

C'est à ce moment-là que tout devient médiocre (sauf les effets spéciaux et le saisissant réalisme du rouge martien, sauf par rapport au relief beaucoup trop plat). Les angoisses existentielles, qui mettent à l'épreuve les plus grand-e-s spécialistes terriens de l'époque (tous des hommes sauf la commandante) se métamorphosent en discussions viriles pas de but. La cause des irrégularités sur Mars est vraiment inusitée (dans le sens de «what the fuck ?») et, comme par hasard, devient une possibilité pour les terrien-ne-s de trouver une nouvelle source d'oxygène. Des solutions complètement improbables pour se sortir du pétrin fonctionnent. La volonté de garder quelques éléments de réalisme historique (même si c'est dans le futur) en deviennent fâcheuses puisqu'elles donnent lieu à des solutions à la Star Trek. C'est-à-dire que, en dernier recours (et plusieurs fois de suite, cela en devient prévisible), nos vaillants héros réussissent à bricoler des trucs haute technologie à partir de vieux restes d'équipement et de pièces incompatibles. Et je ne vous parle même pas de l'histoire d'amour en arrière-plan.

En somme, La Planète rouge est terriblement moins bon et moins humain que Dans une Galaxie près de chez vous.

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Julie Lumière
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Bernie (1996)

2006-02-17



Imaginez un simple d'esprit qui rencontre une série d'individus égoïstes et psychopathes, et vous aurez une bonne idée du film Bernie. Dans ce film expérimental français, Bernie réfère au nom d'un simple d'esprit devenu adulte. Il décide soudainement de quitter l'orphelinat dans lequel il est hébergé et travaille pour retrouver ses parents. Il s'imagine une sorte de scénario fantaisiste sur son passé et part à l'aventure. Utilisant des méthodes qui défient naïvement l'éthique, le respect des autres et les plus élémentaires normes sociales, Bernie finit par rencontrer plusieurs curieux personnages (par ailleurs vraiment originaux !) qui, s'ils et elles ne sont pas simples d'esprit, sont largement mus par leurs intérêts personnels immédiats.

Le film donne lieu à plusieurs scènes parfois drôles, parfois effroyables, mais toujours déconcertantes (p.ex. Bernie et Willis vont «délivrer» la mère de Bernie et, en chemin, ils affilent des pelles sur le garde-fou de l'autoroute). Le thème de l'exclusion sociale est majeur dans ce film, les personnages principaux étant pour la plupart des marginaux (simple d'esprit, clochard, alcoolique, drogué-e...) qui défient beaucoup de règles et vivent en quelque sorte dans un monde parallèle. La vision du monde présentée nous expose à un univers dans lequel le chacun-pour-soi à court terme est la règle d'or dans certains groupes (les exclus-e-s) malgré les efforts des institutions pour socialiser les individus. Ces mêmes institutions, cependant, finissent par rattrapper les personnes déviantes, avec des conséquences fâcheuses aggravant leur condition de «survivant-e-s».

Mon appréciation du film est mitigée. D'un côté, ce long-métrage est particulièrement impressionnant en ce qui concerne l'autonomie intellectuelle derrière le scénario. C'est vraiment inédit. D'un autre côté, on retrouve des scènes de violence excessive (à la Orange mécanique) présentées avec une extrême désinvolture. C'est parfois drôle, mais, tout au long du film, l'auditoire a sans cesse cet arrière-goût désagréable, cette dissonnance du fait que la violence présentée est très réaliste. Les conséquences de cette violence sont évidentes pour l'auditeur-trice (de nombreuses vies innocentes sont ruinées), mais les personnages du film, de par leurs limites ou leurs caractéristiques, s'en fichent ou ne les perçoivent tout simplement pas. Cet écart reprend et fait néanmoins vivre le thème principal du film, la distance qui sépare la personne dite normale (celle qui regarde le film) et les exclus-e-s (les personnages). En ce sens, tant par le fond que par la forme, le perçu et le senti, Bernie constitue une expérience amusante, et déstabilisante.

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Julie Lumière
Julie Lumière

Independence day (1996)

2005-07-09



C'est l'histoire de plusieurs personnages qui n'ont pas grand-chose en commun et qui cheminent en parallèle jusqu'au moment où ils-elles finissent par se retrouver ensemble pour contrer une menace extraterrestre. On y retrouve, comme personnages importants, le président des États-Unis, un scientifique écologiste brillant mais raté, un pilote de l'air et un individu bizarre qui dit s'être déjà fait enlever par des extra-terrestres et qui a semble-t-il un peu disjoncté depuis le temps.

Dans un contexte semi-drôle, semi-tragique, des soucoupes volantes se déploient autour de la Terre, rendent inefficaces les satellites et finissent par attaquer par surprise afin de détruire l'humanité et de prendre possession de la Terre. Le scientifique découvre leurs intentions un peu au hasard et en informe le président des États-Unis. Une évacuation générale est ordonnée, mais les extra-terrestres détruisent tout sur leur passage. Une riposte nucléaire est ordonnée, mais c'est un échec complet compte tenu de l'avance technologique des extra-terrestres.

Les personnages principaux finissent par tous aboutir dans la Zone 51, où se font des recherches sur les extraterrestres (quel classique). Puis, le scientifique élabore un plan complètement farfelu supposant d'utiliser un vieux chasseur extra-terrestre étudié dans la Zone 51 pour infiltrer le vaisseau de commandement. Avec le pilote de chasse, il part vers l'espace avec une facilité déconcertante. Finalement, le 4 juillet, dans une riposte nucléaire mondiale suivant son plan, bien entendu orchestrée par les États-Unis (les autres nations les attendaient), l'humanité réussit contre toute attente à anéantir la menace extra-terrestre. Il s'ensuit alors un incroyable optimisme mondial du genre «unissons-nous tous malgré nos différences» nonobstant la quantité industrielle de radiations nucléaires rejetées un peu partout durant le combat.

Le film suit une histoire un peu simplice, facile, d'un américanocentrisme décourageant; toute l'histoire se passe autour des États-Unis et des symboles de son histoire collective. Le président qui part à l'attaque finale rappelle bien sûr George Washington. Le freak qui donne le coup final au vaisseau survolant les États-Unis en se sacrifiant est une véritable icône du peuple et de son invincible gros bon sens («Comme on dit sur Terre, en voilà une dans le cul !» -- PERSONNE ne dit cela sur Terre). Le fait que cela se déroule le 4 juillet et que ce soient les États-Unis qui coordonnent le tout est simplement désoeuvrant. En somme, c'était plutôt mauvais.

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Julie Lumière
Julie Lumière

Le Sphinx (1995)

2006-01-19



Réjean va aux danseuses, Thérèse l'apprend, elle le sacre dehors, et Môman fait une crise. En fait, pas vraiment, mais le film Le Sphinx nous apporte un fort sentiment de déjà vu, genre «déjà vu dans une dimension parallèle». Réal (Marc Messier), un individu bien rangé, est marié, a des enfants, une maison et un emploi comme enseignant dans une école secondaire. Un soir, il sort dans un bar de danseuses avec des amis et, par divers concours de circonstances, a une aventure avec une des danseuses, Angie. Après quelques temps, et pour des raisons obscures (il n'a pas de crise existentielle manifeste, rien ne le laisse présager, sa situation familiale ne va pas si mal, son aventure n'est pas si merveilleuse), il décide de quitter sa femme Suzanne pour Angie. S'ensuit alors une crise dans le couple. Puis, dans les semaines qui viennent, Réal découvre que l'univers des danseuses, passablement rock-n-roll, est peuplé de personnes à problèmes (c'est vraiment le festival des troubles de personnalité) et de relations toujours précaires. Il finit par tout perdre et devient une sorte de médiocre stand-up dans un autre bar de danseuses.

Marc Messier n'est pas extraordinaire dans ce film. Il semble mal à l'aise du début à la fin. On dirait vraiment que le style La Petite vie est devenu indécrassable sur lui tant on a parfois l'impression de revoir Réjean, cet individu minable au vif sens de la répartie (dans le fond, c'est La Petite vie meets Omertà). Carbone (Serge Thériault) et les autres mafieux, au contraire, sont excellents dans leurs rôles de personnalités extrêmes, instables et violentes. Malgré ces éléments de réalisme intéressant, Le Sphinx n'est pas terrible. L'histoire est par moments implausible et des sauts improbables arrivent dans le récit, sans explication (pourquoi Réal quitte-t-il sa femme ? pourquoi abandonne-t-il son emploi ?). Quelques passages avec des danseuses nues prétextes à des scènes pas vraiment érotiques ne sont pas nécessaires ou utiles, et trop longues. Le fait que Réal expose sa vie de façon humoristique en tant que stand-up dans le bar est tout simplement grotesque, et assez peu drôle, généralement.

Le film traite surtout du thème de la collision entre deux mondes, soit celui de la classe moyenne, et celui, plus épicé et dangereux, du crime organisé. Réal a de la difficulté à s'y retrouver et devient passablement déboussolé quand il se rend compte à quel point ce monde est excitant pendant quelques instants, et considérablement malade et misérable le reste du temps. Le fait de se centrer sur la trajectoire de Réal, en ce qui ressemble à une série d'épisodes temporellement mal définis, mais à l'enchaînement très naturel (en fait, trop naturel : il s'adapte un peu rapidement, sans grande question), obscurcit et banalise cependant d'autres aspects, en fait, le reste du récit; en conséquence, l'ensemble du film souffre d'un manque de profondeur. Au contraire, cela aurait pu être une occasion de critique sociale (le crime organisé, l'exploitation des femmes, la violence, la détresse psychlogique), de questions existentielles (motivation à changer de vie, caractéristiques de la vie familiale, qu'est-ce qui fait qu'une personne se sent bien ou mal dans une vie), de sentiments, d'exploration de la vie affective des personnages. Ces thèmes ne sont qu'effleurés, voires ignorés. Donc, l'idée à la base de Le Sphinx était banale mais avait néanmoins un certain potentiel, mais son traitement est insuffisant, plein de trous.

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Julie Lumière
Julie Lumière

L'Armée des ténèbres (1993)

2005-12-05



Je me suis documenté sur les films d'horreur pour un projet que je développe actuellement. Cela m'a rappelé que j'avais vu un film du genre à TQS, vers la fin de l'été. Je ne me souvenais toutefois plus du nom et je me sentais un peu mal de publier la critique d'un film dans ces conditions. Mais, maintenant que je me suis souvenu du titre... LA VOICI !

L'Armée des ténèbres, dans le fond, c'est Evil dead III. Je n'ai pas vu les deux premiers films. Il semble que le premier soit un film d'horreur typique, avec des esprits, de la possession et de la violence. Le second film continue dans cette logique, avec de la possession, mais dans un angle parodique, absurde. Le troisième film largue de plus en plus l'horreur au profit du comique, bien qu'il y ait plusieurs scènes peu ragoûtantes comparativement à la moyenne des comédies et des films d'action. Le créneau du film, un peu flou, le restera tout au long de sa présentation. Une faiblesse associée à cet état de fait est que L'Armée des ténèbres est trop peu drôle pour être une comédie, trop peu animé pour un film d'action réussi (sans parler du budget), et trop orienté sur les deux autres genres pour véritablement s'insérer dans l'horreur. Ce film ne fait pas peur, et les scènes dites d'horreur arrivent avec une intermittence assez lente.

L'Armée des ténèbres, c'est l'histoire de Ash, un homme qui tente d'avoir l'air très masculin en jouant les durs, survivant qu'il est des deux premiers Evil dead. Cela fonctionne, mais c'est amusant parce que ce n'est pas crédible : impressionner un seigneur plutôt nul et rudoyer sa fille, c'est viril, mais ce n'est pas un but dans la vie. Le film commence avec l'arrivée accidentelle de Ash et de sa voiture dans une sorte de passé médiéval historiquement douteux où le manque de talent est omniprésent. Dans ce contexte, deux seigneurs se livrent bataille et Ash se fait prendre prisonnier par un des deux seigneurs, suspecté à tort d'être un espion de l'autre. Parmi les autres prisonniers se trouve, justement, l'autre seigneur. Ash lui sauve la vie et réussit, par le fait même, à se soustraire à sa peine de mort grâce à son fusil et sa main-chainsaw.

Ash se voit alors confier une mission qui, s'il la réussit, lui permettra de retourner chez lui. Il doit aller chercher un livre magique. Ash réussit à peu près : même s'il revient avec le livre, il réveille une armée de squelettes au passage. Il s'ensuit alors une bataille épique. Les quelques guerriers du seigneur et ses paysans se battent sans grande efficacité (en fait, cela ressemble davantage à une sorte de crise de panique collective avec bien de la confusion) contre des squelettes dans des scènes tournées en image-par-image. Ash tente de sauver les meubles en transformant sa voiture en char d'assaut, mais son fun se fait casser assez rapidement, comme sa voiture d'ailleurs.

La finale rappelle inévitablement celle de Le Seigneur des anneaux : les deux tours (même si L'Armée des ténèbres a été tourné longtemps avant). Ainsi, l'autre seigneur, celui à qui Ash a sauvé la vie au début, arrive en renfort et massacre par-derrière l'armée de squelettes. Oui, oui ! C'est exactement comme dans Le Seigneur des anneaux ! Bien, presque pareil : les cavaliers n'ont pas vraiment d'armures. Et ils chargent au trot. Et ils sont environ huit. Et on ne les voit pas vraiment se battre, non plus. Euh, ouen, c'est cela : pathétique.

Cette scène traduit l'entièreté du film L'Armée des ténèbres : c'est du petit budget, c'est mauvais, et c'est intentionnellement drôle, c'est distrayant.

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Julie Lumière
Julie Lumière

Rambo I (1982)

2005-08-29



Comparativement à Rambo II et III, c'est-à-dire avant qu'ils ne deviennent les parfaits modèles de violence qui inspireraient tous les films de guerre des années 1990, Rambo I portait une histoire relativement crédible. Le personnage de John Rambo avait même, aussi incroyable que cela puisse paraître maintenant, une certaine profondeur.

Il faut revoir Rambo I pour s'en rendre compte tellement on a oublié, avec le II et le III, à quel point le premier film ne posédait que peu de budget et que son intrigue se déroulait non pas dans le fin fond d'une jungle peuplée de guerriers fanatiques, mais bien dans une petite ville sans histoire du Michigan (USA). John Rambo, héros de la guerre du Viêt-Nam et membre d'une unité d'élite spécialisée de guérilla, devient une sorte de vagabond. Aux prises avec divers problèmes personnels (ce qu'on ne comprend réellement qu'à la fin du film), il a des démêlés avec les autorités policières locales trop zélées. S'ensuit alors une situation qui dégénère complètement (la ville y passe pratiquement) et se termine avec l'intervention de la police, de l'armée, et du colonel Trautman, l'ancien commandant de John Rambo.

Au-delà de cette crise, qui contentera les amateur-e-s de violence passablement gratuite entrecoupée de plusieurs longueurs durant lesquelles vraiment rien ne se passe, le film traite de certains thèmes originaux pour un long-métrage du genre. Vers la fin du film, on comprend enfin que toute l'histoire repose sur le fait que John Rambo vit toutes sortes de problèmes psychologiques de stress post-traumatique et de difficulté de réintégration à la réalité d'une vie civile. Cela donne soudainement une autre perspective à l'ensemble du film (quelques indices sont dispersés tout au long de l'histoire), ainsi qu'un peu de profondeur, ce qui est passablement rare, dans le genre.

Cela ne fait pas de Rambo I un très bon film, mais disons que cela lui sauve l'honneur, et de façon beaucoup plus élégante qu'une sorte de sotte justification a posteriori, prétexte à un massacre en règle, car, comme tous-tes le savent, «Pour survivre à la guerre, il faut devenir la guerre» (cela n'avait AUCUN rapport, mais il fallait absolument que je la pluge).

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Julie Lumière
Julie Lumière

Silent Rage (1982)

2006-06-09



Un homme à la santé mentale fragile fait une sorte de crise qui l'amène à tuer toutes les personnes présentes dans la résidence supervisée où il habite. Il sera à son tour tué lors d'une intervention policière dont la technique est déficiente, à laquelle participe le shérif du coin (interprété par un Chuck Norris aux allures de cow-boy). Par la suite, des expériences secrètes réalisées sur le cadavre le transformeront en une sorte de mort-vivant qui, pour des raisons de «survie», exterminera progressivement à peu près tous les personnages principaux du film.

Le film se trouve à l'intersection de trois genres, et échoue donc trois fois. Il contient trop peu de combat pour être un film d'action, malgré quelques scènes gratuites pour en donner l'impression (dont la finale, qui est tout sauf spectaculaire). Le film ne pourrait vraiment pas être associé à de la science-fiction puisque les éléments de science ne servent que de prétexte très sommaire à autre chose. Ainsi, il faut noter l'absence de réalisme en la matière, les expériences se déroulant sans le moindre respect des règles d'éthique, et dans un contexte où quelques médecins qui travaillent dans le sous-sol d'un hôpital perdu dans une ville sans histoire du midwest américain font des découvertes incroyables. Finalement, le film n'a que trop peu de violence sanglante et d'ambiance pour être un film d'horreur.

En fait, l'ambiance ne lève jamais. Les 100 minutes du film sont longues, beaucoup trop longues, et l'absence de trame sonore (outre une note de vibraphone synthétisé de temps en temps) n'aide définitivement pas. Il ne se passe pas grand-chose, les longueurs du film n'étant séparées que par quelques scènes d'action. Durant les longueurs, Chuck Norris couche à répétition avec la soeur d'un des médecins impliqué dans les expériences, une femme aux allures très années 1980 passablement stéréotypée qui succombe au shérif moustachu aux jeans serrées. Dans le registre des autres choses que nous n'aurions pas besoin de voir, Chuck Norris prend des poses de séduction sans but en avant d'un pick-up truck et, le reste du temps, discute avec son assistant inepte, qui ne réussit pas à passer plus de quelques minutes sans faire quelque chose d'aussi stupide que peu drôle.

En terminant, disons que le film Silent Rage est particulièrement médiocre, et soulève une importante question : pourquoi la version de 1982 a été rééditée en DVD en 2003 ?

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