| Chronique Existence |
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Introduction |
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Je suis Nihiliste. Et je vous parle de l'Existence. Cette chronique, c'est un espace que moi, Dexter Edrine, utilise afin de vous communiquer mes réflexions sur des événements quotidiens de ma vie, qui débouchent sur des questions plus larges et fondamentales. Mais pas nécessairement... |
![]() Dexter Edrine |
Croire en l'Incertitude II 2006-09-08 |
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Les Problèmes associés aux certitudes
Là où je deviens plus sceptique, c’est lorsque les gens plein de certitudes - adeptes de la spiritualité ou d’une religion quelconque - avancent l’argument selon lequel puisque la science n’explique pas tout, cela justifie la pertinence des croyances dont il est question (argument de faillibilité). Cet argument est invoqué par pas mal tout le spectre de la spiritualité, des fervent-e-s croyant-e-s des religions institutionnalisées aux personnes intéressées par les dernières trouvailles à la mode de la tendance nouvel-âge ou encore du paranormal. Il est amusant de constater que au fur et à mesure que la compréhension du monde qu’a l’humanité s’est accrue, la place de certaines croyances spirituelles a grandement reculé. C’est amusant parce que les gens qui utilisent l’argument de faillibilité de la science projettent les trois principaux problèmes de leurs propres croyances dans leur critique de la science.
Premièrement, l’argument de faillibilité ne vaut que si la science était parfaite ou prétendait l’être. Ces gens postulent donc que la science devrait être parfaite, tout comme leur être supérieur peut l’être. Les seules autres personnes qui postulent que la science est parfaite sont les très rares puristes du positivisme et les personnes qui ne connaissent rien à la science, lui conférant une sorte d’autorité toute-puissante. Institution humaine, la science ne prétend pas à la perfection, mais seulement à l’amélioration et à la réduction des erreurs. Il n’est donc pas surprenant que la science n’explique pas tout. Croire que la science devrait pouvoir tout expliquer et ne comporte pas de faille revient à la déifier, ce à quoi les athéistes se refusent évidemment. La science fait des erreurs, mais c’est le moins pire outil dont l’humanité dispose pour améliorer sa compréhension du monde. Et, en regardant les progrès de la science plutôt que ses failles, on se rend bien vite compte de sa supérieure validité en tant que modèle explicatif du monde qui nous entoure. Deuxièmement, il est étonnant de constater que le réflexe des gens qui proposent l’argument de faillibilité est exactement le même que celui des premiers humains. Les débuts de la spiritualité remontent à une époque préscientifique, préphilosophique, en fait, préhistorique. Les humains, dans leur besoin de comprendre le monde, attribuèrent à des entités particulières (p.ex. esprits, déités) les choses, vivants et autres phénomènes issus de la nature qui échappaient à leur compréhension. Les explications scientifiques ont peu à peu remplacé ces croyances. Maintenant, plusieurs phénomènes échappent encore à notre compréhension mais, sachant que l’approche d’attribution au surnaturel et au divin a échoué, pourquoi se réfugier encore dans celle-ci ? Troisièmement, cette idée selon laquelle la science est en concurrence avec la spiritualité et la religion est implicite dans l’argument de faillibilité. Or, elle n’est ni exacte, ni nécessaire. Dans les temps anciens, la science n’existait pas. Tout le savoir de l’humain reposait sur la spiritualité et, éventuellement, sur la religion. Au fur et à mesure que l’humanité s’est développée, la philosophie, puis les sciences, sont apparues. C’est un phénomène de spécialisation du savoir. Au lieu de se battre sur un terrain qui ne lui appartient plus, et sur lequel elle ne peut pas gagner, la spiritualité devrait se consacrer à l’esprit, et laisser à la science la place qui lui revient. En ce sens, je pense que, dans la vie des personnes, la science et la spiritualité ont chacune leur place, et que ces places sont complémentaires. Les Nuances
Personnellement, je ne conteste pas, même en tant que athéiste, l’utilité des croyances religieuses ou spirituelles des gens. Je ne suis pas nécessairement en accord avec la vision du monde ou le cadre de référence qu’elles proposent, mais ces croyances possèdent malgré tout une utilité évidente. Elles peuvent servir d’outils pour se questionner, s’améliorer ou même participer au développement social d’un groupe ou d’une communauté. Dans certaines sphères, notamment celle du sens, la science et plusieurs autres institutions humaines apportent des réponses limitées qui ne conviennent pas à tout le monde.
La Conclusion
Néanmoins, ce que mes idées athéistes m’amènent à questionner chez les personnes adeptes de spiritualité et de religion, c’est la nécessité de croire en quelque chose. Pourquoi croire ? Cela revient à l’anxiété de l’humain devant le vide et l’absence de sens intrinsèque à sa vie, d’où l’idée de construire le sens soi-même ou avec l’aide d’une ou plusieurs institutions. La validité des différentes démarches pour construire le sens et le niveau de maturité affective et intellectuelle nécessaires peuvent être longuement débattues, mais le fait est que la majorité d’entre nous devront tôt ou tard se poser ces questions.
S’il faut absolument croire en quelque chose, je propose, en tant que existentialiste, de croire en l’incertitude : il faut accepter de ne pas avoir toutes les réponses et peut-être de ne jamais en avoir. Parfois, c’est l’attitude la moins fausse et la moins mauvaise à adopter. Chercher la vérité absolue en l’absence de vérité réelle constitue une question de croyances ou de préférences et non plus une démarche philosophique et personnelle très rigoureuse. Je préfère savoir que ma position est certainement imparfaite, mais que j’en suis éminemment conscient, plutôt que d’adopter un cadre de référence imparfait qui prétend donner accès à la vérité. |
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Croire en l'Incertitude I 2006-09-01 |
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La Position générale
Je suis athéiste. Cela signifie que je ne crois pas en une entité supérieure qui serait susceptible de déterminer l’Univers. Cela élimine donc la plupart des religions institutionnalisées et des sectes. Il faut considérer que le choix d’aucune religion, et d’aucune entité supérieure, constitue en soi une façon de vivre la spiritualité. Or, je pense que ce genre de question doit être réglé individuellement, en privé, sans intervention de l’État pour ou contre une manière particulière de vivre la spiritualité. C’est pourquoi, même en étant athéiste, je ne tiens pas forcément à ce que les autres le soient. Il serait ironique de chercher à convertir des gens à l’athéisme !
Il existe un certain nombre de gens qui arborent une conception alternative de «Dieu». Pour certains, «Dieu» n’est pas une figure appartenant à une religion en particulier. La notion d’Être supérieur est conservée, mais le «Dieu» est en quelque sorte universel. Pour d’autres, la notion de «Dieu» est encore plus diffuse; il s’agit d’un ensemble de forces qui gouvernent l’Univers, et ces forces sont reconnues comme étant une sorte d’entité supérieure sans incarnation. Cela peut prendre diverses formes, allant d’une déification de l’infinie complexité de l’Univers (une sorte de respect de l’indéterminisme) à la personnification animiste ou shamaniste des forces de la nature et des êtres vivants. Bien que je m’intéresse personnellement peu à la spiritualité, je reconnais son utilité et sa pertinence dans la vie de beaucoup de gens. Je ne vois pas nécessairement d’incompatibilité entre l’athéisme et la spiritualité. Il suffit de trouver une philosophie qui convienne à chacun, et la spiritualité peut être vécue de façon intéressante. Ainsi, la spiritualité (ou, par extension, la religion) ajoute un sens à la vie de plusieurs. Si cela se fait de façon saine, je ne vois pas de raison de s’y opposer. |
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Émotivité III : Quand les émotions s'emballent... 2006-04-07 |
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La perfection n'est pas de ce monde, surtout dans le domaine de l'affectivité. Les émotions qui, selon les conclusions de la réflexion précédente (cf. Émotivité II), servent de système d'aide à la décision, peuvent se détraquer et finir par conseiller le reste du cerveau de façon inappropriée. L'ajout des émotions aux possibilités des organismes vivants améliore leur probabilité de survie. Cependant, cet ajout complexifie aussi le système nerveux central. Or, un système complexe a plus de points de rupture qu'un système simple (cf. bureaucratie). Par conséquent, l'apparition des émotions a vulnérabilisé le fonctionnement cérébral dans son ensemble. Quand les émotions dérapent, elles affectent le comportement normal de l'individu dans les diverses sphères de sa vie. J'ai déjà fait mention de sous-affectivité (cf. Émotivité I), mais la sur-affectivité existe aussi (sous diverses formes) chez les personnes ayant certaines structures de personnalité, ou encore des lésions très spécifiques au cerveau. La sur-affectivité peut avoir des conséquences négatives sur soi et les autres personnes de l'environnement. Les émotions ont en quelque sorte les défauts de leurs qualités. Alors qu'une affectivité normale permet de choisir des stimuli, personnes ou situations plutôt que d'autres (ceux et celles qui sont agréables), une sur-affectivité peut faire en sorte que les situations de plaisir immédiat seront largement privilégiées, indépendamment de toute autre considération. À ce moment-là, les conséquences à court ou à moyen terme d'un comportement ne sont pas du tout considérées puisque la gratification immédiate devient un but en soi. Il devient facile de tomber dans l'hédonisme extrême et d'adopter un mode de vie malsain jusqu'à la compulsion, ainsi que des attitudes purement utilitaristes. Je réfère ici à la manipulation des autres pour un bénéfice personnel (p.ex. sexualité). De la même manière, si les émotions aident à discriminer les stimuli de l'environnement de par la valeur attribuée (bon, mauvais), trop d'émotivité peut mener à une vision de la vie en noir et blanc, sans valeur intermédiaire. Les personnes rencontrées sont donc toujours fabuleuses ou fondamentalement médiocres, ce qui ne correspond pas tout à fait à la distribution réelle des gens dans la société. L'utilisation des mots, des concepts et des symboles s'en trouve aussi perturbée, les nuances occupant une place importante dans le monde de la communication et, donc, des relations interpersonnelles. Alors, comment comprendre les autres, comment s'exprimer adéquatement ? En additionnant l'hédonisme, l'utilitarisme, le manque de perspective temporelle et l'incapacité à faire des nuances, toutes les conditions sont en place pour obtenir un mélange explosif. Les personnes super affectives sont considérablement mêlées (au point de ne pas se rendre compte qu'elles le sont) et impulsives, constamment emportées par d'intenses vagues de sentiments éphémères, souvent contradictoires d'une fois à l'autre. Tout dépend de l'état d'esprit immédiat, des gens autour, bref, des stimuli de l'environnement. L'affectivité totale, c'est grisant, c'est du senti brut, c'est par moment artistique, mais si c'est la seule chose qui se passe, il devient difficile de construire un projet ou une relation, de s'en servir pour quoi que ce soit d'utile : la vie ne devient qu'une suite d'épisodes incohérents séparés par une infinité de vide. |
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Émotivité II : Les Émotions sont utiles 2006-03-31 |
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Les émotions ne font pas qu'enrichir gratuitement l'expérience de la vie; elle ont aussi un caractère utile. En prenant la perspective de la théorie de l'évolution de Charles Darwin, les émotions seraient apparues graduellement, puis maintenues et développées, afin de favoriser la survie de la première espèce qui en a été dotée. Tous les grands singes, ainsi que les mammifères en général et, dans une moindre mesure, les reptiles et les oiseaux, sont capables d'émotions ou, du moins, de mécanismes précurseurs aux émotions. En revanche, les amphibiens et les poissons (sans parler des invertébrés et des insectes !) ne disposent pas d'une mécanique cérébrale suffisamment élaborée pour ressentir des émotions. Il est plausible d'affirmer que les émotions, puisque bénéfiques pour la survie des reptiles, auraient été maintenues et développées par les espèces subséquentes. L'universalité de plusieurs émotions de base chez les humains et les grands singes soutient l'hypothèse selon laquelle les émotions reposent sur une base biologique apparue bien avant nous. L'arrivée des émotions, chez les espèces plus rudimentaires, pourrait même être un premier et timide pas vers l'éventuelle émergence de la conscience, de l'individualité. C'est une possibilité -- mais très spéculative, je l'admets. Quoiqu'il en soit, une telle conception s'éloigne définitivement de celle des philosophes qui considèrent que, chez l'humain, l'émotivité et ce que nous nommons «la raison» s'opposent dans un conflit incessant. Ce n'est pas toujours le cas. Ainsi, dans une situation d'incendie, l'émotivité (peur) et la raison («si je ne sors pas, alors je mourrai») vous encourageront toutes deux à quitter l'édifice. En ce sens, les émotions pourraient être considérées comme un système d'aide à la décision, une sorte d'expert-conseil spécialisé pour favoriser la survie. Même chose pour la raison, si ce n'est que cette dernière possède une expertise différente (d'où les possibles conflits). Les émotions permettent d'attribuer une valeur à un choix : j'aime, je n'aime pas, je préfère... il devient plus facile de déterminer quelles situations sont bonnes pour un individu, et lesquelles sont néfastes. La motivation est donc très liée aux émotions, poussant les organismes vers les situations jugées intéressantes. Autre utilité, les émotions augmentent les possibilités de l'apprentissage par association : elles deviennent elles-mêmes renforcement ou punition de par les patrons d'activation physiologique auxquelles elles sont associées. Les émotions amplifient, polarisent donc les réactions face aux stimuli neutres de notre environnement en aidant à leur attribuer une valeur subjective. Oui, tout cela semble définitivement avoir un caractère d'utilité pour la survie, puisque les émotions ajoutent un niveau supplémentaire de flexibilité aux organismes. Si les émotions, issues de l'évolution des espèces, servent effectivement de système d'aide à la décision, je constate que l'idéal est que le reste du cerveau puisse les utiliser à bon escient, de façon appropriée, comme n'importe quel autre système d'aide à la décision. Il existe certainement des situations où l'émotivité peut occuper toute la place, sinon plus de place. Néanmoins, la sous-affectivité, comme la sur-affectivité, généralisée à toutes les sphères de la vie, ne mène pas à des conséquences personnelles ou sociales heureuses. |
![]() Dexter Edrine |
Émotivité I : La Vie sans émotion 2006-03-24 |
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Une partie très importante de la vie humaine repose sur l'affectivité. La vie subjective de notre espèce est en effet assez riche, mais précisons que nous ne sommes pas les seul-e-s à ressentir des émotions. Que serait la vie sans émotion ? Il est difficile de se l'imaginer tant cela peut nous sembler lointain. La vie avec peu ou pas d'émotions est néanmoins possible. Les personnes affligées de divers problèmes psychologiques peuvent souffrir d'une sous-affectivité. Des individus atteints de dépression ou encore de schizophrénie font partie du nombre, tout comme les gens ayant des structures de personnalité particulières. Au-delà des symptômes cliniques, des dommages au cerveau, plus précisément dans le système limbique ou aux amygdales (note. ce ne sont pas celles qu'on se fait enlever), peuvent provoquer une réduction, voire l'extinction, de l'émotivité. Concevoir l'absence d'émotion est difficile, certes, mais la culture peut nous faire voyager bien loin, par l'imaginaire, et quelques cas précis nous sont apportés par la science-fiction. Un exemple célèbre, dans Star Trek, est celui de M. Spock, dont l'espèce (les Vulcain-e-s) a éliminé ses émotions à un moment donné de son cheminement historique. Plus récemment, dans Star Trek : The Next generation, l'androïde Data fait en quelque sorte office de «nouveau M. Spock» et, dans sa configuration de base, il ne peut éprouver aucune émotion. Une conséquence notable, bien souvent amusante pour l'auditeur-trice, est que M. Spock (ou encore Data) a des difficultés dans ses interactions avec les humains, créatures irrationnelles tantôt subtiles (cf. humour), tantôt excessives. L'acteur qui joue M. Spock, Leonard Nemoy, réussit donc de façon exemplaire à exposer ce que serait une vie sans émotion. Il avait un certain succès à les contenir devant les caméras, et en avait parfois même trop : par moment, paraît-il, il éprouvait d'intenses crises de larmes ou des rires incontrôlables et inappropriés. Un phénomène analogue se produit parfois dans des salons funéraires, quand la tension affective trop forte finit par briser les barrières. De nombreux hommes limitent aussi l'exploration de leur monde affectif, n'en tiennent pas compte ou tentent de nier son existence, avec des conséquences potentiellement dramatiques sur leur santé mentale et leur aptitude è entrer en relation avec les autres. Comme pour ce qui est des crises émotives backstage de Leonard Nemoy, ces conséquences témoignent de ce que les psychanalystes nomment «le retour du refoulé» (imaginez un débordement de toilette, version intrapsychique). Vivre sans émotion, c'est nier une partie de soi, c'est se débarrasser d'un bout de soi-même et le jeter dans l'ombre. Mais l'ombre ne peut être séparée du reste et, négligée, finit toujours par nous hanter; se battre contre ses émotions revient donc à se battre sontre soi; à s'autodétruire. |
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S'Évader de la vie adulte 2006-03-03 |
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Je recevais récemment un message électronique d'un collègue. Ce message contenait un ensemble de souvenirs propres à ma génération, soit les gens qui sont né-e-s au début des années 80, tant dans les activités, les comportements, les référents que les émissions de télévision. Le message contraste aussi la vie que la plupart des gens ont maintenant à celle qu'ils et elles avaient lors de l'enfance. Le texte est résolument nostalgique, et avance l'idée selon laquelle les choses étaient bien belles et si simples à cette époque et que, somme toute, c'était le bon temps. Une des idées contenues dans ce texte, il me semble, est de nous rappeler que ces souvenirs nous permettent de nous évader de la vie d'adulte. La vie d'adulte, si elle est vécue de façon autre qu'une sorte d'adolescence attardée (entre autres, en abandonnant l'idée que la liberté puisse être totale), peut être certes contraignante. Elle peut l'être plus ou moins, tout dépendant des choix et des occupations de chacun, des opportunités et des moyens dont les personnes disposent. Les possibilités d'une vie adulte, cependant, dépassent de loin celles d'une vie d'enfant. La liberté des enfants, tant physique, économique que intellectuelle, me semble bien limitée. Ce sont les parents, la famille et l'école qui décident de la très grande majorité des aspects de la vie de l'enfant. Chez l'adulte, les limites imposées de l'extérieur viennent surtout du contact avec les institutions. La latitude décisionnelle des adultes demeure malgré tout importante par rapport à celle d'un enfant. Le contenu du message électronique m'a quelque peu consterné. Je trouve navrant que quelqu'un veuille s'«évader» de sa vie actuelle. Il n'y a rien de mal à se distraire. Mais, au-delà de se distraire, si on veut s'évader, c'est peut-être parce qu'on se sent prisonnier-ère de quelque chose. Il est certain que beaucoup de choses qui nous affectent sont déterminées par des forces qui nous dépassent. Malgré tout, la vie est-elle si misérable qu'il soit nécessaire de s'en évader ? Il semble que, pour plusieurs personnes, la réponse soit oui. Il n'est pas rare de voir des individus renoncer à leur conscience d'être en recherchant des divertissements faciles et des sensations extrêmes. L'état du monde n'est effectivement pas très réjouissant, les conditions de vie peuvent être arides, mais le fait de tenter d'oublier tout cela ne me semble pas reposer sur une attitude très éthique. Je ne pense pas que la réponse au malaise de la vie et des responsabilités d'une existence adulte doive passer par une étrange régression dans un état antérieur. Dans une vie d'enfant, une personne reçoit des soins sans grand travail, bien sûr, mais celle-ci est presque entièrement vulnérable, dépendante de son entourage immédiat. Cette régression n'est pas viable : il n'est pas possible de retourner à quelque chose ressemblant à une vie d'enfant. Dans le meilleur des cas, une vie qui pourrait s'apparenter à celle d'un enfant passe par l'institutionnalisation dans un hôpital ou une prison, ou aux crochets des mesures de sécurité sociale. Ce sont les exclu-e-s de notre société qui se retrouvent avec de telles existences. Peut-être les gens qui veulent sans cesse s'évader ne se sentent-ils-elles pas à leur place, peut-être sont-ils-elles aussi des exclu-e-s ? C'est possible, mais fuir ses responsabilités en voulant redevenir enfant, c'est aussi renoncer à sa liberté individuelle. En soi, ce n'est pas une solution. Une particularité enviable de la vie des enfants est la découverte constante du monde, le progrès incessant par l'exploration, et la touchante et humble naïveté face au reste de l'univers. Lorsque nous sommes des enfants, puis des adolescent-e-s, il arrive fréquemment que nous développions des rêves, des projets. Le réalisme de la vie adulte peut nous faire renoncer à des folies de grandeur passablement déconnectées. Et le poids de l'existence peut aussi mener des gens à percevoir des possibilités atteignables comme étant à tout jamais hors de leur portée. Un vague sentiment d'incomplétude demeure, avec une trame de fond de fixité, de ne pas progresser, de dégénérer. C'est paniquant. J'ai le sentiment que plusieurs personnes qui s'évadent de la vie adulte recherchent cet état d'esprit des enfants, caractérisé par des possibilités presque infinies, qui passent par le très célèbre «quand je serai grand-e, je...». Cela m'amène à poser l'hypothèse que s'il est aujourd'hui enviable, pour certain-e-s, de retourner dans cela, c'est peut-être qu'ils-elles n'ont pas pu réaliser leurs rêves, et qu'ils-elles se sentent contraint-e-s par des existences à rabais. C'est alors que la nostalgie devient un symptôme, une solution passagère, pour tenter vainement de refroidir un cuisant constat d'échec. |
![]() Dexter Edrine |
Ceux et celles qui parlent 2005-10-28 |
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Les rêves et les projets, qui portent l'espoir, sont des aspects importants de l'expérience humaine. Réaliser ses ambitions et améliorer ses conditions de vie, bien entendu en envisageant des buts réalistes, sont deux façons de s'actualiser dans un contexte de vie plus ou moins absurde. À une certaine époque de la vie, soit à l'adolescence, tout n'est que projet. Bien sûr, certain-e-s se réalisent en faisant des exploits académiques, sportifs ou même communautaires, mais la réussite, toute aussi admirable puisse-t-elle être à ce moment-là, n'est pas vraiment un projet. C'est plutôt une étape vers autre chose. Règle générale, à part une fin de semaine par ici et un petit voyage par là, on n'a ni les moyens, ni la liberté, pour accomplir de grands projets. On vit dans l'immédiat, le quotidien, le moment présent. L'impossibilité de pouvoir faire ce qu'on veut nous mène à cheminer, mentalement du moins (on peut voir cela comme une forme d'entraînement), et à se fixer des buts, des projets qu'on pourra éventuellement réaliser. Les albums de finissant-e-s en témoignent : les rêves sont là, la vie commence. Quand on est jeune, disons, jusqu'au début de la vingtaine, on peut sans problème rester dans cette sorte de vision brumeuse du futur, dans laquelle les projets pourront se réaliser sans problème, ou émerger sous forme de projet, plus tard. Sauf que, si on attend trop, l'inexorable poids de l'existence nous fait entrer irrémédiablement - et tranquillement, mais sûrement - dans un mode de vie conventionnel, gris, terne, et dépourvu de projet, de rêves... et d'accomplissement. Avant de se rendre compte qu'on s'en va là, il est déjà trop tard et on est rendu-e-s : il faut débarquer du train et entrer dans les rangs, suivre un chemin déjà tracé, jusqu'à la fin de l'existence. Donc, le lendemain, on est 20 ou 30 ans plus tard, et tout s'est engoncé dans la fixité. La vie enferme les gens dans une sorte de servilité, de «médiocrité d'or»; les rêves et les ambitions cèdent le pas à la joie d'en faire le moins possible, l'extase du quotidien ennuyeux, et à l'enfermement dans une vie rigide, prévisible et, pense-t-on erratiquement, sécuritaire. Rien n'est moins authentique. C'est ce qui arrive à la majorité d'entre nous. Les textes d'albums de finissant-e-s, qui témoignent de la vivacité du potentiel humain, sont rapidement reniés au profit de rationnalisations douteuses justifiant maladroitement l'effondrement de la volonté. Les personnes qui avaient des projets, de plus, s'empressent de devenir des agent-e-s briseur-euse-s de rêves envers les plus jeunes en adoptant une vision moralisatrice de la vie, « (...) moi aussi j'étais comme cela à ton âge, mais tu verras que...». D'un côté, on a des gens qui perdent leurs rêves. Mais, de l'autre, on a aussi des gens qui restent éternellement dans le rêve. Ce n'est guère mieux. J'ai connu un individu qui, à part en cas de grande nécessité ou lorsque traîné par quelqu'un d'autre pour faire quelque chose, ne faisait à peu près rien d'autre que le minimum. Sa philosophie était que accomplir quelque chose demandait des efforts, et que la satisfaction obtenue du simple fait de faire des projets était amplement suffisante. Autrement dit, cela ne valait pas la peine de faire des efforts pour accomplir des projets si on peut obtenir une forme de gratification psychologique du simple fait de se dire qu'on pourrait faire quelque chose. Je pense que plusieurs personnes se situent, sans se l'avouer, dans une logique de dissociation entre les projets et les actions. J'entends beaucoup de gens parler, mais je vois peu de gens agir. Les gens ont toujours des projets, mais se font parfois plus avares de commentaires quand vient le temps de parler de réalisations. Il n'est pas nécessaire d'accomplir de grandes choses ou de s'en tenir à l'orthodoxie frivole du texte d'un album de finissant-e-s, mais il me semble que d'accomplir quelque chose dans la mesure de nos capacités, mais ne serait-ce qu'un peu ambitieuse, ou de tendre vers l'accomplissement de quelque chose, est louable. À 16, 17 ou 21 ans, c'est bien de rêver et c'est amusant de ne rien faire, mais encore faut-il sortir du sommeil avant d'être rendu un-e vieux-eille fini-e qui n'a rien fait de sa pitoyable existence. Dissocier le rêve de l'action, c'est accepter que l'irréel prenne le pas sur le réel. C'est aussi la définition de l'aliénation. |
![]() Dexter Edrine |
2001-09-11 2005-10-27 |
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Où étiez-vous, le 11 septembre 2001, lorsque les Deux Tours (ouuuu, quelle allusion ici...) se sont écroulées ? Personnellement, je ne m'en souviens pas. Tout ce dont je me souviens, c'est que j'ai appris les nouvelles relatives au 11 septembre, le 12 septembre. Voyez-vous, j'étais dans une période de ma vie où je n'écoutais pas de télévision, ni de radio, je ne lisais pas vraiment les journaux, et où mes contacts avec les autres humains étaient parfois limités. D'autant plus que je travaillais beaucoup. Bref, le lendemain, soit le 12, je vais à un cours, et une amie m'accroche en me disant que les États-Unis avaient été attaqués et que le World Trade Center s'était écroulé à cause des terroristes. Je la regardai avec une certaine stupéfaction, avant de lui répondre : «Mais de quoi tu parles ?». Sa surprise fut totale. C'est à ce moment-là que je remarquai une édition du journal Le Soleil qui trainait, pas loin de nous, avec une photo sans équivoque à la Une. Les événements frappants, comme ceux du 11 septembre 2001, sont réputés créer des souvenirs très détaillés. On s'y réfère parfois en les appelant les «flashbulb memories». Cependant, ces souvenirs sont sujets à d'importantes variations dans le temps et ce, malgré la croyance très forte des individus à donner un récit exact du souvenir et leur propension à fournir une grande quantité de détails. Oui, cher-ère-s ami-e-s : notre mémoire crée des distorsions dans l'information de façon individuelle, alors il n'est pas surprenant que l'Histoire soit avant tout celle des gagnants. Cela fait maintenant plusieurs années que les attentats du 09-11 se sont produits. En cette supposée «ère nouvelle», le monde va toujours aussi mal. Tandis que l'ouragan Katrina laisse en héritage à l'humanité de nombreux dégâts et la certitude évidente que la société ne tient finalement à pas grand-chose, Céline Dion disjoncte en ondes d'une grande chaîne de télévision américaine et le président Bush tente en vain de faire du damage control pour calfeutrer le trou béant laissé dans l'opinion publique par ce méga-courant d'air. Obéissant au relativisme culturel de la façon la plus aveugle possible, l'Ontario, écoutant la faction la plus naïve de la gauche qui soit (par le biais du NPD, parti dont certains éléments faisaient front commun avec la droite pour sauver Radio X), songe de plus en plus à reconnaître, avec sanction légale, les tribunaux d'arbitrage islamique. Pendant ce temps, Alexandre Despatis (le plongeur viril) et les Denis Drolet vendent leurs âmes au Diable en faisant des publicité (pour McDonald's et Poulet Frit Kentucky, respectivement) qui mettent sans équivoque leur popularité au service du capitalisme pour contrecarrer les efforts de santé publique de nos gouvernements. Puis on est toujours pris-e-s avec Jean Charest. C'est la vie, je suppose. |
![]() Dexter Edrine |
2000-01-01 2005-10-22 |
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L'arrivée du nouveau millénaire est probablement le plus grand non événement du siècle (ironiquement...) que les gens normaux ont perçu comme un événement historique marquant à cause de leurs référents culturels ethnocentristes. Le premier janvier 2000, non seulement avons-nous compris que le Y2K Bug n'était absolument rien, mais nous avons aussi constaté du même coup que des gens avaient vraiment fait beaucoup d'argent en profitant de l'ignorance et de la peur du plus grand nombre. Ce fut aussi l'occasion de ressortir les angoisses paranoïdes les plus vives, notamment celles de la droite redneck américaine, dont certain-e-s membres se sont barricadé-e-s dans leurs abris nucléaires avec nourriture et armes, craignant un scénario apocalyptique. Malgré tout, partout dans le monde, l'arrivée du nouveau millénaire fut véritablement une mégafête. Une sorte de party du Jour de l'an planétaire, même dans plusieurs endroits qui ne fonctionnent pas au diapason de notre calendrier. Et moi, où étais-je, ce jour-là ? J'étais en visite chez mon père. Pour l'occasion, il avait décidé, avec sa conjointe, d'aller se recueillir dans une chapelle en haut d'une colline enneigée et difficile d'accès -- du moins, c'était la version officielle. Étant athéiste, je ne comprenais absolument pas le but de la chose, surtout venant de mon père, qui n'est pas un personnage très religieux. Je suis donc resté à sa maison, le moral à terre, sans rien à faire. Ma vie était particulièrement médiocre à cette époque-là, mais la situation était très mauvaise en elle-même. Alors que la planète fêtait 2000, mon lot était de vivre l'arrivée du nouveau millénaire seul, sobre, dans un contexte actuel et général désespérant... C'était plus que ce que je pouvais tolérer, la télévision n'aidant pas du tout à me faire penser à autre chose. Je suis donc allé me coucher vers 21h30-22h pour ne pas voir cela arriver. |
![]() Dexter Edrine |
Quand je marche seul... 2005-10-15 |
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Il m'arrive souvent de marcher seul. En fait, il s'agit de mon principal mode de déplacement. Sinon, c'est la course, ou encore l'autobus. J'ai donc généralement un but quand je dois me déplacer, contrairement à un de mes amis, à l'époque. Ce camarade avait l'habitude (et il l'a encore, si ce n'est que moins souvent) de marcher, notamment dans la nuit, en quête de quelque chose dont lui seul connaît l'objet (et encore). Je n'ai pas toujours eu de but en marchant. J'ai eu une longue passe comme cet ami, quelques années auparavant. Nous avons même marché plusieurs fois ensemble, ainsi qu'avec un, voire même deux autres camarades, jusqu'à très tard dans la nuit. Je pense que, lorsque je marchais seul, c'était dans un but surréaliste de rencontres improbables ou encore à la recherche de coïncidences quasi magiques. En groupe, c'est plus intéressant, du moins quand le groupe a quelque chose à dire ou à faire. Nous n'avions pas de problème de ce côté-là bien qu'il fut parfois nécessaire d'user de notre ingéniosité pour passer le temps. C'est un problème avec les villages creux, voyez-vous. J'ai aussi souvent marché pour m'éviter de rouiller. Je veux dire par là que je marchais pour des questions de santé physique, de santé mentale et de discipline. La marche remet les idées et la carrosserie osseuse en place. Cela a relativement bien réussi jusqu'à ce que je trouve d'autres exercices plus efficaces pour obtenir des résultats semblables. Aujourd'hui, je marche surtout pour des raisons pratiques, mais aussi parfois pour des raisons politiques. Je milite pour diverses causes et, depuis l'entrée au pouvoir du parti Libéral de Jean Charest, les occasions de marche politique se font nombreuses. Cela fait peut-être partie - quelle conspiration - de leur programme de santé publique pour remettre le Québec en forme et en santé. En tout cas, cela a fonctionné pour les syndiqué-e-s l'année d'avant, et pour les étudiant-e-s l'hiver dernier. Ah ! C'était donc cela, Écoles en santé ! Depuis les événements que je décris dans les paragraphes suivants, et probablement aussi à cause de toute cette marche politique, il m'arrive souvent de ravoir des slogans de manifestation à l'esprit, de façon tout à fait spontanée, lorsque je marche pour aller au laboratoire ou à l'épicerie. C'est assez bizarre, quand on y pense. Il y a de cela trois ans, j'étais stagiaire dans une direction quelconque d'un ministère du gouvernement provincial. Je devais réaliser des entrevues avec des responsables d'organismes communautaires. Pour des raisons logistiques, j'ai dû réaliser une telle entrevue un vendredi soir, vers 22h, à un endroit qui était à environ 40 minutes d'autobus de chez moi. Ce jour-là, je m'étais levé tôt, j'avais fait une grosse journée de travail, j'étais retourné à la maison, j'avais fait mon épicerie et, vers 21h, je quittais mon domicile pour arriver peu après 22h là-bas et commencer l'entrevue. J'étais complètement fini, mais ce n'est pas grave. J'avais soupé au Subway et, en utilisant un coupon rabais (qui est en fait une crosse), j'avais eu droit à une boisson gazeuse format géant (style Mountain Dew). Donc j'étais hyperfini, mais mégacafféiné, alors je survivais. Je suis allé là-bas, j'ai fait l'entrevue non sans difficulté (bruit; déclenchement inopportun de l'alerte de pompiers et visite de la police), mais j'ai réussi. Sauf que tout ce bordel avait fait en sorte de retarder la fin de l'entrevue, de sorte qu'il était presque minuit. Le dernier autobus passait à minuit mais, dans ma vision des choses, j'aurais eu amplement le temps de terminer l'entrevue et de revenir chez moi en autobus (en excluant les péripéties susmentionnées). Or, me voilà, en plein hiver, au beau milieu de la nuit, à attendre un autobus qui ne viendra jamais et que j'avais manqué de quelques minutes. Je le sais parce que je l'avais vu au loin, mais il était encore un peu «tôt» et je croyais qu'un autre autobus viendrait. À ce moment-là, je devais faire un choix : retourner à l'organisme pour appeler un taxi ou attendre encore l'autobus. J'ai décidé d'attendre. Vers 1h du matin, je commençais à comprendre qu'il n'y aurait pas d'autobus. Le choix se posa donc à nouveau, mais avec une nouvelle donnée : si je retournais à l'organisme, j'aurais l'air vraiment cave à cause du temps d'attente. J'ai donc décidé de retourner chez moi à pied. Ma logique était la suivante : «Quand il y a eu le Sommet des Amériques, j'avais marché aller-retour et c'était à peine plus long». Évidemment, cette manifestation était motivante, j'étais avec une amie avc qui je pouvais jaser, et je suis parti vers 11h, pas 1h du matin. Mais ces détails m'importaient peu, à ce moment-là. Je suis donc parti au pas de course, bien déterminé à faire à pied un trajet d'autobus de 40 minutes qui traverse complètement Québec. Entre-temps, j'ai eu froid, mais monter une longue série d'escaliers de la basse vers la haute-ville a remplacé le froid par la fatigue. Une très intense fatigue musculaire qui se répandait un peu partout, particulièrement dans les jambes. Je suis arrivé chez moi vers 3h-3h30 du matin. Le dernier kilomètre fut excessivement éprouvant. Quand je me suis couché, j'ai ressenti une joie intense. Pendant le trajet, que j'ai fait à moitié en courant, et à moitié en marchant, j'ai eu tout le temps nécessaire pour penser à plein de choses. Je ne me souviens plus tellement de ce que c'était. Ce que je me souviens, c'est que vers la fin j'essayais de m'encourager avec mon histoire du Sommet des Amériques; je tentais d'être solidaire avec ma décision. Et je chantais des slogans de manifestation à voix basse dans la fraîcheur humide d'une fin de nuit qui tombait sur un quartier bourgeois endormi. |
![]() Dexter Edrine |
Daria 2005-10-03 |
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Il paraît que je suis une version masculine de Daria... du moins, selon une de mes amies. Vous connaissez Daria ? C'est un personnage de dessins animés qui évolue dans un monde adolescent et superficiel. Daria est en quelque sorte une jeune fille intellectuelle désillusionnée, individualiste, cynique et sarcastique, peu émotive, d'apparence moyenne, et plus que tout considérablement ennuyée par la bêtise humaine. Ce sont aussi les caractéristiques que cette amie m'attribue, et qui lui inspirèrent cette comparaison quelques années auparavant. Par un heureux concours de circonstances, cette amie a récemment obtenu plusieurs saisons de la série Daria. Elle m'a réaffirmé sa conviction en la validité de cette comparaison. Il faudra maintenant trouver une version masculine du nom Daria pour me rebaptiser. Qu'avez-vous à proposer ? Darion ? Darien ? Damien (euh, non, cela, c'est la version gothique) ? Darryl (surtout pas) ? C'est un peu laborieux, et je dois dire que je tiens à ma cyberidentité actuelle. Dexter Edrine, ce n'est quand même pas si mal et, dans le pire des cas, c'est original. Si je refuse timidement ce remplacement identitaire, c'est que, bien que cette amie soit convaincue de mon «Dariaisme», je dois dire que je me perçois comme étant un peu différent de Daria. Même que je pense qu'un de mes amis ferait une meilleure version de Daria que moi. En général, je suis moins individualiste que Daria. Je n'avais pas non plus son courage et son talent, du temps de l'école secondaire. Maintenant, le courage que j'ai, je l'investit dans des causes collectives qui me semblent importantes. C'est à des années-lumières de son attitude de réserve et de retrait inaliénables. Je deviens peut-être plus comme Daria, avec le temps. Car, tel que je le dis souvent... ultimement, on s'en calice, et après que toute entreprise humaine ait mal tourné ou échoué lamentablement de la façon la plus prévisible qui soit, que nous reste-t-il ? En fait, je ne sais pas vraiment à quoi cela nous sert de nous questionner de la sorte en de pareilles circonstances, mais bon, je dois aller me coucher. |
![]() Dexter Edrine |
Soi et la personne spéciale 2005-09-08 |
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L'été dernier, je reçus un présent éphémère et agréable : un rayon de lune. Je me promenais avec un collègue en revenant d'un endroit public où nous étions allés dîner. Nous avons alors croisé, à quelques mètres, une ravissante personne portant sur sa tête toutes les longues, les brillantes mais discrètes gloires de la nuit, à l'air enjoué, d'allure aussi élégante que simple. Mon regard a accidentellement croisé le sien. J'eus une impression de familiarité -- de l'éternité ou du matin même, je n'aurais malgré tout pu le dire. Intrigué et hésitant, je me suis retourné une seconde plus tard pour me rendre compte qu'elle s'était déjà retournée, et qu'elle me saluait maintenant d'un large sourire lumineux, surgi des ténèbres de l'individu perdu et presque solitaire dans la foule, que je lui rendis du mieux que je le pus. Je ne portais toutefois pas mes lunettes, de sorte qu'il m'est tout à fait impossible de savoir qui elle pouvait bien être. Elle doit être une personne que je connais ou qui m'est amicale, rencontrée longtemps auparavant dans une situation obscure... mais que je ne reconnais pas à cause de la distance et du contexte légèrement improbable. Peut-être était-ce une collègue étudiante ? C'était peut-être aussi une employée du pub où je vais souvent, ces jours-ci, avec mes camarades. Je l'ignore, mais je possède une certitude (disons, «des raisons légitimes de croire que, aur la base de mon expérience») : les femmes n'ont pas cette réaction envers moi de façon spontanée. «Quelque chose est étrange dans tout cela», pensai-je, perplexe. Mon collègue se retourna vers moi et me dit alors : «You are such a lucky man». Puis, il précisa brièvement sa pensée, cette fois-ci en français, m'adressant un regard sincère et dubitatif par-delà ses lunettes... Quelle personne ne serait-elle pas chanceuse de recevoir un rayon de lune ? Je dois dire que je ne suis pas très fier de la façon dont je viens de décrire cet événement. En plus de tenter de dissimuler le fait que ma vie n'est en aucun cas romantique, je l'ai fait maladroitement. C'est difficile de rendre des sentiments sans tomber dans les mauvais clichés, les effets lourds et le classicisme de l'angoisse existentielle de n'importe qui (certain-e-s gothiques réussissent particulièrement bien cela). Ma vie est solitaire, simple, aride, intellectuelle et scientifique. Mon texte aurait dû ressembler à ce qui suit : Je suis allé dîner avec un collègue. En revenant, nous avons croisé une personne de sexe féminin aux cheveux châtains, longs, et habillée de vert. Il me semblait l'avoir déjà vue auparavant. Nous nous sommes adressé-e-s mutuellement deux regards succincts, auquel elle ajouta un sourire, la seconde fois. Il est difficile de connaître hors de tout doute la cause de son comportement. Une difficulté supplémentaire est mon handicap visuel, non-corrigé à ce moment-là. Les hypothèses suivantes ont été posées, par ordre décroissant de probabilité :
- Nous nous sommes déjà vu-e-s dans un contexte dont je ne me souviens pas; Mon collègue me fit part d'un commentaire personnel. Cet événement m'amène à penser que une personne spéciale n'est particulière que dans les yeux de l'individu qui la regarde. Il est évident que ce monde n'est peuplé que de quelques personnes vraiment, universellement, extraordinaires. La vie humaine, de par son caractère passager et plutôt limité, ne permet pas d'en connaître beaucoup. Pourtant, pour chacun-e de nous, il existe des personnes spéciales. Pour moi, la personne décrite ci-haut était spéciale – du moins, pendant quelques minutes. Pour le reste de l'humanité, c'est une totale inconnue, probablement sans valeur (sauf pour ses parents et ami-e-s, évidemment). Souvent, quand une autre personne est spéciale, c'est par ce qu'elle nous fait ressentir, par ce qu'elle nous rappelle, dans le rapport et le vécu que cette personne a avec nous. C'est une question de relation, réelle ou imaginée, avec un être différent de nous. Mais cet être est-il réellement différent ? Qu'en savons-nous ? Dans un monde d'images, difficile de vraiment connaître; connaître demande du temps, de l'énergie, de la transparence, et peu de gens sont vraiment en relation... voire capables de l'être. Ce qu'une autre personne nous fait vivre, quand cette émotion soudaine nous fait vibrer, c'est qu'elle se rattache à tout un ensemble de pensées, d'autres émotions, d'expériences. La personne vue comme spéciale ne le sait parfois même pas. Oui, c'est peut-être un hasard complet ! Il peut arriver qu'on réponde à ce vécu en provoquant des sensations semblables à l'autre. En voilà, une étrange coïncidence... et un couple se forme. Puisque ce qui perçu comme spécial vient d'abord de nos sensations, qui originent de toutes sortes d'éléments de notre vécu très individuel, et puisque il est difficile de bien connaître l'autre, en fin de compte, considérer une autre personne spéciale, c'est carrément projeter notre sentiment positif, notre bonne sensation, dans l'autre, et s'imaginer que l'autre est réellement comme cela. Aimer une autre personne de la sorte, c'est donc un phénomène passablement narcissique, à moins d'apprécier et de connaître réellement, ce qui est rare. Réfléchissez là-dessus : à quel point votre vision de l'autre est-elle seulement votre propre réflexion, celle de vos forces, de vos angoisses, dans l'autre ? À quel point connaissez-vous, écoutez-vous l'autre ? Qui est l'autre, et qui êtes-vous ? Avec un article comme celui-là, je me qualifierais presque pour être embauché dans une médiocre revue contenant une chronique de psychologie populaire toute aussi reluisante. Si un-e éditeur-trice de revue lit cette entrée, faites-moi signe, je serai ravi de refuser votre offre. |
![]() Dexter Edrine |
Grand-tante F. 2005-09-07 |
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Nous avons organisé une fête de famille surprise en l'honneur de grand-tante F. La date de cette fête coïncidait avec ma dernière journée de vacances chez ma mère. Cette dernière a fait preuve d'un grand sens de l'organisation en transformant une petite visite toute simple en une occasion mémorable de se retrouver entre personnes génétiquement apparentées. Grand-tante F. est une personne hors de son époque. Elle est à la fois humble et distinguée, ayant une longue histoire d'initiatives personnelles et de leadership. Elle a une façon de s'exprimer limpide et une intelligence vive qui se reflète dans ses yeux de grande vieillarde de 85 ans. C'était véritablement le clou de la fête de famille. Tout le monde faisait la queue pour lui parler, tout le monde voulait la voir, avoir la possibilité de ne discuter ne serait-ce que quelques instants avec elle. Les moins aptes gaspillaient son temps en l'ennuyant de leurs propos banaux alors que les autres lui soutiraient avidement, de leur mieux, quelques bribes de sagesse. J'ai senti qu'il fallait, et ma mère m'a aussi recommandé cela, me joindre aux autres dans ce jeu de chaise musicale qui prenait des airs de quête en série vers l'illumination relative. Cependant, le temps manquait pour que nous puissions tous-tes profiter de la présence de grand-tante F. J'ai décidé de laisser aux autres cette opportunité, car je crois qu'ils et elles en avaient plus besoin que moi, ce jour-là. |
![]() Dexter Edrine |
Basses fréquences 2005-09-01 |
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Je pense que la sensation auditive que je déteste le plus au monde est celle provenant d'un système de son, le volume au maximum, qui possède un monstrueux amplificateur de basses (typiquement, un subwoofer). Cela vous traverse le corps d'une sorte de vibration extrêmement désagréable, cela passe au travers de toutes les surfaces, vous donne un mal de tête instantané et vous détruit l'audition en un rien de temps. Je ne comprends pas ceux qui s'identifient en tant que «gars de basse», ni les gens qui aprécient les discothèques bruyantes, nec-plus-ultra de la basse fréquence meurtrière. Les basses fréquences excessives vous réveillent en pleine nuit quand des fêtard-e-s attardé-e-s décident de prolonger leur beuverie hors-bar (note. ce n'est qu'un des moyens à leur disposition... ils et elles ont l'esprit créatif, et aiment notamment beaucoup sonner à répétition, crier et cogner sur les portes à 3h30 du matin). Elles vous déconcentrent en plein travail quand les voisin-e-s souhaitent en mettre plein la vue. Elles vous infligent un profond découragement envers les êtres humains lorsque une vieille voiture sport passe devant vous avec une chanson techno au son dans le tapis, un jeune à casquette appuyant sur l'accélérateur par soubresauts intermittents alors qu'il est sur le neutre, pour «impressionner» quelqu'un (on n'a jamais vraiment su qui s'y intéressait, sauf les autres gars), les fenêtres teintées et un collant de Radio X à l'arrière. Les basses fréquences sont appréciables lorsque leurs décibels restent bas, je veux dire, à un niveau approprié pour soi et les autres. Cela met de l'ambiance dans un jeu vidéo ou un film. Malheureusement, les amateur-e-s de basses fréquences perdent l'audition rapidement, alors ils-elles les font presque toujours jouer à un volume trop élevé. |
![]() Dexter Edrine |
Les Voyages (dé)forment la jeunesse 2005-08-14 |
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Quelqu'un que je connais est partie, il y a de cela quelques années, plusieurs mois en «voyage de jeunesse». Ces temps-ci, c'est l'Europe qui est à la mode, alors c'est là qu'elle est partie. Mais elle aurait bien pu aller en Amérique du Sud, quoiqu'elle n'est pas vraiment du genre «Porto Alegre». Alors, c'est quoi, un «voyage de jeunesse» ? Cela consiste à décoller avec son sac à dos vers l'aventure, dans un ultime sursaut de vie originale, comme tout plein d'autres jeunes, qui le font pour se sentir vivre avant de sombrer dans le désespoir de la vie conformiste et des dettes étudiantes à rembourser. Afin de nous raconter tous ses exploits, cette personne a monté une liste de diffusion par courriel par laquelle nous pouvions avoir des compte-rendus plus ou moins réguliers des péripéties de ses voyages. Au début, je trouvais cela intéressant, jusqu'à ce que je me rende compte que ses messages étaient une suite interminable de «je magasine tellement que je n'aurai bientôt plus de place dans mon sac à dos», «la crème glacée est vraiment bonne ici», «j'ai tellement engraissé» et «les hommes sont virils dans ce pays et bien mieux qu'au Québec». Elle n'avait pas besoin d'aller en Europe pour tout cela. Elle aurait pu se contenter d'aller à Place Ste-Foy, puis de terminer la soirée dans un bar de danseurs; cela aurait coûté nettement moins cher. |
![]() Dexter Edrine |
Qu'est-ce qu'un-e nihiliste ? 2005-08-06 |
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En haut de la page, vous pouvez lire : «Je suis Nihiliste. Et je vous parle de l'Existence». Qu'est-ce que je veux dire par «nihiliste» ? Hé bien, cher-ère lecteur-trice-s, l'entrée d'aujourd'hui tente de répondre à cette question de façon simple, courte, et élégante. Pour ce qui est de l'existence, j'écrirai là-dessus dans les autres entrées suivantes; une chose à la fois. Un-e nihiliste, c'est quelqu'un qui ne croit en rien... ni en personne. Voilà. Maintenant, distinguons. Il existe deux façons de vivre le nihilisme : la façon irresponsable et la façon responsable. Selon la méthode irresponsable, le fait de ne croire en rien mène à une sorte de vide profond, et amène les gens à devenir très individualistes, puis à s'autodétruire de toutes sortes de manières, généralement violentes (p.ex. suicide, criminalité), décadentes (p.ex. usage de psychotropes et sexualité compulsives) ou en opprimant les autres. Le vide est combattu par des activités également vides, et cela ne fonctionne pas. Selon la méthode responsable, la personne accepte le vide, coexiste avec celui-ci, fait des choix, puis vit en fonction de ces choix pour donner un sens à sa vie. En quelque sorte, la personne nihiliste a le même problème que la personne existentialiste et, je dirais même qu'être nihiliste responsable, c'est devenir partiellement existentialiste : malgré le vide, malgré l'absence de sens dans sa vie... la personne nihiliste responsable, ou existentialiste, prend des décisions et tente de s'améliorer, elle et le monde environnant, en affirmant sa liberté sans que ce ne soit aux dépens de qui que ce soit (note. c'était un message pour les X) et ce, en refusant les absolus. Maintenant, comment devient-on nihiliste ? Oui, puisque, après cette lecture, de trois choses, soit (a) vous n'avez absolument rien à battre du nihilisme, (b) vous trouvez cela particulièrement mauvais, ou (c) cela vous intéresse ou vous vous êtes reconnu-e-s là-dedans. Si vous êtes un-e adolescent-e gothique qui trouve cela très tendance, je vous prierais de bien vouloir contenir votre angoisse un peu. En fait, on ne devient pas nihiliste. On aboutit nihiliste. Les personnes qui ne trouvent de sens nulle part, après avoir essayé la plupart des choses qui ont du sens pour les autres, après avoir tenté de trouver des vérités, des absolus, ou n'importe quoi d'autre... finissent par devenir nihilistes. On devient nihiliste par exclusion, on n'est pas particulièrement fier-ère de cela, et on ne signe pas de carte de membre. «C'est juste des mots», comme disait l'autre, mais j'ajouterais «...parce qu'il faut parfois des mots pour simplifier les choses». |
![]() Dexter Edrine |
Je connais une vieille X 2005-07-27 |
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Je partage un bureau avec une personne que je pourrais qualifier de «vieille X». Par «une X», je fais bien sûr référence au fait qu'elle écoute CHOI FM 98,1 Radio X, station radiophonique de la région de la Capitale nationale (Québec) réputée pour... bien, en fait, Jean-François Fillion, le célèbre animateur qui n'est plus là. À part de cela, Radio X est caractérisée notamment par sa musique, dite de «rock progressif», écoutée principalement par des jeunes (< 30 ans). C'est ici que l'idée de «vieille X» prend tout son sens : ma collègue de bureau est au moins dans la trentaine avancée. Inconditionnelle de Radio X, elle l'écoute à tous les jours, tout le temps, ainsi que dans son immense véhicule utilitaire sport aux allures de char d'assaut qui doit polluer beaucoup plus que nécessaire. Ladite vieille X, malgré son profil professionnel universitaire, va même jusqu'à défendre les pratiques les plus douteuses de sa station de radio préférée, soit le calendrier du Dream team, qui se rapproche définitivement plus de la pornographie que des sports. Moi, je suis fatigué de cette station de radio, et la cohabitation à temps très partiel avec ma collègue m'ennuie beaucoup. Je suis passablement blasé d'entendre des extraits de sa vie privée à tout moment. Disons que son côté impulsif et stéréotypé, par ailleurs largement teinté de l'idéologie de droite véhiculée à Radio X, est probablement ce qui me déplaît le plus. Aussi, elle manque un peu de fini, cette femme. Ce qui est particulier, c'est qu'elle a des valeurs très individualistes, sans vraiment avoir l'aura bourgeoise confiante, hautaine et coïncée qui vient généralement avec celles-ci. C'est le syndrôme des «pauvres riches», sortes d'arrivistes ou autres carriéristes qui démarrent difficilement dans la vie, font leur chemin, s'en sortent, et pensent que tout est dû à leurs efforts personnels. Le plus éloquent exemple de «pauvre riche» est Elvis Gratton (cf. aussi les Lavigueur), que ma collègue de bureau comprend uniquement au premier degré (malgré son important bagage scolaire). Les «pauvres riches», malgré leur air de québécois-e-s très moyen-ne-s qui, comme ma collègue, prennent leurs vacances en Floride avec leurs enfants, croient faire partie d'une petite élite spécialement talentueuse, qui s'en est sortie, tandis que le reste de l'Univers est incompétent et travaille probablement comme fonctionnaire. C'est là qu'écouter Radio X est réconfortant. Il m'arrive parfois de me demander si les gens qui réussissent relativement bien dans la vie évitent de se poser des questions ou n'en ont tout simplement pas la chance à cause de leurs conditions de vie favorables. J'ai souvent l'impression qu'ils et elles vivent dans une sorte de «monde parallèle» très individualiste. Dans ce monde simpliste, penser comme on nous demande de penser et vivre comme on nous demande de vivre va de soi, et constitue même la preuve d'une existence très noble. Ce sommeil intellectuel va jusqu'au point de croire qu'un animateur de radio peut nous servir de sens-critique-à-la-carte et de Grand Chevalier croisé de l'Ordre de la Défense du Petit peuple quand, en fait, il ne fait que réaffirmer avec son Épée du Gros bon sens populiste, qu'il tient dans sa main droite, ce que tout le monde pense, mais en plus prononcé et plus habilement que ne peuvent le faire les mononcles Roger de ce monde. Quoi qu'il en soit, la «vieille X» est une personne dévouée et sympathique... et elle m'a donné un lift l'autre jour (un geste non négligeable, tout de même). |