Chronique Politique


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Index


Introduction

Personne n'est heureux à l'Université Laval
Solidarité
La Pire manifestation de ma vie
Institutionnalisation des mouvements sociaux II
Institutionnalisation des mouvements sociaux I
La «Convergence» des luttes
Candidat-e-s vedettes
Charest en Inde
Publicités politiques
Gauche discutable V
Gauche discutable IV
Gauche discutable III
Gauche discutable II
Gauche discutable I
Souveraineté


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Chronique Politique
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Introduction



Qu'on le veuille ou non, la politique, qui nous semble bien souvent distante, abstraite et inutile, influence nos conditions de vie de façon très concrète. Ici Côme Beaman. Je suis le responsable de cette modeste chronique qui traite, justement, de politique. Des événements de l'actualité m'inspirent, moi et mes collègues, à écrire des articles dépassant l'immédiat. Nos analyses s'intéressent donc à des phénomènes politiques bien précis, mais ayant des implications et une portée plus générales.

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Erelgey Nihilis
Erelgey Nihilis

Personne n'est heureux à l'Université Laval

2006-06-23



Introduction
Si je peux noter une constante à l'Université Laval depuis plusieurs années, c'est que personne n'y est heureux. De façon continue, l'administration universitaire n'offre que très peu de considération pour les autres acteur-trice-s du milieu. La confiance et l'impression que l'organisation est équitable ne sont définitivement pas là, malgré les timides tentatives faites pour calfeutrer les brèches béantes dans le sentiment d'appartenance. Il n'est pas rare de voir divers groupes à l'intérieur de l'Université Laval former des alliances temporaires contre l'administration universitaire. Sur presque tous les sujets, le campus est profondément divisé entre les individus qui gouvernent, les individus qui se sentent lésés par ceux qui gouvernent, et les autres qui se rallient à l'une des positions exprimées ou évitent de s'engager dans le débat parce que «boire de la bière c'est plus le fun».

Relations de travail difficiles
Le lien le plus étroit que l'administration entretient avec les membres de la communauté universitaire est le salariat. Il n'est donc pas surprenant de constater que c'est aussi ce qui génère nombre de frustrations pour bien des individus de ladite communauté.

En octobre 2001, les professeur-e-s sortent en grève, 93% des membres du Syndicat des professeur-e-s de l'Université Laval (SPUL) appuyant ce moyen de pression. La convention collective était échue depuis deux ans. Selon les dires du président du SPUL, Claude Banville, l'administration universitaire voulait augmenter la charge de travail des professeur-e-s tout en réduisant leur latitude décisionnelle (Impact Campus, 16 octobre 2001). Au départ, les étudiant-e-s appuyaient les professeur-e-s, mais cet appui à sens unique leur a nui plus qu'autre chose.

En février 2004, ce sont les membres du Syndicat des chargé-e-s de cours de l'Université Laval (SCCCUL) qui tombent en grève. En plus des négociations qui n'avançaient pas depuis presque un an (Confédération des Syndicats Nationaux, 23 février 2004), les chargé-e-s de cours devaient composer avec des offres patronales qui n'amélioraient guère des conditions de travail inférieures à la moyenne québécoise (Cellule de l'Union des Forces Progressistes de l'Université Laval, 25 février 2004). Les étudiant-e-s, alliés naturels des chargé-e-s de cours en tant que groupe précaire (et relativement progressiste, dans l'ensemble), les appuyèrent pendant cette grève.

Du côté des professionnel-le-s de recherche, la seule reconnaissance du syndicat (SPPRUL) a pris plus de dix ans et a nécessité des batailles juridiques complexes (SPPRUL, en ligne). En effet, l'Université Laval ne reconnaissait pas être l'employeur des professionnel-le-s de recherche (!). De la même manière, l'administration de l'Université Laval a, dans le meilleur des cas, opposé une résistance passive aux étudiant-e-s employé-e-s qui tentent, depuis l'été 2005, de se syndiquer.

Les Étudiant-e-s, grands perdants
Si les différents groupes de salarié-e-s de l'Université Laval vivent des problèmes (récurrents) avec l'employeur, ce sont les étudiant-e-s qui reçoivent le moins de considération. Ils et elles sont, de par la nature de leur relation (temporaire) avec l'Université, les moins puissants et les moins organisés.

En 2002, l'administration universitaire augmente unilatéralement les frais afférents et crée les frais de gestion. Cela représente 180$ de plus par année à payer pour un-e étudiant-e à temps plein. Ensuite, ces frais ont été indexés au fil des ans. En 2005, l'Université Laval a créé les frais technologiques (1,65$ par crédit) afin de financer la modernisation du système informatisé de gestion des études (Université Laval, en ligne) et ce, malgré un avis négatif déposé au Conseil universitaire par une des commissions consultatives institutionnelles. Pratique d'«autofinancement» désormais courante dans les universités québécoises, les frais de gestion divers contournent effectivement le principe de gel des frais de scolarité. Ils reflètent le sous-financement des universités au détriment des conditions de vie des étudiant-e-s.

Outre les frais, l'administration universitaire a aussi exprimé un flagrant manque de respect envers l'initiative étudiante en re-signant une entente d'exclusivité avec Sodexho Alliance en 2005 pour les services de restauration sur le campus. Par le fait même, l'administration universitaire refusait le projet étudiant de s'approprier ces services (CADEUL, 21 juin 2005). Ce refus est d'autant plus frustrant pour les étudiant-e-s que plusieurs d'entre eux-elles jugent que Sodexho Alliance est peu scrupuleuse sur le plan éthique. Ainsi, elle a fait l'objet d'une contestation soutenue pendant les cinq années précédant le renouvellement du contrat.

L'hiver dernier (2006), l'Université Laval rendait publique son intention de s'associer à la compagnie Sobeys pour créer une épicerie-école (Le Devoir, 16 février 2006), une première mondiale qui, selon plusieurs étudiant-e-s et professeur-e-s, constitue un détournement fondamental de la mission de l'Université. Les inquiétudes exprimées concernent principalement les questions liées à l'indépendance et la validité de la recherche et la marchandisation de l'éducation. Cela n'empêche pas vraiment l'administration universitaire de continuer à poser des gestes vers la création de l'épicerie-école.

Conclusion
En somme, la confiance des différents acteur-trice-s du campus envers l'administration universitaire tend vers zéro. Les personnes les plus précaires et ayant le moins de pouvoir (étudiant-e-s, chargé-e-s de cours, professionnel-le-s de recherche) sont particulièrement fâchées. Lorsque des problèmes surviennent, ils se transforment rapidement en conflits; la méfiance, l'absence de transparence et la confrontation caractérisent les rapports entre l'administration universitaire et les groupes de la communauté. Dans une telle situation, personne ne peut être vraiment heureux. Tout le monde s'épuise au combat, se fait suer abondamment et, finalement, l'atmosphère prend une odeur infecte. Non seulement la communauté est en état constant de colère face à l'administration, mais l'administration elle-même peut difficilement être heureuse, tourbillonnant dans un combat sans fin, les différentes organisations se relayant et faisant la file pour lui taper dessus.

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Côme Beaman
Côme Beaman

Solidarité

2006-06-02



La situation va typiquement comme suit : un groupe social quelconque se confronte à une situation de crise, et se voit défavorisé dans le rapport de force qui l'oppose à un autre groupe, ou dépassé par les causes de la crise (p.ex. dans le cas d'une catastrophe naturelle). Il lance alors un «appel à la solidarité», c'est-à-dire qu'il demande l'assistance d'autres groupes pour l'aider dans sa lutte. Ainsi, confronté au gouvernement libéral de Jean Charest qui impose au lieu de négocier, les centrales syndicales créent ainsi une vaste coalition pour le contester. La solidarité devient ici une façon de sortir de l'isolement politique et de légitimer l'action comme étant soutenue par un large consensus venu de la base, de la société civile. Et ce n'est pas faux : l'impopularité du gouvernement Charest bat des records, et trouver des gens pour se solidariser contre le gouvernement ne tient certainement pas de l'exploit.

Bien entendu, tous-tes ne peuvent demander la solidarité des autres. Les victimes, les personnes défavorisées, les organisations qui les défendent, et les associations (incluant les syndicats), le peuvent. Par contre, lorsque des personnes habituellement puissantes (p.ex. politicien-ne-s de partis hégémoniques, personnes appartenant au milieu des affaires) demandent la solidarité des autres, c'est habituellement risible puisque, à cause de leurs fonctions, ces personnes font rarement elles-mêmes preuve de solidarité.

Au fond, qu'est-ce que la «solidarité» ? C'est un mot qui vient du XVIIe siècle, et qui désigne une «relation entre personnes ayant conscience d'une communauté d'intérêts» (Le Robert, 1997). La solidarité nécessite donc une relation et des intérêts communs. Les relations entre groupes aux intérêts communs ne sont pas toujours bonnes : les centrales syndicales sont en compétition (cf. maraudage) et les associations étudiantes varient beaucoup d'une à l'autre, idéologiquement parlant (vision corporatiste c. vision mouvement social), ce qui crée d'importantes divisions. De plus, les relations sont parfois faibles ou absentes : si cette large juxtaposition progressiste qu'est la gauche vise l'égalité «en général», les groupes et les individus qui la composent n'agissent pas nécessairement pour soutenir leurs camarades de la porte d'à-côté dans leurs luttes. Il suffit de regarder la composition des manifestations pour se rendre compte que la plupart du temps, au mieux, la solidarité se traduit par la présence symbolique de quelques personnes ou bannières d'organisations alliées.

Au bout du compte, des groupes sont plus solidaires que d'autres, plus souvent, et, curieusement, les groupes les plus puissants disposent de davantage de moyens pour susciter la solidarité des autres afin de promouvoir leurs propres luttes. Dans le meilleur des cas, un rapport de collaboration mène à une solidarité bien réelle, et à une interconscientisation des membres qui se soutiennent dans les luttes. Alternativement, la solidarité créée peut ressembler à un échange politique de bons procédés entre organisations : je t'aide, mais tu portes mes revendications aussi. C'est ce qui se passe lorsque les syndicats revendiquent des choses qui dépassent les questions relatives au travail (p.ex. services sociaux, condition féminine, lutte contre la discrimination, environnement). Dans le pire des cas, aucune alliance n'est forgée, et les groupes minoritaires sont marginalisés même à l'intérieur du mouvement de solidarité (!).

De plus, la dimension «commune» des intérêts n'apparaît pas toujours comme évidente. Bien sûr, pour les personnes qui sont à l'intérieur d'un même syndicat ou des groupes qui militent pour des causes semblables, c'est assez clair -- du moment que la concurrence (pour obtenir des subventions ou aller chercher des membres) ou les divergences idéologiques ne montent pas ces groupes les uns contre les autres. La communalité des intérêts est beaucoup plus claire, en tous cas, que pour des citoyen-ne-s qui vivent des préoccupations immédiates très prenantes (p.ex. pauvreté), particulières (p.ex. opposition à un projet qui ne respecte pas l'environnement), qui ne recoupent pas tellement les préoccupations d'autres citoyen-ne-s, progressistes ou non (p.ex. homophobie). Dans ce cas, la «conscience» que ces intérêts pourraient être communs reste à être construite. Même chose pour les étudiant-e-s regroupés sous une même association, dont plusieurs n'ont parfois même pas conscience de leurs propres intérêts (voire, d'être affiliés à une association) !

Dans un contexte où la solidarité a peine à s'exercer à l'intérieur même d'un secteur ou, pire encore, d'un groupe, elle se fait passablement rare entre secteurs ou entre groupes, ce qui est malheureux. La convergence des luttes, concept élégant en théorie mais d'une application difficile, reste ardue à construire. Avec des relations insuffisantes, et une conscience faible des intérêts communs, comment peut-on véritablement parler de solidarité ? Quand, pendant une phase cruciale de la crise, l'appel à la solidarité que lance une organisation ne fonctionne pas, les gens assistent à un signal de détresse d'une minorité dont peu se soucient, demande d'aide qui finit par refléter la position désespérée des gens qui l'ont faite.

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Erelgey Nihilis
Erelgey Nihilis

La Pire manifestation de ma vie

2006-05-19



Je participais, le 29 avril dernier, à la pire manifestation de ma vie. C'était un événement grand public qui se tenait à Montréal. Organisé par les centrales syndicales, il soulignait la journée internationale des travailleur-euse-s. Curieusement, cette année, la manifestation se déroulait le 29 avril, alors que la journée internationale des travailleur-euse-s est le premier mai.

Durant la manifestation, j'ai croisé des communistes qui donnaient des tracts. Le tract dénonçait justement le fait de fêter le premier mai un autre jour que le premier mai, et invitait à une autre manifestation, celle-là effectivement prévue pour le premier mai. Sur le coup, je me suis dit que les centrales syndicales devaient avoir choisi d'organiser l'événement le 29 avril parce que c'était un samedi, alors que le premier mai, c'était un lundi et que, par conséquent, les gens travailleraient et ne seraient pas en mesure de se déplacer. Dans ma tête, il s'agissait d'une question purement logistique : les centrales syndicales voulaient nous simplifier la vie, et avoir davantage de participant-e-s par le fait même.

Selon les nouvelles diffusées à la radio de Radio-Canada, en France, un million d'individus se sont déplacés pour manifester le premier mai; en Russie, ce chiffre s'élève à 1,5 million de personnes. Les communistes n'ont pas tort lorsqu'ils-elles affirment que les travailleur-euse-s doivent s'approprier le premier mai, qu'il s'agit d'une victoire symbolique importante. Après tout, les gens l'ont bien fait en France et en Russie, alors, pourquoi pas ici ? Tant qu'à faire, pourquoi ne pas faire la grève, ce jour-là ? Ou, de façon alternative, pourquoi ne pas manifester le soir (cf. comme le huit mars) ?

J'en suis revenu à ma première intuition : les centrales syndicales voulaient faciliter la vie aux gens qui travaillent le premier mai, et aux autres acteur-trice-s progressistes de la société civile. Mais si le but était de leur faciliter la vie, est-ce donc dire que c'est difficile d'aller manifester ? D'après les aménagements que font les organisateur-trice-s syndicaux dans leurs manifestations, tout me porte à croire que c'est un de leurs postulats de base. Les marches sont brèves, on fournit du matériel en quantité industrielle, il y a de la sécurité partout. Les membres doivent seulement être là, sans plus. Ensuite, les choses se font automatiquement. Ainsi, dans une manifestation syndicale, tout est hautement prévisible. Voici le script : rassemblement, marche (avec à peu près toujours les mêmes slogans), arrêt devant une scène, discours, dispersion. C'est toujours la même chose d'une fois à l'autre.

Le samedi 29 avril, tout avait été conçu pour nous éviter des efforts, voire pour nous empêcher de faire preuve de créativité. Ainsi, des haut-parleurs puissants étaient disposés tout au long de la rue sur laquelle nous marchions. Des chansons plus ou moins engagées, suivies de slogans, puis de tambours, puis de discours, empêchaient quiconque de lancer le moindre slogan original, de chanter une chanson de son cru (déçu, j'ai remisé les trois que j'avais composées), ou encore de faire de la musique. Toute initiative aurait été contrecarrée par le bruit ambiant. Disons que, symboliquement, ce n'est guère une telle ambiance qui pourrait améliorer l'image des syndicats, que les antisyndicalistes accusent de brimer la liberté individuelle et de niveler la productivité par le bas.

Bref, il faisait beau, les gens marchaient, heureux-ses, et personne ne semblait fâché contre Jean Charest ou l'état actuel de la société québécoise. Oui, bien sûr, plusieurs milliers de personnes se sont déplacées ce jour-là mais, finalement, cela ne ressemblait plus vraiment à une manifestation; tout était mécanique, factice. Il ne faut pas se surprendre que les discours aient si peu soulevé les masses, que dis-je, intéressé la foule. Personne n'applaudissait, personne ne répondait à l'appel, personne ne répétait les slogans, personne ne chantait, personne ne criait. On n'entendait que les haut-parleurs, et un bruit de fond. Ce bruit de fond, c'étaient les valeureux-ses manifestant-e-s, qui faisaient tout sauf manifester; il y en avait même qui se faisaient bronzer au soleil. Comment en aurait-il pu être autrement ? Il s'agissait tout simplement d'une grande fête avec un spectacle de Paul Piché (secondé d'autres groupes inconnus) à la fin, et tout cela n'avait pas grand-chose à voir avec la journée internationale des travailleur-euse-s.

Quand je vois les centrales syndicales tout mettre en oeuvre pour obtenir la participation (en fait, il serait plus adéquat de parler de «présence physique») de leurs membres, et ne leur demander qu'un minimum d'effort pour la manifestation annuelle des travailleur-euse-s, je m'inquiète. Est-ce si difficile de faire des efforts ? Les gens sont-ils blasés à ce point qu'ils-elles ne se mobilisent même plus pour défendre leurs propres intérêts lorsque ceux-ci sont attaqués de toutes parts, avec des répercussions claires et concrètes sur leur vie quotidienne ? Le mouvement syndical est-il en si mauvaise santé ? Pourtant, avec Jean Charest au pouvoir, ce ne sont pas les munitions qui manquent...

En somme, je dirais que, sans effort, il est impossible de progresser en quoi que ce soit. Par extension, pour que la réflexion politique avance, il faut des efforts. Dans un syndicat, ne pas demander un minimum d'effort aux membres est donc une chose dangereuse, parce que cela en fait des êtres dépolitisés, sans sens critique ou intérêt, qui ne participent pas au mouvement sauf lorsqu'il s'agit de respecter des mots d'ordre par principe ou d'assister à des événements, parce que tout le monde le fait. Les centrales syndicales peuvent peut-être créer un mirage de mobilisation à l'aide d'un spectacle (CHOI 98,1 Radio X a réussi, alors...), mais elles ne peuvent certainement pas simuler la conscientisation.

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Côme Beaman
Côme Beaman

Institutionnalisation des mouvements sociaux II

2006-04-21



Conséquences
L'institutionnalisation, soit la consolidation de la position des organisations syndicales, étudiantes et citoyennes (communautaires) auprès des autorités, a eu comme effet de les rapprocher du pouvoir. En entrant dans une logique d'interdépendance avec les personnes qui prennent des décisions, les mouvements sociaux se sont aussi éloignés des individus qu'ils représentent en échange d'une capacité d'influence et de négociation. En temps de paix sociale, lorsque les élu-e-s gouvernent par consensus, cette technique fonctionne bien. Elle permet de minimiser les conflits, d'intégrer l'avis des mouvements sociaux dans les politiques gouvernementales et de construire un rapport positif durable entre les acteur-trice-s.

Par contre, cette façon de faire les choses a un prix. Quand il n'est plus nécessaire de crier pour se faire entendre, on peut finir par en perdre le réflexe. Dit autrement, les mouvements sociaux pacifiés par la recherche de consensus vivent l'effritement de la culture militante, avec sa vivacité, sa créativité, son souci de conscientisation et d'éducation populaire, sa capacité de mobilisation. Dans un syndicat, cela se traduit par l'absence de relève, peu de participation aux activités (vive la démocratie de représentation) sauf en cas de crise (cf. Jean Charest), et la difficulté à combattre le discours antisyndical ne serait-ce que parmi ses propres membres. Pour une association étudiante, la culture militante est extrêmement fragile. La principale raison pour cela est la courte «espérance de vie occupationnelle» de ses membres, par conséquent le roulement élevé des exécutant-e-s et la difficulté à maintenir une mémoire de ce qui s'est fait auparavant. Dans un organisme communautaire, l'institutionnalisation déplace les activités vers les services. Le temps passé à aider les démuni-e-s et à rapiécer des histoires de vie difficiles augmente au profit du temps investi à conscientiser vers un but d'appropriation des ressources (il ne reste jamais beaucoup de temps, en fait). Ce sont alors les intervenant-e-s (généralement universitaires), ainsi qu'une poignée de bénévoles (souvent universitaires), qui deviennent les militant-e-s (on peut alors difficilement parler d'un mouvement venant de la base), mais où sont les «client-e-s» ? Toujours dans la rue, oui, mais pas forcément lors des manifestations.

Lorsque les élu-e-s décident de gouverner en n'écoutant que certains groupes d'intérêts plutôt que d'autres (un éternel danger, tout dépendant de leur bon vouloir), ou en n'écoutant personne, des problèmes surviennent pour les mouvements sociaux. Il devient nécessaire, dans ce cas, de retourner dans une logique de luttes, de conflit social. Cela requiert des militant-e-s qui vont, par passion et conviction, donner temps et énergie pour la cause. Si la culture militante, maintenant diluée à cause de l'institutionnalisation, ne permet plus de renouveler les effectifs par l'éducation populaire, et que les membres ne se souviennent plus (collectivement, s'entend) des techniques, méthodes, du savoir-faire de la lutte sociale, comment la mobilisation va-t-elle se concrétiser ? Comment les membres, habitué-e-s à laisser les autres les représenter, décider à leur place, penser pour eux-elles, et créer le consensus, vont-ils-elles réagir ? Comment peut-on penser lorsqu'on n'est même pas connaissant-e, voire informé-e ?

Plus souvent qu'autrement, une poignée de convaincu-e-s, pour la plupart issus des luttes précédentes, ou ayant beaucoup réfléchi à un problème donné, va tenir à bout de bras une mobilisation spontanée, superficielle (p.ex. tout ce qui rentre dans les relations avec les médias et la visibilité; l'implication strictement institutionnelle, la négociation) et «symbolique» (lire : qui ne demande pas trop de gens ni de ressources), à défaut d'avoir le temps pour autre chose de plus sérieux et qui porte non pas sur les symptômes, mais bien sur les causes des problèmes qui surviennent. Mais s'il n'y avait pas de temps pour cela durant la paix sociale, alors il y en a encore moins maintenant que la crise est à nos portes. Les rares militant-e-s qui restent formeront donc l'avant-garde (et aussi à peu près tout le reste) d'un mouvement en mal de légitimité, rapidement essoufflé (car peu entraîné), démotivé, sinon à moitié contraint de monter au front défendre ses propres intérêts et qui ne sait pas trop ce qui se passe car ne prenant plus le temps de se questionner et d'approfondir la réflexion.

Dans une époque de conflit social, une telle situation est désastreuse et, lorsque la crise arrive par surprise, les chefs de ces mouvements sont de véritables «administrateur-trice-s de conditions (de travail, d'études, de services)». De par ce que demandent leurs fonctions habituelles, ces personnes possèdent souvent des habiletés et des personnalités passablement différentes de ce qui serait nécessaire pour mobiliser et inspirer les membres. Les administrateur-trice-s de conditions sont donc difficilement capables de rassembler les gens sous une bannière, et restent accrochés à leur recherche de consensus et de concertation.

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Côme Beaman
Côme Beaman

Institutionnalisation des mouvements sociaux I

2006-04-14



Aperçu
Historiquement, il est indéniable que les mouvements sociaux ont permis une amélioration des conditions de vie de la majorité des individus. Il faut concéder que une partie notable des acquis sociaux revient au mouvement syndical, au mouvement étudiant et aux citoyen-ne-s engagés dans le mouvement communautaire. Si, à une certaine époque, la population voyait ses efforts de mobilisation récompensés par des avancées régulières, le quotidien des humbles d'aujourd'hui se caractérise plutôt par des reculs de plus en plus nombreux en matière de conditions de vie.

Une différence entre ces deux époques est l'état actuel des mouvements sociaux. Autrefois, ceux-ci se trouvaient dans une logique d'organisation (construction) et de contestation. Aujourd'hui, ils sont davantage institutionnalisés et font surtout des gains par la participation aux structures de pouvoir, la concertation, la négociation, la représentation (i.e. lobbyisme). Les syndicats s'insèrent tout particulièrement dans cette logique, les centrales syndicales étant devenues d'immenses institutions d'organisation sociale avec le temps. Dans certains cas, ces centrales sombrent dans le corporatisme, c'est-à-dire la défense stricto sensu des intérêts de leurs membres, sans regard plus large. De leur côté, les associations étudiantes sont bien souvent des structures non seulement corporatistes, ayant en tête des intérêts essentiellement académiques, mais aussi des coopératives de services et d'animation (activités ludiques). Pour ce qui est des organismes communautaires, les groupes de citoyen-ne-s militant-e-s d'alors se sont progressivement mutés en petites coopératives de services subventionnées par l'état, avec un personnel hybride, c'est-à-dire composé de bénévoles mais aussi de professionnel-le-s permanent-e-s. Le problème du financement non récurrent, les ententes par objectif et la volonté de garder les personnes âgées ou atteintes de maladies physiques et mentales le plus possible hors des institutions (désinstitutionnalisation) donnent l'impression que l'État instrumentalise le milieu communautaire, le transformant en un sous-traitant particulièrement bon marché à qui il tente d'imposer ses règles. Alors que des organismes communautaires et groupes citoyens résistent à cette logique et défendent leur autonomie avec le peu de moyens mis à leur disposition, plusieurs autres entrent volontiers dans une logique de «PME de services à contrat».

Il ne faudrait toutefois pas dériver (faisant par le fait même une grossière erreur) une loi absolue de cette généralisation. Il existe, encore aujourd'hui, des mobilisations syndicales, étudiantes et communautaires bien sensibles, solidaires (non corporatistes) et des groupes plus ou moins institutionnalisés s'avèrent plus combattifs que d'autres. Les luttes contre le gouvernement libéral de Jean Charest montrent que la population peut encore s'opposer à des mesures contre lesquelles elle n'est pas en accord. Malgré tout, les effets de l'institutionnalisation, décrites dans un prochain article, se font sentir.

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Côme Beaman
Côme Beaman

La «Convergence» des luttes

2006-03-10



La gauche, c'est comme une grande famille. Les membres de cette famille sont plutôt hétéroclites, tant dans leurs cultures, leurs moyens que leurs intérêts respectifs. Ainsi, il existe une certaine division du travail entre groupes progressites : associations, syndicats, organismes communautaires, groupes de citoyen-ne-s, collectifs divers, se consacrent, s'attaquent chacun à une partie des problèmes sociaux. Plusieurs de ces groupes ont la préoccupation de sensibiliser d'autres groupes progressistes à leur cause afin de susciter la convergence des luttes. L'idée est aussi bonne que simple : si nous nous battons pour une finalité commune, plus large que le problème auquel nous nous intéressons, pourquoi ne pas faire équipe et aller dans le même sens ? Après tout, l'union fait la force, et chacun-e pourrait profiter des efforts des autres.

C'est dans les situations de crise que l'idée de convergence des luttes émerge inévitablement. À un moment donné, les individus se rendent compte que leurs conditions de vie sont grugées simultanément sur plusieurs plans, et que les multiples luttes sociales, menées sur de nombreux fronts à la fois, mènent à des résultats mitigés. La convergence, pense-t-on, pourrait alors unifier les groupes en une seule force, une voix unitaire, une communauté solidaire; une sorte de grosse réunion de famille, finalement. L'idée enchante à peu près tout le monde, et les groupes commencent à travailler entre eux, avec les difficultés typiques que les gens de la gauche de diverses factions éprouvent à travailler ensemble.

À ce moment-là, la coalition va prendre la forme soit d'une sorte de conseil informel, soit d'une superorganisation qui servira de lieu commun aux groupes membres. Au début d'une situation difficile, oui, la coalition va fonctionner, malgré l'épuisement progressif, l'apparition de phénomènes de pouvoir et d'influence internes, et de conduites bizarrement corporatistes de part et d'autre des groupes membres -- attitudes constamment décriées par la gauche lorsqu'il s'agit de critiquer des instances extérieures. En fait, ce qui se produit souvent, c'est que la coalition n'est qu'une somme de parties. Chaque groupe veut faire avancer sa cause, mais sans nécessairement faire avancer la cause des autres. Plusieurs organisations sont trop petites, tant en termes de nombre qu'en financement ou en logistique, pour faire autre chose que ce qu'elles font déjà. Pour elles, la seule participation à la superorganisation représente un effort significatif. D'autres organisations, plus puissantes, ont parfois des lacunes majeures dans la mobilisation de leurs membres, se fichent des problèmes des autres, ou encore elles veulent donner un peu de soutien... à condition d'avoir droit de regard ou d'organiser les choses selon leur vision. Cela devient évidemment problématique puisque les petits groupes désirent plus que toute chose conserver leur autonomie et que la sous-traitance ne les intéresse pas tellement. Et que dire des coalitions dans la coalition, lorsque les grandes organisations ou une bande d'organisations décident que « (...) oui, bien sûr, ce problème-là est important (p.ex. la cause des femmes), mais on y reviendra quand les aspects prioritaires de la situation actuelle (les nôtres) auront été réglés, et le temps presse».

Il en résulte une sorte d'immense courtepointe de gauche, juxtaposition monstrueuse, qui rédige des listes d'épicerie de revendications et donne la parole tantôt à une, tantôt à l'autre, de ses organisations membres. Parfois, cette superorganisation va mettre sur la carte certains problèmes sociaux et assurer une coordination efficace des luttes. Souvent, la superorganisation va penser beaucoup trop vite pour les membres individuels. Cet éloignement, jumelé à des difficultés de concertation, ne mèneront pas nécessairement à grand-chose d'autre qu'une forme de réconciliation temporaire entre personnes distantes et têtues d'une même famille, puis d'un amer ressentiment lorsque viendra le constat d'échec de la coalition. Quand la crise est passée et que, parce qu'ils-elles ne sont plus touchés directement, moins de gens s'intéressent à la lutte, la fête de famille se termine, chacun-e rentre chez lui-elle et, finalement, la superorganisation peine à avoir ne serait-ce qu'un fantôme de comité exécutif.

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Côme Beaman
Côme Beaman

Candidat-e-s vedettes

2006-01-25



Je ne suis pas de ceux qui apprécient tellement les candidat-e-s vedettes. Dans cette entrée, je vais vous expliquer pourquoi en définissant les diverses formes de candidat-e-s vedettes.

Type A : L'Intrus-e connu-e
L'Intrus-e connu-e (IC) se caractérise par le fait qu'il-elle n'appartient pas au monde politique à proprement parler. Il peut s'agir d'un-e artiste ou personnalité du monde de la culture (p.ex. Arnold Schwarzenegger, acteur), d'un-e sportif-ve ou de toute personne ayant accompli des choses hors du commun (p.ex. Marc Garneau, astronaute). L'IC puise sa crédibilité dans l'admiration (attitude positive) que les citoyen-ne-s lui portent afin de la convertir en votes (comportement) pour une cause qui n'a que plus ou moins de rapport avec la personnalité en question et ses valeurs. En général, plus la renommée de l'IC est grande, moins son habileté politique est importante (cf. Marc Garneau, dont on n'est définitivement plus capables). Il existe toutefois des exceptions, soit des personnes à la fois connues, politisées et habiles. Dans ces rares cas, le recours à des IC se justifie. L'utilisation d'IC impertinent-e-s repose sur un procédé qui se nomme l'Appel à l'autorité discutable. Aussi simple qu'invalide, il est couramment utilisé en publicité (p.ex. Martin Matte pour la Honda Civic).

Type B : Le-a Politicailleux-se charismatique
Le-a Politicailleux-se charismatique (PC), inévitablement, est une personnalité publique opportuniste, carriériste, généralement assez proche d'une forme ou d'une autre du pouvoir (les PC adorent le pouvoir). Les PC, agent-e-s libres imprévisibles mettant leurs talents à la disposition des dominant-e-s de ce monde dans le but d'eux-mêmes ou elles-mêmes devenir dominant-e-s ou d'augmenter leur pouvoir, peuvent être retrouvés sous diverses formes. Il s'agit souvent de personnalités médiatiques (p.ex. Jean Lapierre; André Arthur). Dans d'autres cas, ce sont des individus perçus comme des résistant-e-s acharné-e-s dignes de confiance (p.ex. Andrée Boucher). Dans le registre des PC, on a toutes les variantes possibles et imaginables, des grandioses paladins en armure étincelantes qui mènent des croisades pour leur propre compte présentées comme très nobles, jusque aux hurluberlus semi-cohérents, semi-psychotiques, qui canalisent la colère et le mépris de la populace locale en abattant impulsivement le seigneur perfide du village dans une manifestation chaotique. De par leur personnalité forte, leurs aptitudes oratoires, leur public nombreux et dévoué ou encore le fait qu'ils-elles sont au bon moment et à la bonne place, les PC réussissent à soulever des mouvements populaires plus ou moins durables, mais d'une intensité surprenante, avec peu de moyens et de logistique. Les principaux problèmes avec les PC, ce sont leur individualisme prononcé conjugué à l'utilisation d'une rhétorique tonnante qui laisse peu de place au contenu.

Type C : Le-a Héros-ïne local-e
Le-a Héros-ïne local-e (HL) est une personne intègre, respectée dans sa communauté (qui peut être une ville, mais aussi une institution, p.ex. la communauté scientifique). Le-a HL personnifie les idéaux de ses collègues ou encore fait office de leader quelconque. Il ne s'agit pas nécessairement d'une personne qui vient à proprement parler du monde de la politique active bien que plusieurs HL gravitent ou gravitèrent autour du pouvoir d'une façon ou d'une autre. Il peut s'agir d'un-e militant-e de la base, d'un-e professeur-e d'Université (p.ex. Camil Bouchard), voire même d'un-e entrepreneur-e ou d'un évangéliste. Parfois par opportunisme, souvent par conviction, le-a HL va s'impliquer dans un parti politique ou être recruté par celui-ci (p.ex. Lucien Bouchard), sautant par le fait même plusieurs étapes habituellement franchies de peine et de misère par les membres réguliers du parti. En tous les cas, l'engagement de l'HL dans un parti sera globalement cohérent avec ses attitudes et ses buts personnels.

Parler des candidat-e-s vedettes, quel que soit leur type, c'est avant toute chose parler d'autorité. L'autorité, forme discutable de pouvoir, s'exerce souvent à sens unique. Si les IC l'étalent au su et au vu de tous-tes et que les PC l'affirment avec vigueur à leur public-cible, seuls les HL disposent d'une source fiable et crédible d'autorité, ces derniers étant issus de leur communauté d'appartenance. Pour cette raison, je pense qu'il s'agit de la forme la plus valide, en fait, la moins pire, de candidat-e vedette.

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Erelgey Nihilis
Erelgey Nihilis

Charest en Inde

2006-01-18



Celle-là, elle est bien bonne... Nous allons jouer à un jeu : tentez de compter le nombre d'incohérences (manifestes et symboliques) dans l'histoire suivante, que j'ai entendue à la radio de Radio-Canada (Première chaîne).

Jean Charest visite l'Inde. Hier, il rencontrait un groupe d'étudiant-e-s en études françaises dans une grande université. Il leur annonce, en anglais, qu'il va soutenir la création d'un centre d'études québécoises. Pour ce faire, il dit qu'il va donner 50 000$ sur trois ans.

Cela frise le ridicule, et ce n'est malheureusement pas une blague.

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Côme Beaman
Côme Beaman

Publicités politiques

2005-12-12



Nous sommes en campagne électorale. J'ai entendu les publicités des quatre principaux partis. Voici, en grande primeur, mon appréciation de la chose.

Nous allons procéder par ordre inverse, c'est-à-dire de la plus poche à la moins poche, un peu comme pour le dévoilement des résultats de la course à la direction du Parti Québécois. C'est pour créer le suspense, comprenez-vous, même si c'est en mode texte et que dans le fond cela ne fonctionne pas.

En quatrième place... les CONSERVATEURS ! Les Conservateurs comparent le Bloc Québécois à un beau-frère, et tout le monde déteste les beaux-frères. Ah, l'esprit de la famille unie des Conservateurs, et ce, dans le temps de Noël, comme c'est approprié ! Et la publicité finit en disant qu'il faut voter Conservateur pour du vrai changement. Au cas où vous ne comprendriez pas l'absurdité de la chose, je le répète : Conservateurs... changement. Cela ne va même pas ensemble ! Complètement ridicule, pas drôle; que des clichés.

En troisième place... les LIBÉRAUX ! Les Libéraux présentent une sorte de faux match d'improvisation dans lequel les participant-e-s probablement associés au Bloc Québécois ont l'air poches. Et le comble, c'est qu'il y a un «On va tellement gagner qu'on va tous vous éliminer !!! Euh, s'cusez !». Minable. Mais, quand même, l'effort créatif est là, et c'est quand même amusant, même si c'est bitch.

En deuxième place, le BLOC QUÉBÉCOIS : sur le fond d'une chanson traditionnelle bien connue («Mardi matin, le roi, ...» -- la même que dans la publicité de Quilles G Plus, eh misère, qui passait à Télé-Toon ad nauseam il y a quelques temps) reprise par un chanteur de la Bottine Souriante, un rappel du scandale des commandites. C'est bien pensé, il y a quelqu'un de connu, cela cadre avec le temps des fêtes, mais cela reste quand même ordinaire comme concept.

En première place, EH OUIII !!! On retrouve le NOUVEAU PARTI DÉMOCRATIQUE. La publicité est à la fois suggestive, audacieuse, et informative. Ainsi, sur une petite musique de Noël, le narrateur nous explique que les Libéraux ont donné des cadeaux à leurs amis et que les gens ordinaires n'ont rien eu, alors ceux-ci et celles-ci devraient jeter les Libéraux dehors pour leur rendre la monnaie de leur pièce. C'est en lien avec le temps des fêtes et c'est drôle. C'est une publicité très bien ficelée.

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Ere Elgey
Erelgey Nihilis

Gauche discutable V

2006-08-18



Gauche mêlée
Les personnes au mode de vie marginal, les personnalités particulières, les individus réputés «mal socialisés», ainsi que les personnes démunies (en termes financiers, de santé physique, de santé mentale, ou de relations), font régulièrement face à l'exclusion car ne répondant pas tellement bien aux exigences de superperformance de la société. À chaque fois qu'une situation du genre se produit, il est probable que la personne exclue se retrouve, en désespoir de cause, à parler de sa victimisation à une personne de la gauche, typiquement un-e universitaire qui croit sincèrement oeuvrer pour le bien commun à travers les actes de bienfaisance militante rémunérée d'un organisme communautaire. Mobilisant alors les services autour de la noble cause d'aider la personne marginale à se réintégrer tout en l'encourageant à résister héroïquement aux pressions sociales conformisantes et aliénantes, l'intervenant-e en profite aussi pour faire de l'éducation populaire auprès de cette personne, c'est-à-dire lui expliquer les bienfaits de la gauche et les malheurs de l'aliénation qu'elle tente de combattre. Inutile de le préciser, la discussion qui suit s'avère assez différente d'un échange entre personnes bourgeoises universitaires qui refont le monde autour d'une consommation d'alcool dans un bar alternatif, l'intervenant-e devant le plus souvent expliquer à cette personne du peuple les bases élémentaires du fonctionnement de l'oppression à la personne marginale, au-delà de «le système» et «la société».

Il peut arriver que la personne marginale, souvent victime des institutions et réceptive puisque en détresse par rapport à un problème particulier pour lequel elle a besoin d'aide, se reconnaisse dans le discours de la gauche, et se rende compte que les mouvements sociaux constituent une réponse valable non seulement aux problèmes du monde (cela se peut, après tout), mais aussi, et surtout, à ses problèmes très immédiats et personnels. Elle rejoint alors les rangs, avec les autres personnes marginales de ce monde, de la gauche mêlée (GM).

La GM comprend donc un ensemble très hétéroclite de personnes exclues, fâchées de l'être parce que cela résulte en des conséquences frustrantes, et sympathiques au discours de la gauche. La GM se construit dans l'action, c'est-à-dire que la frustration individuelle mène à la recherche d'aide, et l'aide fournie par les intervenant-e-s s'accompagne de conscientisation. En théorie, cela devrait construire un large front de masses populaires potentiellement révolutionnaires (!), puisque la lutte sociale devient inévitablement, par la prise de conscience de classe, la réponse aux évidentes failles du système capitaliste et de l'État. En pratique, la majorité de la GM sont à gauche à temps partiel, satellites dormants dont le besoin d'aide réveille temporairement le réflexe politique et, peut-être, la participation à une manifestation si ce n'est pas trop compliqué.

Dans sa lutte non pas de grandes revendications politiques, mais bien éminemment personnelle et quotidienne pour la survie, la GM a compris que les mouvements sociaux, comme plusieurs autres institutions et services, peuvent être utilisés pour répondre à leurs besoins. Les groupes ayant une idéologie de gauche ne sont qu'un de ces moyens parmi d'autres, et la GM n'a que peu de ressources à consacrer au véritable combat social. De par leur existence précaire et leur vie ardue, les personnes exclues peuvent devenir de puissant-e-s individualistes, tout investissement sur autrui résultant immédiatement en une perte nette pour eux et elles, ce qui prend une grande valeur quand on n'a que peu de choses. Si ils et elles souhaitent une amélioration immédiate de leurs conditions de vie, les grands changements révolutionnaires et les projets à moyen terme ne sont définitivement pas au programme.

La plupart des gens de la GM, à part ceux et celles qui deviennent des militant-e-s convaincu-e-s (c'est rare, mais bon, c'est rare dans tous les groupes de la société, soulignons-le) sont donc des alliés assez faibles pour la gauche car, la crise passée, les mesures de sécurité sociale les poussent à laisser les autres décider pour eux et elles, ou encore à voter Parti Québécois (genre : gauche traditionnellement nationaliste, gauche «du gros bon sens»), voire même Action Démocratique du Québec (populisme de droite «du changement» oblige). La conscientisation ne se fait qu'en surface, et de façon intuitive, ce qui n'est pas surprenant compte tenu de la situation difficile, du peu de moyens, et de l'exposition à temps partielle de la GM à toutes ces affaires de politique. Cela crée d'amusantes contradictions, surtout quand c'est un fait reconnu que les organismes communautaires de défense de droits (p.ex. logements sociaux, personnes assistées sociales) sont massivement plus à gauche que la moyenne de la population générale. C'est d'autant plus vrai que la grande gauche, avec ses allures très bourgeoises et bien éduquées qui tentent vainement de ne pas en avoir l'air, et sa philosophie de vertueux débats d'idées théoriques, n'a absolument rien à voir, ni à faire, avec la culture des personnes de la GM.

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Ere Elgey
Erelgey Nihilis

Gauche discutable IV

2005-12-02



Gauche des grands penseurs
Si je l'écris au masculin, c'est bien parce que ce sont très majoritairement des hommes qui composent la Gauche des grands penseurs (GGP). Habituellement scolarisés, mais pas tant que cela, et souvent des bourgeois à la mobilité sociale descendante envers qui le reste de leur famille demeure perplexe, les membres de la GGP passent leur temps à REFAIRE LE MONDE. Cela signifie bien entendu de boire de la bière de microbrasserie avec d'autres membres de la GGP ou à de loyaux adeptes nouvellement initiés qui boivent leurs paroles, tout en discutant longuement sur ce que serait la société si... La GGP, donc, nage dans l'abstrait et l'observateur-trice a beau chercher avec optimisme le changement social dans tout cela, il n'existe tout simplement pas.

De plus, la GGP aime plus que tout se mettre en valeur et faire des discours interminables dans les assemblées. Les membres de la GGP, honorables chiens de garde d'on-ne-sait-quoi, se dressent pour la justice, et passent le plus clair de leur temps à débattre sur d'infimes détails aux conséquences philosophiques, croient-ils, extrêmement importantes. Les discussions, qui portent sur des éventualités tout à fait improbables, finissent par éveiller les autres personnes de la gauche et là, c'est le bordel le plus complet, parce que les grandioses intellectuels, virtuoses du concept et de la catégorie, finissent par s'entre-tuer entre eux, et se réconcilient à tous les cinq ans en fusionnant leurs groupuscules et, finalement, tout le monde s'en calice.

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Erelgey Nihilis
Erelgey Nihilis

Gauche discutable III

2005-12-01



Gauche du symbolisme absolu
La Gauche du symbolisme absolu (GSA) est constituée d'individus généralement scolarisés, bourgeois, et les départements d'arts, d'anthropologie et de philosophie en comptent de nombreux-ses adeptes. La GSA croit que la population générale, incluant les personnes les plus misérables qui demeurent des entités théoriques pour la GSA, est capable de comprendre le symbolisme hyper obscur et les références fangeuses qui gouvernent leurs actions. Ainsi, la GSA tendance anarchiste non pacifique détruit le capitalisme en s'attaquant physiquement à ses symboles, avec grande fierté et l'impression de faire des actions qui donnent des résultats, tandis que le reste de la population les perçoit comme des fauteur-euse-s de trouble. Les artistes GSA organisent une manifestation de 12 personnes et construisent une sorte de truc affreux - plein de symbolique culturelle profonde, souvent la même qu'il y a six mois (ah, le CERCUEIL) - et, malgré des sollicitations répétées faites aux médias, personne ne couvre l'événement. Les anthropologues se joignent à elles et eux, construisent aussi un monument qui défie le sens esthétique, et envoient un communiqué de presse détaillant le sens ancestral archétypo-ethnologique de la chose, pour le plus grand rire des journalistes. Les philosophes GSA expliquent alors en long et en large la dialectique fondamentale d'une question accessoire à un journaliste et ne comprennent pas pourquoi, par la suite, ils et elles ont été mal cités.

En somme, la GSA vit dans le signifié plutôt que dans le signifiant (i.e. la réalité), ce qui fait en sorte que, finalement, il ne se passe pas grand-chose.

Note. Certaines personnes réussissent à faire vraiment des miracles en termes de détournement symbolique par rapport à la publicité, ou dans des manifestations. Je n'inclus pas ces personnes dans la GSA parce que la philosophie de base est l'action (ici, le symbolisme devient un outil) et que les gens comprennent ce qu'ils-elles font.

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Erelgey Nihilis
Erelgey Nihilis

Gauche discutable II

2005-11-30



Gauche paranoïde
La Gauche paranoïde (GP) voit toujours des problèmes partout. D'un côté, la GP très régressée croit à peu près tout ce qu'il peut exister en termes de théories de la conspiration habituellement issues de la droite (p.ex. tout ce qui touche des groupes secrets avec des agendas cachés), et les colore avec un peu de progressisme semi cohérent. De l'autre côté, la GP relativement saine d'esprit chiâle contre à peu près tout ce qui existe ou n'existe pas, et finissent par devenir des prédicateur-trice-s du sens commun qui voient des crosseur-euse-s partout et qui se fâchent à tout bout de champ. Peu rigoureuses, et d'un sens critique limité, les personnes de la GP croient sans preuve et se fâchent dès que quelque chose leur est présenté comme une injustice (peu importe le contenu). À cause de cela, ils et elles sont très perméables au populisme et aux idées de droite. Plusieurs finissent par trouver des RÉPONSES dans les trucs New age, une quelconque religion mystique inconnue ou une idéologie très, très spécifique.

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Erelgey Nihilis
Erelgey Nihilis

Gauche discutable I

2005-11-29



Cela fait déjà quelques années que je suis impliqué politiquement, principalement dans le milieu étudiant. J'ai travaillé avec des gens d'à peu près toutes les orientations idéologiques (ou presque). Je me suis identifié, et je continue de m'identifier malgré mon nihilisme grandissant, à l'idéologie de gauche. Cette appartenance est très générale, voire brumeuse, et reste imprécise en ce sens que je ne fais pas partie d'un bloc particulier de la gauche, d'une tendance très définie.

Cependant, quatre façons de vivre la gauche commencent à m'irriter et, cher-ère-s lecteur-trice-s, je vais vous en entretenir ce matin et au cours des jours à venir.

Gauche naïve
La Gauche naïve (GN) est constituée d'individus pleins de bonne volonté qui font des erreurs remarquables de raisonnement. Quelques problèmes au plan du sens critique se font aussi sentir, et la GN apprécie particulièrement le relativisme. La GN se fait constamment piéger dans toutes sortes d'histoires à cause de sa bonne volonté, et vit dans un Univers peint en couleurs pastel dans lequel être à gauche, c'est cool. Les gens de la GN sont des idéalistes modéré-e-s aux idées flottantes et à l'analyse politique assez artistique, qui se retrouvent un peu partout dans le spectre politique, et le NPD semble en abriter un groupe de taille significative.

La GN pense qu'on change toute la société en faisant du lobbying et que les gens sont de bonne foi en politique. La GN se satisfait de recycler, de faire des dons une fois de temps en temps, d'acheter des légumes biologiques et du café équitable. La GN pense que la classe ouvrière, c'est vraiment joyeux, et que le fait de rester dans un quartier défavorisé quand on fait une maîtrise permet d'en faire partie. Dans le même ordre d'idées, la GN est toute émoustillée devant la possibilité d'une grève, même ultra corporatiste, et commente l'esthétisme de la solidarité transhistorique de ressortir les slogans de Mai 68 ou encore en chantant L'Internationale tout seul tandis que huit autres fonctionnaires qui se les gèlent à -30 degrés celsius sur une ligne de piquetage sont en criss contre leur syndicat et vont voter ADQ aux prochaines élections pour se venger. La GN devient déroutée devant le radicalisme épicé, et ses membres sont pris et panique lorsque une cause est à un tournant décisif et est sur le point de faire des gains. La GN pense que les débats entourant CHOI 98.1 Radio X portent véritablement sur la «libarté» d'expression et ne comprennent pas pourquoi tout le reste de la gauche ne veut rien savoir. La GN considère que, au nom du relativisme culturel, il faut laisser les communautés culturelles au sein du Canada faire tout ce qu'elles veulent même lorsque cela constitue une menace pour d'autres acquis sociaux (p.ex. égalité hommes-femmes). Enfin, les membres de la GN se jettent très joyeusement en bas du précipice que leur indiquent les masculinistes en allant aux barricades aussitôt que les hommes sont présentés comme des victimes du système et que, leur dit-on, le féminisme est allé trop loin. De la même manière, la GN applaudit chaleureusement les mesures inefficaces pour contrôler la prostitution, comme le fait d'institutionnaliser la discrimination en légalisant le proxénitisme.

Bref, la GN est particulièrement douloureuse, et passe son temps à nuire au reste de la gauche en ne progressant jamais dans la réflexion en et servant de déversoir de pensée dominante.

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Erelgey Nihilis
Erelgey Nihilis

Souveraineté

2005-09-12



Ces temps-ci, on entend beaucoup parler du projet de souveraineté : les médias s'intéressent finalement à la course à la succession de Bernard Landry au Parti Québécois, les candidat-e-s commencent à créer le débat, le Parti Québécois recrute, et Radio-Canada a présenté le documentaire Point de rupture la semaine dernière. J'ai vraiment apprécié ce documentaire. Il m'a donné une nouvelle perspective sur le Référendum de 1995 (notamment : Lucien Bouchard est un destructeur côté discours, règle générale), que j'ai vécu alors que je n'étais pas majeur et que ma compréhension des phénomènes politiques ne faisait que débuter timidement. Question de faire des commentaires pertinents et actuels, je vais vous parler de souveraineté, d'abord d'un point de vue bien individuel, en prenant ensuite un angle plus social.

Tout d'abord, voici une petite biographie politique de mes opinions sur la souveraineté. Je viens d'une région massivement péquiste et souverainiste. Avant l'âge de 17 ans, je n'ai jamais vraiment questionné ces idées. Mes intérêts envers la politique ont commencé au moment où je suivais un cours d'histoire particulièrement intéressant à l'école secondaire. C'était quelque temps avant le Référendum. Par la suite, j'ai pris un certain plaisir à écouter des documentaires et essayer de comprendre les points de vue d'analystes universitaires et de groupes d'intérêts sur des questions d'actualité. J'ai développé des opinions très tranchées, souvent construites à partir de prémisses douteuses et de mon ignorance, largement encouragées par un milieu simpliste et intolérant dans lequel savoir gueuler fort fait souvent office d'argumentation et de débat. Je crois que le moment où j'avais le plus de certitudes, tous aspects confondus de ma vie, c'était à 16 ans. J'étais fondamentalement souverainiste, mais je ne me préoccupais pas particulièrement du Parti Québécois.

À partir de 17 ans, mon milieu cheangea et je réalisai l'importance de la rigueur intellectuelle et de l'esprit critique. Depuis ce temps-là, je possède de moins en moins de certitudes à mesure que le temps passe. Je décidai rapidement de ne plus parler à moins d'avoir quelque chose d'intelligent à dire. À l'occasion d'un débat sur la question de la souveraineté, j'ai apporté tant des arguments pour que contre, m'aliénant l'ensemble de l'auditoire (c'était particulièrement amusant d'être applaudi, puis hué, par les mêmes personnes, dans une courte période de temps). Rendu là, je continuais à considérer que la souveraineté était une bonne chose, mais ce n'était plus une certitude et je voyais bien que les fédéralistes avaient aussi des arguments valides.

Quelques années plus tard, je me suis retrouvé à vraiment douter de la pertinence de la souveraineté. J'étais dans un tourbillon d'idées politiques contradictoires que je prenais plaisir à explorer à mon rythme (c'est-à-dire lentement). Les gens du Parti Québécois m'apparaissaient soudainement être dans le camp ennemi (en fait, pas mal tout le temps de l'ère Landry), tandis que les alternatives réelles se faisaient rares et ne m'intéressaient pas particulièrement. Jusqu'à tout récemment, je n'ai pas vraiment eu besoin de me questionner sur l'idée particulière de la souveraineté, et je suis resté pratiquement neutre, voire retiré, pendant tout ce temps.

Avec l'arrivée (fort malheureuse) au pouvoir du Parti Libéral de Jean Charest, le contexte a changé, et l'occasion de me questionner sur mes idées politiques revint en force. Encore aux prises avec cette réflexion, voilà que le Parti Québécois organise une course à la succession pour remplacer Bernard Landry, parle de la question nationale, et l'idée d'un troisième référendum commence à faire son chemin.

C'est là qu'on est rendu-e-s, et, pour dire vrai, je ne suis vraiment pas décidé.

J'ai commencé à m'intéresser à la course à la succession de Bernard Landry récemment. J'en ai entendu parler de façon sporadique tout l'été, mais peu d'informations étaient données à part les communiqués d'entrée dans la course de telle ou telle personne. Ce n'est rien, ces événements internes du Parti Québécois, pour captiver mon attention. La semaine dernière, un militant du Parti Québécois m'a abordé pour savoir ce que j'en pensais. Je ne savais pas trop quoi dire. Quelques jours plus tard avait lieu, à la télévision de Radio-Canada, un débat télévisé entre quatre rivaux, candidat-e-s avoué-e-s à la succession de Bernard Landry.

J'ai visionné ce débat, puis je suis allé visiter la page web du Parti Québécois sur la course à la succession de Bernard Landry. J'ai lu les textes des quatre personnes ayant participé au débat télévisé. J'ai noté mes impressions, et voici ce qui en ressort.

André Boisclair
Boisclair est in homme relativement jeune, intelligent et charmant, sans toutefois être charismatique. Il parle bien et donne l'impression d'être «branché», moderne. Lorsqu'il est questionné, il donne toujours les «bonnes réponses», ce qui est agaçant. Je l'ai trouvé trop intellectuel pour les gens du commun, et j'ai senti qu'il manquait de vision. Il a de grandes réflexions abstraites, mais se cache derrière la recherche de consensus dès que les questions sont plus précises. Cela aussi est particulièrement agaçant; personne ne fera la souveraineté dans une logique de consensus ou de «par défaut», puisque c'est clairement une question qui divise les Québécois-e-s.

Louis Bernard
Ce que j'aime de Bernard, c'est qu'il est franc et direct. C'est aussi un individu considérablement expérimenté; un homme d'action. Cependant, il sonne beaucoup «vieille garde» et me semble un peu autoritaire. Très sûr de lui, peut-être trop, je trouve qu'il a tendance à sur-simplifier certains éléments des questions qui lui sont adressées. Enfin, je ne sais pas si c'était un effet particulièrement mauvais de l'éclairage, mais lors de son apparition télévisée, il avait l'air d'avoir du maquillage blanc et du rouge à lèvres : croyez-moi, c'était très, très épeurant.

Pauline Marois
Marois était là au tout début, et elle a gravi les échelons lentement mais sûrement. Elle parle très bien, et semble assez progressiste. Je pense que c'est une personne très sécurisante. Ce serait un choix sûr, mais pas nécessairement optimal. En effet, pour l'avoir vu donner une conférence publique, ce n'est pas une personne particulièrement charismatique ou bonne oratrice. Mais, dans l'ensemble, c'est une candidate solide.

Richard Legendre
Je dois dire que l'entrevue télévisée ne l'a pas mis en valeur. Dès que je l'ai vu, j'ai eu l'impression que c'était quelqu'un qui venait d'être téléporté des années 60 directement sur son siège. Il m'a donné l'impression de ne parler que du budget et d'être trop centré sur les chiffres. Toutefois, son texte sur le site web est clairement progressiste. D'après ce que j'ai vu du débat, j'ai pensé que Legendre avait les défauts de Boisclair et de Bernard : trop intellectuel, et trop précipité. J'éprouve de la difficulté à me faire une idée globale de Legendre. Il faudra que je m'informe davantage sur lui.

En somme, je n'ai pas encore fait mon choix.

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