| Chronique Société |
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![]() Chronique Société |
Introduction |
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Lorsque un phénomène individuel se réplique en un certain nombre d'exemplaires, ou lorsque les forces qui sous-tendent ce phénomène dépassent l'individu, un regard social devient nécessaire pour mieux comprendre. La réflexion sur la société, c'est ce que cette chronique vous propose. Nous, les analystes en charge de cette chronique, émettons diverses opinions sur des sujets qui nous touchent, mais qui affectent aussi beaucoup de gens. |
![]() Rouge Shapiro |
La Colère des femmes 2006-07-21 |
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Les femmes, bien que plus ou moins alertes à cet ordre des choses qui fait qu’elles ont une qualité de vie inférieure à celle des hommes et ce, à l’échelle planétaire, ressentent toutes une certaine colère face à cette situation. C’est quelque chose dont je me suis rendu compte en les côtoyant. Cette colère ne se vit cependant pas de la même façon d’une femme à l’autre. Il n’est pas nécessaire d’être consciente d’une réalité sociale plus grande et défavorable pour être fâchée en tant que femme. Même les plus mêlées et les moins politisées sont très en colère. De temps à autres, ces femmes explosent contre des personnes ciblées qu'elles considèrent être la cause immédiate des injustices dont elles sont victimes, p.ex. le conjoint infidèle. Elles ne comprennent pas forcément tout ce qui se passe ni pourquoi les choses se passent ainsi, mais elles ont ce fort sentiment que quelque chose n’est pas juste. D'autres femmes se fâchent de façon moins spectaculaire. D'habitude, elles rationalisent tout, entraînées depuis des années par les médias et la psychologie populaire à ne voir que des cas individuels au lieu de règles générales. Elles se fâchent néanmoins de temps à autres lorsque la situation devient intenable, considérant que les hommes sont de bonne foi en général (voire de naïves et faibles victimes de leurs amis qui les emmènent aux danseuses), et devraient seulement changer quelques aspects bien précis de leur comportement pour que les choses fonctionnent. Ce faisant, elles multiplient les compromis, les arrangements, en viennent à organiser l’ensemble de la sphère privée pour éviter les écarts de conduite des hommes qui pourraient leur nuire. Même les femmes qui peuvent être considérées comme les gagnantes du système – les professionnelles scolarisées, individualistes, carriéristes et bourgeoises, et les étudiantes qui les précèdent – peuvent se fâcher. Elles n’expriment pas de colère directement. Elles se contentent d’être contrariées devant les inconforts de la vie de femme, allégés par le fait d’avoir des avantages qui rendent leur vie généralement enviable par rapport à celle des autres. Par contre, le même sentiment de frustration existe, enterré sous de nombreuses couches de frustrations refoulées. Or, elles ne se sentent pas toujours reconnues à leur juste valeur au travail ou à la maison, l’homme moyen n’appréciant pas particulièrement leur réussite ou ne faisant pas les efforts nécessaires. Elles se retrouvent parfois à les considérer comme des enfants, des adolescents attardés ou de profonds incompétents envers qui elles entretiennent des espoirs qui reflètent plus une vision idéalisée qu'objective de la situation. Les femmes féministes sont sans conteste celles dont la colère est la mieux mise en évidence et canalisée. Grâce à un cheminement partant de leur expérience personnelle, puis une conscientisation politique, elles comprennent ce qui se passe globalement, au-delà des événements fâcheux de leur vie personnelle. Leur colère est dirigée non pas contre des individus dans des contextes très précis, mais bien contre l’homme oppresseur, jugé être la source des malheurs des femmes. Après tout ce qu’elles ont observé, comment ne pas être en colère ? Elles l’expriment alors contre les méfaits sociaux des hommes et contre la division des femmes entre elles, que ce soit dans la sphère privée ou la sphère publique. Si la colère peut s’exprimer de plusieurs façons, il reste que la colère propre aux femmes a une origine qui transcende leurs différences : le fait d’être discriminée ou malmenée en tant que femme. Trop souvent, les hommes sont à l’origine de leurs frustrations et, en plus, vont nier le vécu des femmes, l’attribuant à un quelconque état psychologique malsain ou à des variations hormonales naturelles. Ils placent ainsi leurs besoins au-dessus de ceux des femmes. Or, peut-être que s’ils les écoutaient et leur montraient de la considération, elles auraient non seulement une meilleure qualité de vie, ce à quoi elles ont droit, mais elles auraient moins envie de se fâcher. |
![]() Clara Diaz Epine |
Éducation à la citoyenneté 2006-07-07 |
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Lorsque l'actualité s'y prête, différents groupes sont invités, dans les émissions d'affaires publiques, les reportages, les articles de journaux et autres tribunes, à parler des causes pour lesquelles ils militent. Souvent, ces groupes ajoutent à leur message l'idée selon laquelle «il faudrait plus d'éducation sur cette question fondamentale», si possible l'implantation du message dans un cadre formel, habituellement scolaire. C'est une des raisons qui font que le débat sur le contenu des programmes revient régulièrement, p.ex. en histoire (politisation; biais souverainiste c. fédéraliste) et en enseignement religieux et moral (éducation religieuse c. éducation laïque aux religions). Les personnes qui suggèrent d'intégrer leur message dans les institutions représentent généralement des groupes aux intérêts particuliers. Il faut comprendre que, si les institutions reprennent un message plutôt qu'un autre, ce message risque d'être diffusé à très grande échelle, de façon transversale. Si aucun message n'est diffusé sur une question donnée (p.ex. en retirant l'éducation à la sexualité des écoles), il s'agit en soi d'un message qui favorise le statu quo ou une idéologie non interventionniste (p.ex. conservatisme; néolibéralisme). Le message véhiculé par les institutions dispose d'un avantage stratégique par rapport aux autres. Cela s'avère lourd de conséquences justement parce que les institutions socialisent. Par la socialisation, les institutions tentent d'intégrer les individus à la société. Cela signifie qu'elles contribuent à définir la réalité sociale parce que, chemin faisant, elles influencent de façon importante le développement des individus et les amène à adopter les valeurs dominantes. Cet enjeu majeur, les groupes d'intérêts le connaissent, et c'est pour cette raison que tout le monde voudrait bien faire en sorte que son message soit repris par les institutions. Le combat pour la socialisation commence. Individuellement, ces groupes d'intérêts professent la plupart du temps des points de vue défendables. Le problème, c'est lorsque ces groupes sont considérés dans leur ensemble. Suivant leur logique, il faudrait être éduqué sur les questions politiques et sociales, mais aussi être sensibilisé à l'environnement, aux cultures, aux arts, aux médias, au syndicalisme et au féminisme, entre autres. C'est sans compter les programmes de prévention de tous ordres : sexualité, alimentation, psychotropes, activité physique, santé mentale... jusqu'à l'orientation professionnelle. Bien entendu, tout cela est très important, et fait partie du vaste ensemble de l'éducation à la citoyenneté. Plus la société et la technoscience se développent, plus les enjeux augmentent en nombre. Le problème, c'est que le temps d'exposition aux institutions et notre aptitude à assimiler de l'information n'augmentent pas beaucoup, du moins, pas aussi rapidement que la quantité et la complexité des enjeux. Et puis, au-delà de la citoyenneté, l'école doit aussi atteindre les objectifs de ses programmes à travers tout cela. Par ailleurs, il est particulier de remarquer que les groupes minoritaires qui souhaitent faire passer leur message dans les institutions ne se font pas directement contredire, sur ce point, par les groupes puissants. Même que, souvent, les puissants vont recommander que les conséquences de leurs actes fassent l'objet de l'éducation à la citoyenneté (!), ajoutant que, dans le fond, tout est une question de libertés individuelles. Cela mène à un autre problème : les ressources (temps, argent, expertise) des institutions publiques ne croissent pas assez rapidement pour couvrir tous les enjeux. Par contraste, les puissants de ce monde possèdent, chacun de leur côté, beaucoup de ressources pour faire valoir leurs points de vue et le diffuser, p.ex. par la publicité, le financement de différentes activités, la représentation des intérêts (lobbying). Les industries de la mode, du sexe, du tabac et de l'alimentation préfèrent de loin que l'État crée des programmes d'éducation et de prévention à toutes sortes de choses, dispensés par des organismes sous-financés ou des professionnel-le-s déjà débordés de travail, plutôt que de subir une législation contraignante. Cela leur permet de continuer à faire ce qui était fait auparavant et à livrer des messages contraires à ceux de l'intérêt public, mais avec des moyens beaucoup plus importants. Le fait que les différent-e-s représentant-e-s des intérêts et idéologies se battent pour faire passer leur message dans la société et tentent de coopter les institutions pour y arriver n'a rien de nouveau ou de surprenant. Cependant, l'éducation à la citoyenneté fait face à deux limites majeures (trop d'enjeux; manque de ressources) qu'il faut considérer dans un contexte. La puissance et l'attrait des messages alternatifs à ceux de l'État, et les valeurs individualistes d'aujourd'hui, si elles ne s'opposent pas au principe de l'éducation à la citoyenneté, peuvent largement contrer ses effets. C'est pourquoi l'éducation à la citoyenneté ne constitue pas forcément une réelle solution pour les groupes d'intérêts. |
![]() Rouge Shapiro |
Diet Confidential - un résumé commenté 2006-06-30 |
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Introduction
Diet Confidential, ainsi s'intitulait un documentaire diffusé récemment (mi-juin 2006) par la partie anglophone de Radio-Canada, CBC. Dans ce documentaire, une série de personnes sont interviewées sur la question des diètes et le milieu dans lequel baigne cette industrie. Il s'agit d'abord et avant tout de points de vue et d'archives historiques commentées en lien avec des personnes qui travaillent dans le monde des diètes ou sur des problématiques connexes. Les faits ne sont pas particulièrement nombreux, et il n'est pas question d'expertise en nutrition sur l'efficacité d'une diète ou d'une autre. C'est une exposition sur les rouages internes de l'industrie. Je considère important de reprendre les éléments principaux du documentaire et de les diffuser ici. La thèse principale développée est que les diètes sont d'une efficacité douteuse, mais que cela importe peu dans la dynamique de cette industrie. Trois idées sont avancées pour soutenir cette conclusion, résumées dans le présent texte.
Une Faible validité scientifique
La première idée est que les fondements et la validité scientifiques des diètes sont contestables dans le meilleur des cas. Le régime Atkins, qui est la première diète «moderne» (bien que les écrits sur la nutrition datent d'au moins le 18e siècle) à avoir réussi aussi largement auprès du public, reposait sur l'idée qu'il fallait éviter les glucides. C'était en contradiction (et par ailleurs non démontré scientifiquement) avec les idées véhiculées dans les années cinquante, qui proposaient plutôt d'éviter les gras. Le Dr. Atkins, créateur de ce régime, était très contesté à l'intérieur même de l'institution médicale. La mort du Dr. Atkins, au tournant du 21e siècle, a entraîné la déchéance de son régime, particulièrement lorsqu'il fut publicisé qu'il était rendu obèse à sa mort. Depuis cet événement, plusieurs nouveaux régimes ont été lancés pour combler le vide laissé par l'abandon du régime Atkins, récupérant les méthodes de mise en marché de ce dernier.
Les nouveaux régimes sont conçus par des personnes présentées comme crédibles (p.ex. un-e médecin ou un-e chercheur-e dans un domaine connexe à l'alimentation), mais ce n'est pas nécessairement le cas (p.ex. personnes issues du milieu des affaires). Du moment que le régime est perçu comme crédible par l'auditoire, il peut fonctionner. Le recours à un-e expert-e n'est qu'une des méthodes pour arriver à cette fin. Donc, les personnes qui conçoivent les régimes souhaitent davantage que leur diète ait l'air crédible qu'elle ne soit réellement scientifiquement fondée. Il n'y a pas de consensus scientifique clair puisque les différentes diètes, qui se présentent toutes comme rigoureuses et fondées, envoient des messages contradictoires entre elles.
Des Préoccupations principalement économiques
Or, la validité scientifique des régimes importe peu dans cette industrie et ce, pour deux raisons. La première est que les préoccupations des personnes qui lancent des régimes ne sont généralement pas associées à la santé publique, mais plutôt au profit. En fait, les diètes font vivre toute une industrie.
D'une part, ce sont des agences de mise en marché (marketing) qui lancent les régimes. Elles s'organisent pour publiciser les régimes à travers des livres, certes, mais surtout en servant d'intermédiaires pour brancher leurs «expert-e-s» directement, et massivement, sur les médias (p.ex. entrevues dans les nouvelles, les émissions de variétés et les talk shows). Souvent, l'agence de mise en marché se sert de ses propres magazines pour créer une sorte de mode ou d'effervescence artificielle autour d'un nouveau régime qu'elle a elle-même contribué à lancer. Les agences de mise en marché vont aussi s'associer à des vedettes bien en vue à Hollywood qui vont dire publiquement qu'elles utilisent tel ou tel régime, ce qui sera ensuite massivement médiatisé, et repris dans des articles de revues qu'on retrouve près des caisses, dans les épiceries (typiquement, un-e mannequin ou une actrice va déclarer : «Moi, __, j'ai perdu __ kg en __ jours grâce à la diète __.»). D'autre part, l'industrie agro-alimentaire trouve largement son compte dans le lancement de nouveaux régimes. Certaines diètes ont même été utilisées pour encourager la consommation de certains produits plutôt que d'autres et ce, avec la complicité des industriels qui fabriquent ces produits ! C'est ainsi que les régimes vont donner lieu au lancement d'une série de livres de recettes et de produits dérivés, notamment de nature alimentaire (p.ex. au Québec, les produits Montignac, du même nom que la diète -- j'ai même trouvé du beurre d'arachides Montignac !), mais pas forcément (cf. produits naturels, exerciseurs, accessoires de cuisine...), ou encore approuvés pour une diète ou une autre (p.ex. les restaurants Subway se vantaient, dans leurs publicités, d'être «Atkins-approved», et affichaient le grand «A» rouge).
Une Rhétorique éprouvée
La seconde raison pour laquelle les fondements scientifiques des diètes importent peu au-delà des arguments d'autorité (médecin, chercheur-e, star de Hollywood...) et d'une cohérence interne minimale des explications données pour un régime particulier, c'est que les personnes qui lancent des régimes utilisent des procédés de nature psychologique pour accrocher les gens. Ainsi, bien que l'univers de la nutrition soit excessivement complexe, les régimes donnent des recommandations simplistes (p.ex. «no carbohydrates»; «there are good and bad fats») ou se basent sur des aphorismes («one-liners») réducteurs (p.ex. «French women don't get fat»).
Plus généralement, les concepteur-trice-s de diètes donnent des réponses compréhensibles, mais inexactes, sur une question sans consensus scientifique clair et précis (à part réduire le sucre, manger de façon équilibrée et faire de l'exercice physique). Lorsque les individus (principalement des femmes, et de plus en plus jeunes) suivent ces régimes, et échouent, ils et elles s'attribuent le blâme pour leur échec (puisque il est postulé que la diète fonctionne, cf. argument d'autorité), et recommencent ou cherchent des réponses dans un autre régime. Il existe de nombreux régimes et, en fait, il serait théoriquement possible de choisir un régime semblable à son alimentation actuelle, et dire que c'est une diète. En d'autres termes, les gens pourraient choisir les régimes en fonction de ce qu'ils et elles aiment manger (le régime Atkins, qui recommande de manger du gras et de la viande, en est un exemple). Les diètes vendent un mode de vie («lifestyle») qui, ironiquement, est basé sur l'absence d'effort, les solutions rapides et, bien entendu, la consommation de produits dérivés.
Conclusion
En somme, Diet Confidential démontre que les régimes sont davantage une question de mise en marché et de questions économiques que de santé publique. En guise de réflexion plus générale, je dirais que c'est très préoccupant, considérant que la question du poids et de la minceur touche directement l'image corporelle et l'estime de soi, tout cela cadré dans une logique où les critères de beauté ne sont pas réalistes pour la majorité des personnes, surtout pour les femmes. Autrement dit, l'industrie de la publicité crée l'obsession de la minceur, propose des solutions qui ne marchent pas sous forme de régimes, puis crée des alternatives – d'autres régimes – qui ne fonctionnent pas plus. C'est aussi préoccupant dans la mesure où ces solutions-miracles individuelles inefficaces, qui proposent de consommer et d'acheter, sont perçues comme crédibles par une société de plus en plus grosse et complexée, en lieu et place de mesures collectives susceptibles d'endiguer, justement, les problèmes associés à la consommation excessive et aux troubles alimentaires, problèmes dont l'industrie de la publicité est, selon toute vraisemblance, en bonne partie responsable.
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![]() Benoît Szault |
Brenda Milner 2006-01-16 |
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Quelques temps avant le congé des fêtes, je suis allé voir une conférence donnée par Dre. Brenda Milner à l'Université Laval. Probablement que vous ne la connaissez pas, sauf si vous vous intéressez à la psychologie scientifique. Sachez que c'est une des plus grandes neuropsychologues du XXe siècle. Britannique de naissance, elle a passé la plus grande part de sa (maintenant longue) vie à travailler pour l'Université McGill, à Montréal. Ses recherches ont porté essentiellement sur les bases biologiques de la mémoire à court terme, notamment avec le patient «H.M.». H.M., après avoir subi une nouvelle procédure de neurochirurgie (...des années 50 : la lobectomie temporale bilatérale) pour enrayer son épilepsie, était devenu tout à fait incapable d'encoder des nouvelles informations dans sa mémoire à long terme. C'est un des grands classiques de la psychologie. La conférence de Mme. Milner présentait ses principaux travaux et leurs implications, ce qui constituait aussi en quelque sorte une «autobiographie professionnelle» de cette monumentale dame de petite taille, qui commence définitivement à être plutôt agée bien que toujours très éveillée. À la suite de sa présentation, des questions vinrent du public. Ce fut l'effondrement de ce qui venait d'être un moment privilégié en face d'une légende vivante. Cela n'est pas la première fois que je le constate, mais je pose néanmoins la question : pourquoi faut-il que les débiles profonds gâchent toujours ce genre d'événement en faisant leur show ou en étant impertinent-e-s ? Quelques questions furent permises et, outre celle d'une professeure de psychologie et d'un commentaire positif fait par une enseignante de CEGEP, le reste fut largement impertinent. Deux éminentes nullités, il devait s'agir de professeurs, ont parlé le plus longtemps possible pour tenter de démontrer qu'ils savaient quelque chose (on ne sait pas quoi, mais enfin), en arrivant finalement à poser des questions très pointues, dont tout le monde se calice, et qui ne portaient pas sur l'expertise de Mme. Milner. Malgré ces actes narcissiques médiocres, qui ressemblaient parfois à une volonté d'abnégation en face d'une recherche de vérité autoritaire, Mme. Milner a réussi à leur répondre sans faire lever le malaise qui s'éveillait dans l'auditoire. Très sincèrement, je trouve ce genre de comportement des plus déplacés, particulièrement de la part de personnes de la communauté universitaire. Et, pendant ce temps, les autres professeur-e-s de psychologie (sauf les deux qui étaient présent-e-s à la conférence) avaient mieux à faire, c'est-à-dire fêter la fin de la session dans un souper d'employé-e-s. Je n'étais vraiment plus capable. |
![]() Clara Diaz Epine |
Cerveaux court-circuités 2005-12-03 |
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La dépendance est un phénomène bien particulier. Des recherches sur le cerveau ont démontré que la dépendance psychologique avait une base organique. Il existe un véritable «système du renforcement» dans le cerveau qui s'active lorsque une réponse a des conséquences heureuses pour l'organisme. Le conditionnement en lui-même est un apprentissage utile à la survie qui nous pousse à reproduire certains comportements (ceux qui sont récompensés) plutôt que d'autres (ceux qui ne le sont pas). La création artificielle et répétée de ces récompenses ou «conséquences heureuses» crée en quelque sorte la dépendance. Le phénomène de dépendance est une forme extrême de conditionnement opérant (instrumental). La dépendance court-circuite le système de renforcement et place en priorité totale la recherche de ce renforcement. Les modèles animaux de la dépendance sont fort spectaculaires. Une électrode est branchée dans le cerveau d'un rat, et le rat peut s'envoyer une décharge électrique dans le cerveau pour se stimuler le système du renforcement. Diverses variantes d'une telle expérience existent, notamment avec des drogues. Le résultat est toujours sensiblement le même : le rat passe sa vie à se stimuler le système de renforcement. Plus il le fait, plus il risque de continuer à le faire puisque les circuits nerveux sont ainsi faits que l'activation répétée rend une acctivation subséquente plus probable. Le comportement d'auto-stimulation est extrêmement difficile à éteindre, et le rat va souvent préférer cette stimulation à la satisfaction de ses besoins de base. Il va même accepter de subir diverses punitions physiques (généralement des chocs électriques) pour trouver cette stimulation. Quand on pense à ce qui arrive à certaines personnes dépendantes des drogues dures, voilà qui fait réfléchir... Néanmoins, chez les humains, l'auto-stimulation intracrânienne (testée quelques fois dans des situations de neurochirurgie) est moins concluante, les individus continuant de se stimuler mais rapportant que l'expérience finissait par devenir frustrante. Mais à quel point sommes-nous nous-mêmes dépendant-e-s ? La dépendance à l'alcool peut prendre un certain temps avant de devenir évidente, alors que pour le tabagisme ou plusieurs drogues (particulièrement celles de la famille des stimulants : amphétamines, méthamphétamines, cocaïne... ritalin), la dépendance s'installe rapidement. À force de se court-circuiter le cerveau avec des substances à l'effet violent (je parle ici surtout des drogues dures), les gens finissent par le faire complètement disjoncter. Quand vous verrez une bande de fini-e-s aux yeux vacants, à l'air endormi, lourdement médicamentés, qui passent le plus clair de leur temps à fumer et à boire des trucs saturés de stimulants pour tenir ce qui reste de leur matière cérébrale éveillée, malgré tout à un niveau largement inférieur à la normale des êtres humains, ce qui leur permet à peu près de survivre entre deux crises sans ne rien faire de bon de leur pitoyable vie, peut-être comprendrez-vous que se griller le cerveau, ce n'est pas un but. À plus petite échelle, la caféine et le sucre raffiné (qui sont des stimulants), peuvent aussi créer une forme atténuée de dépendance. Peut-être avez-vous déjà ressenti une «rage de sucre» ? Vous êtes-vous déjà questionné-e sur l'irrésistibilité de certaines de vos envies non nécessaires ? Maintenant, sachant que le simple plaisir d'une chose peut être un renforcement, à quel point les individus sont dépendant-e-s du plaisir ? Les divertissements deviennent de plus en plus stimulants, et la société nous en offre de plus en plus. Le réalisme des jeux vidéo atteint des sommets, notamment avec l'interactivité que procure Internet. La cyberdépendance, ce n'est pas un mythe. Et maintenant, la télévision s'inspire d'Internet, notamment par le biais de la télé-réalité, mais plus généralement par l'omniprésente approche du spectacle. En fait, on peut parler de société-spectacle tant tout est axé sur le divertissement, et le divertissement de premier niveau : nourriture, sexualité, violence, sports extrêmes..., bref, tout ce qui est sensoriel. Il existe bel et bien une tendance vers l'invasion de toutes les sphères de la vie par ce qui est économique, et l'économique utilise la publicité pour arriver à ses fins. Et la publicité, elle s'adresse à votre système de renforcement et à vos émotions. Quel est le degré d'exposition de votre système de renforcement à la publicité ? Je vous le demande (ne répondez pas, c'était une question rhétorique) ! Cette fuite vers le divertissement pourrait être considérée comme une forme atténuée de dépendance qui fait que la vie s'oriente vers la recherche de renforcement, ici le plaisir. Cette subordination au plaisir sensoriel, qui peut devenir le principe maître de la vie dans certains cas assez extrêmes d'hédonisme, est une véritable fuite, une aliénation de la liberté individuelle au profit de la stimulation extérieure. Les existentialistes s'indigneraient (et c'est pas mal ce que je fais, vous avez dû le remarquer) de constater que le plaisir érigé en finalité, l'hédonisme total, constitue une forme de plus en plus répandue de refus de la responsabilité d'exister avec courage dans ce monde absurde, au même titre que les gens qui sacrifient leur individualité pour une occupation (travail), une organisation, au nom d'une religion ou d'une idéologie. Évidemment, ce n'est pas fini, ce n'est qu'un début. Le plaisir sensoriel devient rapidement victime d'un processus biologique un peu frustrant, mais bien utile, soit l'adaptation sensorielle, qui nous permet de réduire notre réponse à un stimulus répétitif. Le plaisir sensoriel est donc voué à l'échec à moyen terme, car il finit toujours par s'atténuer et ne provoque pas de sentiment d'accomplissement durable, ne laisse aucune trace, aucune réalisation utile, aucun progrès. Pour contrecarrer cela, le plaisir offert (et recherché) se radicalise pour éviter une situation de vide existentiel qui correspond au «sevrage de plaisir». Il devient de plus en plus extrême, et cela se reflète entre autres dans la sexualité, et dans le voyeurisme médiatique de la télé-réalité. Tant que la fuite vers l'avant, vers la recherche de sensations, se poursuit, la radicalisation se poursuivra. À quand l'installation de l'électrode directement dans le système de renforcement, histoire de sauver du temps ? C'est comme se faire installer le câble et, après tout, le temps, c'est de l'argent ! ET NOUS SOMMES SUR LA BONNE VOIE ! Pourquoi ? Parce que nous réussissons de plus en plus à créer des divertissements virtuels qui permettent d'échapper au réel (dans un contexte de régression des conditions de vie de la majorité des êtres humains, ce qui rend la chose on ne peut plus tentante), et ce avec un réalisme qui devient confondant, qui rend les frontières entre ce qui existe et ce qui est simulé de plus en plus floues, voire perméables. Éventuellement, avec des moyens simulés pour donner du renforcement, avec une efficacité opérationnelle amplifiée pour créer la dépendance, le cerveau pourrait, dans certains cas, devenir complètement court-circuité tant le renforcement par le plaisir deviendrait puissant. «À quoi bon le réel et ses frustrations quand le virtuel est tellement plus intéressant et divertissant ?», diraient les personnes dépendantes et, dans une logique de relativisme hédoniste, il serait difficile de s'opposer à un tel discours. Néanmoins, une chose m'apparaît très claire : le malaise existentiel finit toujours par nous rattrapper, par la prise de conscience, par la crise ou par la mort. La seule façon d'y échapper, c'est de perdre ses capacités métacognitives (conscience de soi) en se court-circuitant le cerveau jusqu'à l'irréversible, une alternative qui représente probablement la fuite de la liberté la plus misérable qui soit. |
![]() Benoît Szault |
L'Importance d'une vision d'ensemble sur un phénomène social 2005-11-06 |
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Un des grands problèmes par rapport aux contributions des sciences humaines, à mon avis, est l'incapacité de la population générale, mais aussi des journalistes, et même de plusieurs expert-e-s, à comprendre les faits dans leur ensemble et à aller au-delà de quelques interprétations artistiques et intuitives à partir de données brutes. L'interprétation des chiffres sur le suicide en est un exemple flagrant. À chaque année, lors de la parution de tels chiffres ainsi que de ceux sur la réussite scolaire, des groupes d'intérêts disant parler au nom des hommes lancent un grand débat, une véritable charge contre les femmes et le féminisme. À chaque fois, les hommes sont présentés comme les malheureuses et très souffrantes victimes d'un système féminin aliénant et, pour cette raison, ils se suicident. Et, à chaque fois, les femmes sont pointées du doigt et présentées comme la cause ultime du malheur des hommes, et les féministes sont pendues sur la place publique. Malheureusement, plusieurs journalistes et expert-e-s se jettent dans la mêlée et, appuyé-e-s en cela par leur sens commun, font des affirmations qui ne traduisent pas toute la réalité. Même si le suicide est bien spectaculaire et que tout le monde aime bien avoir son opinion sur la question, n'oublions pas que, comme le fait remarquer un expert en la matière (Mishara, 2003), le suicide reste un événement rare dans une population donnée (19:100 000 en 1997, cf. Boyer et al., 2001). Comparativement à une maladie telle que le cancer, notamment, c'est assez négligeable. Malgré tout, le suicide demeure un problème de santé publique important, qui affecte des gens de toute la société, mais particulièrement des personnes jeunes, vulnérables, et démunies sur le plan des conditions de vie et du soutien social (p.ex. personnes atteintes de schizoprénie; autochtones). À cause de cette «rareté épidémiologique» et de la concentration (mais absolument pas l'exclusivité) des suicides chez des populations démunies et malheureuses, il devient difficile d'utiliser les statistiques sur le suicide comme la preuve de l'existence d'un système matriarcal qui détruit irrémédiablement les hommes -- tous les hommes. Il est vrai que la problématique du suicide affecte particulièrement les hommes. C'est un fait, ils sont quatre fois plus nombreux que les femmes à mourir de cette façon, selon des statistiques généralement admises au Québec, mais ailleurs aussi dans le monde, dans des endroits où l'égalité entre hommes et femmes est moins avancée que dans La Belle Province. Jusqu'ici, tout le monde s'entend. C'est sur l'interprétation de ces données que les avis diffèrent. Quand on regarde les chiffres de l'Institut de la Statistique du Québec de plus près, on se rend compte que, sur 12 mois, la probabilité d'avoir eu de sérieuses idéations suicidaires est pratiquement la même chez les hommes et les femmes de 15 ans et plus, soit 3,9% (Boyer et al., 2001). De plus, la probabilité d'avoir effectué un parasuicide (suicide non complété) sur 12 mois est de 0,5% chez les hommes, mais aussi chez les femmes, de la population de 15 ans et plus (Boyer et al., 2001). Enfin, la souffrance psychologique (manifestations anxiodépressives) rapportée est plus grande chez les femmes que chez les hommes. Pour les personnes de 25 ans et plus, 5% plus de femmes que d'hommes se situent dans la catégorie «détresse psychologique élevée» et, chez les 15-24 ans, la différence dépasse 10% (Légaré et al., 2001). Comment peut-on expliquer, dans ce contexte, la plus grande propension des hommes à effectuer des suicides complétés ? En fait, les données de plusieurs études démontrent que cette différence entre hommes et femmes repose sur deux facteurs. Et, fait intéressant, ces facteurs ne reflètent pas une différence de souffrance entre les deux sexes. D'une part, les hommes ont accès à, sont socialisés à, et utilisent effectivement des moyens plus susceptibles d'entraîner la mort que les femmes (p.ex. arme à feu et pendaison c. médicaments). D'autre part, sur la durée d'une vie, les femmes font en moyenne davantage de parasuicides que les hommes. C'est donc dire que lorsque cinq hommes complètent un suicide, une femme meurt aussi par suicide, mais plusieurs effectuent un parasuicide. Ce parasuicide n'est parfois pas le premier, ni le dernier. Il serait peut-être temps de commencer à penser en fonction du tableau d'ensemble des chiffres sur le suicide avant de mettre virilement et collectivement la hache dans les mesures d'accès à l'égalité sur la base de faits incomplets et de débats émotifs, tandis que les masculinistes se frottent les mains et rient dans leur barbe. Au contraire, si certaines valeurs masculines de violence et de radicalisme comportemental étaient tempérées par des valeurs plus égalitaires, peut-être que le nombre de suicides complétés par des hommes diminuerait. |
![]() Benoît Szault |
Un Cas flagrant d'équivocation 2005-11-04 |
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Au centre de l'éducation physique et des sports de l'Université de Montréal se tient le festival Arcadia, qui est décrit comme étant «une célébration de la culture du jeu vidéo». Il est amusant de constater l'association, bien surprenante, entre «sports» et «jeux vidéos» de par l'endroit où se tient l'événement, quand on sait que les individus troquent de plus en plus l'activité physique pour les divertissements faciles. Chez les jeunes, ces divertissements, ce sont bien souvent les jeux vidéos. J'ai moi-même passé une partie substantielle de ma vie à jouer à des jeux vidéos, mais je n'ai jamais cru qu'il s'agissait de sport. Il est compréhensible qu'un tel festival se tienne dans un endroit comme un centre d'éducation physique puisque il faut beaucoup d'espace pour les équipements, les ordinateurs, et les gens. C'est un peu comme faire un party étudiant dans un gymnase ou une cafétéria, finalement. Là où l'association sports-jeux vidéos devient beaucoup moins amusante, c'est quand une chercheure tente de démontrer, à l'aide de sa science toute-savante, que de jouer à des jeux vidéos est, à certains égards, comparable à faire du sport. Il est vrai que les jeux vidéos développent certaines stratégies cognitives, demandent un apprentissage moteur, peuvent induire de la fatigue, et requièrent beaucoup d'attention. On peut dire la même chose des sports. En fait, on peut dire la même chose d'une multitude d'activités : apprentissage de la musique, cuisiner, faire du théâtre, enseigner... Quand on pratique une activité quelconque de façon active, à effort égal, les processus sollicités par cette activité font que le cerveau apprend, le corps apprend, et ce indépendamment de la volonté ou de la motivation; rien de bien nouveau jusque ici. La possibilité de comparer les deux types d'activités, soit les sports et les jeux vidéos, s'arrête là. Quand on fait de l'activité physique, plusieurs composantes du corps travaillent ensemble, et apprennent : on peut ainsi augmenter force, agilité, adresse, coordination et endurance cardiovasculaire. Aussi, les symptômes de l'effort deviennent évidents : sudation, essoufflement, augmentation de la fréquence cardiaque, fatigue, douleurs musculaires légères. Quand on joue à des jeux vidéos et qu'on est surexcité, il est parfois possible d'observer certaines manifestation physiologiques semblables à celles d'une activité physique soutenue (p.ex. augmentation de la fréquence cardiaque). La différence, c'est que ce n'est pas l'effort physique, mais bien le stress qui est l'agent déclencheur en cause. Le stress est connu pour être associé à une augmentation de la performance dans des situations exigeantes. C'est une sorte de turbocompresseur pour le système nerveux. Cependant, les effets de mobilisation amenés par le stress, s'ils sont maintenus, peuvent avoir des conséquences graves. Ainsi, le stress (surtout le stress chronique) a été associé à l'épuisement, la vulnérabilité psychologique, la dégradation des habitudes de vie, l'insomnie, les problèmes cardiaques, la mort de neurones, la réduction de la réponse immunitaire et le développement du cancer. Donc, s'infliger un stress chronique en devenant adepte des jeux vidéos ou des sports extrêmes, c'est un non-sens. Un non-sens logique, explicable, mais un non-sens quand même en regard de la santé, surtout quand on sait que les populations défavorisées ont des bilans de santé physique et mentale inquiétants partiellement dus à leur exposition à un stress chronique. Par ailleurs, les différences dans les processus physiologiques engagés dans l'activité physique et les jeux vidéos peuvent mener à des effets «comportementaux» opposés. Une de ces activités est un facteur de risque pour l'excès de poids, l'autre, un facteur de protection (je vous laisse deviner quelle activité correspond à quelle conséquence probable). Et notre société n'a jamais été aussi grosse : selon l'Institut de la Statistique du Québec, la proportion de québécois-e-s en excès de poids a augmenté de 3,4% entre 1992-93 et 1998, soit une période de 5 ans (Ledoux et Rivard, 2001). De plus, les jeunes hommes, soient ceux qui jouent à des jeux vidéos, font de moins en moins d'activité physique, ce qui les prédispose largement à faire partie des statistiques sur l'obésité quand leur métabolisme aura ralenti, 10 ans plus tard, et qu'ils n'auront certainement pas développé la volonté de faire de l'activité physique. Ainsi, par rapport à l'activité physique, l'Institut de la Statistique du Québec nous apprend que... «La comparaison avec les données de 1992-1993 permet d’observer une diminution de la fréquence de pratique [de l'activité physique], laquelle se concrétise plus particulièrement par l’augmentation de la proportion de la population qui ne fait jamais de telles activités (« aucune fois » [par mois]) (26 % en 1992-1993 c. 29 % en 1998) (...). Cependant, l’analyse de ces résultats selon le sexe fait ressortir que cette diminution de pratique se concentre exclusivement chez les hommes (25 % c. 29 % en 1998) (...). Les femmes, pour leur part, ont plutôt fait des gains entre 1992-1993 et 1998, avec une diminution de la fréquence d’une fois par semaine (16 % c. 13 %) au profit des fréquences de deux et trois fois et plus par semaine (35 % c. 38 %)» (Nolin, Godin et Prud'Homme, 2001).Il existe donc une dissociation entre les processus physiologiques de l'activité physique et ceux du stress (p.ex. induit par les jeux vidéos, et confondu par certain-e-s chercheur-euse-s comme étant une manifestation d'activité physique), et une autre dissociation dans les conséquences du stress et celles de l'activité physique. Qui plus est, l'activité physique régulière est connue pour réduire les effets du stress, et est même un facteur de protection contre les effets néfastes du stress. Comment peut-on confondre tout cela ?! Et, de grâce, ne me parlez pas du nombre infime de jeux vidéos qui requièrent des efforts physiques (et nécessitent des équipements coûteux mais qu'on présente comme les imminents instigateurs d'une révolution depuis le Power Pad de Nintendo, dans les années 80, qui fut un échec total), et ne me faites surtout pas croire que d'appuyer sur les boutons d'une manette constitue une activité sportive. Ce ne sont pas des cas représentatifs ni de jeux vidéos, ni d'activité physique. C'est correct de jouer à des jeux vidéos, mais assumons-nous, tout de même ! Sachant cela, la dernière chose dont cette société grasse et paresseuse a besoin, c'est d'une professeure d'université crédible qui interprète ses résultats scientifiques de façon artistique en utilisant le mot «sport» pour regrouper dans une même catégorie «activité physique» et «jeux vidéos». Ces deux activités étant clairement dissociables en regard des processus physiologiques et des conséquences possibles, cela ne fait que générer de la confusion. Est-ce que jouer de la musique, enseigner, faire du théâtre, faire de la politique, à la limite travailler (activités qui génèrent toutes un stress) constituent des sports ? Ainsi, le mot «sport» devient passablement ambigü, puisqu'il peut avoir plusieurs définitions. C'est ce qu'on nomme un cas d'équivocation. C'est une faute logique grave qui n'a pas sa place en science, car la science ne doit pas fournir des interprétations douteuses pour déculpabiliser une population par rapport à des problèmes sociaux et de santé collective importants, mais bien apporter des solutions. Les seul-e-s qui comprennent clairement la situation et qui risquent d'en tirer parti, ce sont les jeunes qui veulent continuer à jouer à des jeux vidéos au lieu d'aller faire de l'activité physique et qui vont s'empresser de dire à tout le monde que les jeux vidéos et l'activité physique sont la même chose, pour enfin libérer leurs parents de l'angoisse vécue, bien légitime, du fait qu'ils-elles font partie des statistiques alarmantes sur la sédentarité et l'excès de poids... Et ce, au plus grand dam de la Direction de santé publique du Québec, qui tente de faire des miracles en prévention avec des moyens relativement restreints, et qui partent perdantes en proposant aux individus de faire des efforts. |
![]() Clara Diaz Epine |
Dr. Mailloux 2005-11-01 |
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Je n'aime pas vraiment le Dr. Pierre Mailloux. De lui, on entend dire qu'il est peut-être raciste, probablement mysogyne, et certainement régressiste; pour ces raisons, on peut ne pas l'aimer, et c'est d'ailleurs mon cas. Mais, si on entre dans ce discours-là, le fait est que l'on demeure dans l'opinion. Le désaccord devient personnalisé, et puis on adopte ou on rejette d'abord les idées, puis la manière dont elles sont amenées, puis enfin, le personnage tout entier. La question devient accord-désaccord, j'aime-j'aime pas. Je ne souhaite pas, dans cette entrée, démontrer à quiconque à quel point je suis en désaccord avec lui ou à quel point je peux le détester. Je voudrais plutôt aborder la question sous un autre angle. Cet individu est un médecin, et même un médecin spécialisé en psychiatrie. Il est donc membre du Collège des médecins, un ordre professionnel. Cela fait en sorte qu'il a un privilège (pratiquer la médecine). Or, les privilèges s'accompagnent, sont indissociables, des responsabilités. Le privilège accordé par un ordre professionnel (ici, le pouvoir de pratiquer la médecine) s'accompagne d'un devoir moral, celui de faire preuve de sérieux dans sa pratique, et d'un devoir légal, celui de ne pas nuire à l'honneur et à la dignité de la profession. Toute personne membre d'un ordre professionnel doit donc bien se conduire et servir de modèle, car il ou elle représente la profession. Prenant acte de cela, je crois qu'un-e professionnel-le ne doit pas se donner en spectacle et se lancer dans de grandes déclarations controversées susceptibles de soulever les passions, du moins dans le cadre de ses fonctions. Les membres des ordres professionnels sont des personnes qui pratiquent une science et doivent, dans leurs communications, affirmer cette science avec nuance et modération. La raison en est fort simple : la science donne une crédibilité, et avec la crédibilité, du pouvoir d'influence qu'il faut exercer avec rigueur. Sans cela, toutes sortes de dérapages peuvent survenir, notamment de nature politique ou pour l'obtention de bénéfices individuels. Les affirmations qui s'écartent de la science, tout particulièrement les affirmations polarisées, sont à proscrire, parce qu'il devient facile de sombrer dans l'opinion et la démagogie. La science est, en tout cas aussi humainement que possible (d'où l'intérêt de nuancer), à propos de faits, pas d'opinions. Oui, bien sûr, si un-e professionnel-le décide de faire de l'opinion avec une façade de science, les gens vont respecter son inébranlable force de caractère, voire même son héroïque résistance face aux institutions et aux fonctionnaires (effet Mongrain-Fillion)... du moins, si les affirmations vont dans le sens de leurs convictions. Le reste des gens vont contester cette personne, ce qui n'aide certainement pas à maintenir la crédibilité de la science et de la profession. Au contraire, cela nuit aux autres membres du groupe professionnel en question, desquels les professionnel-le-s doivent être généralement solidaires (sauf pour les cas de déontologie et d'incompétence). Oui, bien sûr, si un-e professionnel-le dénonce avec véhémence les principes sur lesquels les ordres sont fondés, ou encore démolit gratuitement un groupe plus ou moins bien défini de collègues membres de l'ordre en question, c'est le triomphe de la droite du gros bon sens, des anti-intellectuels et des absolutistes de la «libarté» d'expression. Sauf que le ou la professionnel-le qui fait cela brise la solidarité professionnelle et joue un double-jeu. D'une part, cette personne veut avoir les privilèges d'être membre de cet ordre, mais, d'autre part, ne souhaite pas en avoir les responsabilités et les obligations. À cause de la nature du travail effectué et de la science en cause, les professionnel-le-s profitent d'une certaine autonomie, et ne peuvent être jugé-e-s que par d'autres professionnel-le-s. C'est ainsi que fonctionnent les ordres. Il est possible de ne pas y entrer et de les contester de l'extérieur; il est aussi possible d'y adhérer et de les réformer de l'intérieur. Toute autre possibilité est incohérente avec le fonctionnement des ordres. Il existe des mécanismes internes de régulation dans les ordres professionnels. Les blâmes sont institutionnalisés, et il faut passer par la procédure, non pas se donner en spectacle sur la place publique en jouant les victimes par la suite lorsque des sanctions (prévisibles) s'abattent sur le ou la professionnel-le défiant-e. Le système québécois des ordres professionnels est un des meilleurs au monde en ce qui concerne l'auto-régulation et la protection du public. Évidemment, ce système n'est pas parfait, et il existe certainement de mauvais-e-s professionnel-le-s et des profiteur-euse-s, aussi, que le système ne détecte pas. Mais, tenter de court-circuiter le mécanisme par des dénonciations populistes pour l'avancement de ses idées personnelles n'aidera en rien la situation. On doit donc se méfier d'un-e professionnel-le qui, comme le Dr. Pierre Mailloux, passe son temps à enfreindre les principes moraux fondateurs des ordres professionnels tout en profitant largement du halo de crédibilité que la science, le diplôme et le titre confèrent. En science, la popularité et l'opinion ne doivent pas servir d'autorité. Pour ces raisons, non seulement je ne suis pas d'accord avec le contenu des opinions du Dr. Pierre Mailloux, qui bien souvent s'écartent de ce que je connais de la science, mais je ne suis pas d'accord avec le contexte à partir duquel il livre ses opinions. |
![]() Benoît Szault |
Cheerleaders 2005-10-05 |
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Au cours de l'été, il m'est arrivé quelques fois de rentrer chez moi vers 18-19h, une heure à laquelle les gens soupent et restent à l'intérieur de leurs habitations. En traversant le terrain du collège derrière lequel j'habite, j'ai croisé des cheerleaders en train de s'entraîner à faire diverses figures. D'ailleurs, la présence d'un observateur passager - phénomène rare à cette heure-là - semblait les importuner. Ce que font les cheerleaders pour le sport et l'esthétique est certes remarquable, mais je ne peux m'empêcher de ne pas les aimer, pour deux raisons. La première raison est qu'elles figurent toujours dans les films de high school américain, et que je HAIS ces films. Les films de high school américain sont à peu près tous pareils, hautement prévisibles. Supposément humoristiques, ces long-métrages de série B suivent les aventures d'une classe d'étudiant-e-s typiques, avec des personnages très peu développés appartenant à des catégories fermées (p.ex. le capitaine de l'équipe de football, son rival, sa copine cheerleader, le gros monstrueux qui ne comprend jamais rien, le délinquant, la salope, le génie rejet malingre, et c.). Bref, imaginez un peu l'univers de Daria, mais dans une version idéalisée... et sans Daria (évidemment). L'intrigue de ces films tourne généralement autour d'amours impossibles et de multiples occasions de débauche de jeunesse, et réaffirme avec vigueur toutes sortes de croyances plus risibles les unes que les autres, bien sûr porteuses du rêve américain. Et pour les gens qui y croient, un espoir bien vide remplace admirablement les expériences de jeunesse les plus malheureuses, voire pitoyables, sans parler de la parentalement dangereuse perte du contact avec la réalité (effet Watatatow). Cela nous amène à la seconde raison de ma réserve par rapport aux cheerleaders : elles sont radieuses du triomphe et de la toute-puissante hiérarchie adolescente. Ce triomphe présente un univers rigide, où des tribus hétéroclites luttent pour la survie et, accessoirement, la domination de l'univers scolaire. Or, dans cet univers, les règles qui font qu'une personne ou un groupe est perdant ou gagnant sont écrites d'avance (on ignore où), et la conformité la plus totale à ces règles est prescrite. En termes simples, ces règles sont à l'effet que les gars sont les gars (i.e. virils), les filles sont les filles (i.e. des objets sexuels), et que les dominants doivent aliéner tout le reste du monde afin de s'assurer que les règles ne changent pas. Si vous ne comprenez pas, imaginez l'époque sombre préféodale du début du Moyen-Âge, et vous aurez une bonne idée. Les survivant-e-s de cet univers en ressortent abruti-e-s et complexé-e-s; plusieurs tombent avant même d'avoir commencé à vivre, blessé-e-s à mort par les pièges du développement psychomoteur et l'égocentrisme aveugle des autres. Donc, pour ces raisons, je n'aime pas ce que représentent les cheerleaders, gagnantes très relatives et passagères d'un jeu rude et animal dans lequel, finalement, seuls les mâles dominants s'en tirent (et se tirent). Hiérarchie adolescente, on te remercie de supplanter une socialisation responsable et de t'assurer que des valeurs médiocres seront inculquées de la façon la plus pure qui soit aux générations montantes. |
![]() Benoît Szault |
La Fierté d'avoir tort, tous ensemble ! 2005-09-18 |
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Cette réflexion ne vient pas d'un événement particulier de l'actualité, mais je pense que je dois vous parler d'un phénomène inquiétant : la fierté d'avoir tort tous ensemble. Cela arrive quand une personne ou un groupe se sent attaqué ou confronté sur une question fondamentale. Des gens se mobilisent alors pour réitérer, redire ce qui a été dit, et répéter autant de fois qu'il le faudra, les mêmes arguments, encore et encore, pour contrer la menace. Les tribunes s'inondent de partisan-e-s idéologues qui se convainquent mutuellement d'avoir raison. Ils-elles ne réfutent peut-être rien du tout, ne calfeutrent peut-être pas les brèches dans leurs positions, mais donnent le sentiment de créer un large consensus et que, quoique l'opposition puisse faire, cela ne donne rien, car... «Nous avons tort, tous ensemble !» C'est généralement une tactique utilisée par la droite, mais ce n'est pas exclusif. L'engouement émotif monstre envers la souveraineté après que Lucien Bouchard ait sauté dans la mêlée référendaire, en 1995, le prouve bien : il n'y avait plus rien à faire pour endiguer la vague souverainiste. Une petite partie de la grève étudiante de 2005 aussi, je pense, s'est déroulée dans cet esprit. C'est grisant, penser d'une façon donnée et savoir que beaucoup de gens pensent aussi de la sorte (surtout quand une position est habituellement minoritaire) : on se sent puissant, désinhibé, on a soudainement tous les droits, toutes les possibilités. Le problème n'est pas d'être dans cet état de passagère manie collective, bien humaine et enrichissante expérience si elle en est, mais bien d'y rester trop longtemps. Le pire est de se croire invincible et d'être content de broyer l'opposition sous le nombre tout en sachant bien que si le nombre diminuait, l'ennemi nous anéantirait aisément, mais puisque ce n'est pas le cas, profitons-en ! Notamment, que dire de CHOI 98,1 Radio X, qui constitue l'exemple le plus évident de mauvaise foi collective, de réaffirmation d'une position dominante d'intouchables entêtés qui considèrent leurs privilèges comme des redevances. Le foule protège davantage qu'elle ne réfléchit et lorsque la foule quitte inévitablement, l'absence de réflexion devient fatale. |
![]() Clara Diaz Epine |
Enfants de la Misère 2005-09-10 |
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Les êtres humains défavorisés continuent de vivre, en fait de survivre, d'une façon moderne qui rappelle toutefois les conditions de leurs parents, et de toutes les générations d'avant, surtout dans les très conservatrices régions rurales. Ces exploité-e-s, et parfois oublié-e-s, du système fonctionnent dans un monde qui leur est propre, et, comme leurs descendant-e-s, je suis moi-même une Enfant de la Misère. Les Enfants de la Misère grandissent dans des maisons enfumées, sales, poussiéreuses. Plusieurs d'entre elles et eux vivent dans des environnements quelquefois dangereux, souvent dysfonctionnels, généralement troublés par la violence, la pauvreté, le stress... et les psychotropes (légaux, precrits, et illégaux). Ces milieux aux règles arbitraires, variables, et aux normes sociales rigides, souvent arriérées, existent dans une sorte d'espace-temps qui leur est propre, et qui rappelle les années 80 (notamment à cause des coupes longueuil, de la mode et de la culture populaire). Peuplés par des personnes à l'émotivité débordante, peu gênées mais gênantes de temps à autres dans leurs manières, et à la pensée individualiste, on y retrouve un mode de vie très utilitariste. Les plus débrouillard-e-s réussissent à améliorer leurs conditions de vie non pas par la mobilité sociale – c'est une solution bourgeoise qui n'est guère applicable hors des livres de sociologie fonctionnaliste - en magouillant leur voie à travers la vie, et avec un peu de chance. Mais, ils et elles demeurent dans cette même logique et, si quelques-un-e-s obtiennent des conditions de vie au-delà de toute espérance, c'est-à-dire, décentes ou même aisées, la base sur laquelle repose cette richesse passagère reste incessamment, toujours précaire, et risque sans cesse de s'effondrer, car plus un-e Enfant de la Misère devient prospère, plus il-elle aboutit dans un univers inquiétant, différent de son milieu d'origine, donc aux normes sociales bourgeoises où il-elle est méprisé-e, dans un langage juridique qu'il-elle ne comprend pas, et dans une richesse rapidement évaluée comme louche et hors-norme par les agent-e-s du gouvernement, et évaluée comme illégitime, voire aberrante, par les autres bourgeois-e-s (syndrôme Les Lavigueur déménagent). J'ai déserté les rangs des autres Enfants de la Misère en prenant le chemin, que dis-je, la Longue Marche, des études supérieures afin de m'engager sur la voie de la mobilité sociale, par un processus psychosocial complexe échappant aux lois statistiques et, de loin, à ma propre compréhension. J'ai développé une conscience de classe au CEGEP alors que mes camarades d'origine n'en auront peut-être jamais, pas par manque d'intelligence, mais bien par manque d'opportunité. Ils et elles resteront à jamais dans une sorte de «présent perpétuel» centré sur eux-elles, leur vécu individuel et de leur petit groupe, et sur l'immédiateté des enjeux qui importent dans LEUR monde. La pensée sociale nécessite beaucoup, beaucoup de prérequis pour émerger et se développer convenablement; même dans un milieu idéal, rien n'est garanti. C'est hors de la portée des Enfants de la Misère, et des concepts tel celui de la Mondialisation, pourtant incontournables pour comprendre le monde d'aujourd'hui, resteront à jamais une abstraction excessivement brumeuse pour la plupart d'entre eux et elles. Bref, c'est l'Obscurité relative, c'est-à-dire celle dans laquelle baignent les plus démuni-e-s, qui empêche l'émergence d'une conscience de classe, voire de la seule intuition claire que quelque chose ne fonctionne pas convenablement dans notre société (autre que «c'est toutes des crosseurs»). Et les Enfants de la Misère réfutent empiriquement Karl Marx. Si je devais avoir un autre nom de famille, ce serait Sansracines. Je ne me reconnais pas dans les institutions, les personnes, le langage et les idées qui m'entourent, issues d'un monde bourgeois. Or, de par ma socialisation à ce milieu fort différent de celui de mes origines, je me rends compte que je n'appartiens plus, que je n'ai plus de destinée commune avec celle des autres Enfants de la Misère. Je m'aperçois qu'ils et elles, après moins de deux ans de leur sortie de l'École secondaire, n'avaient déjà plus de rêves, d'ambitions, voire de possibilités. Et encore fallait-il terminer l'École secondaire... Je vous épargne les détails mais, dans le meilleur des cas, c'est tout à fait exécrable. Comme les Enfants de la Douleur créèrent vague après vague de générations de jeunes souffrant-e-s sur des centaines d'années, les Enfants de la Misère reproduisent la réalité de leurs parents démuni-e-s, engendrant de multiples autres de leurs malheureux, inconscients et misérables semblables. Être Enfant de la Misère, c'est donc contagieux, transmissible (notamment sexuellement, quand on est à l'École secondaire); les Enfants de la Douleur ont pu s'en sortir avec une Révolution, mais je doute qu'une autre ne soit à l'horizon pour nous. Nous aurons été une génération médiocre qui n'aura que le mérite d'avoir été la première du genre, et probablement la dernière à partager moindrement les valeurs progressistes de ses parents. Un genre de tampon monstrueux, hybride, entre deux modes bien différentes. Déjà, les cohortes suivant la nôtre affichent leur appartenance à un autre modèle... celui de l'Internet normalisé, des téléphones cellulaires pour tous-te-s, des culottes taille basse... et de retour du contrôle social et de la droite-du-gros-bon-sens. Enfants de la Douleur, ou encore de la Misère, deux contenants, un seul contenu : seule l'apparence change vraiment, et la Fondamentale ombre de l'Existence s'abat sur nous inéluctablement, sans miséricorde aucune. |
![]() Clara Diaz Epine |
Enfants de la Douleur 2005-09-09 |
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Mes grands-parents, les personnes les ayant précédé-e-s, ainsi que tout le monde qui a vécu (et qui vit encore) dans un contexte d'agriculture de subsistance, sont des Enfants de la Douleur. Ces gens, survivant dans un monde agricole difficile ou encore à l'aube de la société industrielle (qui est encore plus cruelle !), où le Patriarche – prêtre, médecin, notaire, mais le plus souvent simple père de famille – est seigneur et maître aussi autoritaire qu'incontesté de sa société, collection de cellules familiales traditionnelles, pauvres, ignorantes et nombreuses. Violence physique et psychologique incessante, réalité aride, cohésion presque militaire maintenue par la peur et l'angoisse, à tous les niveaux... telle était l'entière essence de leur Existence. Mes parents sont aussi Enfants de la Douleur (en fait, ce sont les dernier-ère-s), mais, sous l'impulsion de forces sociales progressistes vives et passagères, ils et elles construisirent le Québec Moderne, sortant tout le monde qui suivrait, une fois pour toutes, de l'Obscurité Totale. Mes parents font partie d'une génération très expérimentale et créative qui, malgré tout ce qu'on peut lui reprocher, a fait beaucoup avec une petite collection de moyens rudimentaires, peu d'expérience, et de considérables embûches. Ils et elles ont anéanti le clergé, démocratisé la vie politique et sociale, et créé un ensemble fonctionnel des services universels. Remercions-les de ces accomplissements imparfaits, qui nous a épargné, à nous aussi, de devenir des Enfants de la Douleur. La Révolution Tranquille remplaça une collectivité unidimensionnelle, surtout théocratique, par une société plus diversifiée, maintenant économique. La bourgeoisie, surveillée par l'oeil vigilant des groupes progressistes, n'a pu établir une autre société monolithique avec une élite de marchands et une masse de travailleur-euse-s, quoique ce projet devient de plus en plus réalité grâce aux efforts du Parti Libéral. Une partie quand même substantielle de la population demeure donc précaire, voire pauvre, et les derniers Enfants de la Douleur n'y échappèrent pas, à cette nouvelle pauvreté. Ces groupes – pauvres, sans-emploi, personnes peu scolarisées, travailleuses non spécialisées, mères monoparentales, travailleur-euse-s sous-payé-e-s et saisonnier-ère-s des régions, exclu-e-s du système – profitèrent peu du changement d'élite des prêtres vers les administrateurs. C'est malheureux, mais c'est ainsi. Je vous parlerai bientôt de ces gens. |
![]() Benoît Szault |
Automobile City 2005-09-02 |
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Quand je parle de Automobile City, je ne veux pas dire Detroit ou Windsor, mais bien un quartier industriel creux de Québec. Quelque part dans les tréfonds du boulevard Wilfrid-Hamel, après une longue procession de concessionnaires de voitures et de garages, et traversé par trois autoroutes, se trouve (logiquement) le bureau de la Société de l'Assurance-Automobile du Québec (SAAQ). Je suis récemment allé échouer mon examen pratique à la SAAQ. Je n'ai jamais échoué un examen en obtenant 88% auparavant. Si la technique était bonne, j'ai malgré tout fait deux gaffes qui m'ont valu cet échec. Je devrai retourner là-bas, payer cher, et perdre encore une demi-journée de ma vie alors que le temps devient une ressource de plus en plus rare pour moi. Quelque chose m'a frappé en allant à la SAAQ : c'est vraiment inacessible en autobus, et loin de tout. Il faut donc marcher sur le trottoir pendant un bon bout de temps -- quand il y a un trottoir. De plus, à l'intersection Hamel et St-Jean-Baptiste, UN SEUL feu pour piétons se trouve là, alors que d'immenses camions, indisputés rois de la route, polluent ce quartier défavorisé, bruyant et erratiquement traversé d'un champ en friche, d'une colline et de pylones électriques. C'est à croire que la SAAQ veut limiter le nombre de permis de conduire émis à Québec en nous décourageant de nous y rendre. Remarquez que ce n'est peut-être pas une mauvaise idée compte tenu que Québec est une des villes les plus «automobilicisées» de toute l'Amérique du Nord. |
![]() Benoît Szault |
Torses virils nus 2005-08-30 |
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C'est inévitable; à chaque fois que la chaleur s'amène, les hommes, surtout les jeunes, sortent torse nu. Pour les plus vieux (> 40 ans), c'est un peu difficile et plus honteux, car peu d'entre eux ont réussi à ne pas se faire pousser une bedaine à cause de leurs mauvaises habitudes alimentaires et, bien entendu, de la bière. Ceux qui le font s'exposent au ridicule, mais cela, venant des vieux mâles virils, on finit par s'y habituer. À l'âge de l'invulnérable virilité, c'est-à-dire après que maman se soit barrée et avant que la conjointe ne devienne responsable de lui à temps plein (i.e. Maman II), le jeune homme n'a personne pour lui dire de mettre de la crème solaire. Plus il fait chaud, plus la probabilité de voir des hommes au torse nu déambuler dehors augmente. Or, plus il fait chaud, plus le soleil devient meurtrier et plus la menace de développer éventuellement un cancer de la peau se concrétise. Malgré tout, les hommes, fidèles à leur virilité (à défaut d'être fidèles à un principe plus utile), mettent une fois de plus en péril leur santé en se disant que de parader comme les autres poilus en s'irradiant la peau, c'est un but dans la vie, puisque d'autres le font et qu'il faut bien compétitionner. Heureusement pour eux, entre le temps des exploits masculins et des excès sans but, et le temps de payer pour ces comportements inconsidérés par la douleur et la maladie morbide, la grande majorité des hommes se seront trouvés une infirmière bénévole pour les torcher à temps plein et écouter leurs pitoyables pleurnicheries d'hommes invincibles. |
![]() Rouge Shapiro |
Anne-Marie Losique, plus personne n'est capable 2005-07-10 |
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«Sauf votre respect, madame, vous êtes abjecte»
![]() La jeune femme que vous voyez ci-haut, avec de grands yeux, un long nez et un sourire hésitant, n'est nulle... autre qu'Anne-Marie Losique. S'appuyant en cela sur les stéréotypes les plus néfastes, elle s'est érigée en monument du ridicule, écorchant violemment au passage les gens des régions et se faisant le porte-étendard de l'aliénation des femmes par les femmes. Mais que peuvent les être humains... devant tant de carriérisme ? Anne-Marie Losique l'ambitieuse fait n'importe quoi, c'est-à-dire tout, pour grimper, se conformant aux demandes qui éloignent toujours plus l'humain, surtout celle de sexe féminin, de sa dignité. La réaction des gens est le mépris; beaucoup de mépris. Les hommes disent la désirer, mais pas comme on désire une personne qu'on aime. Ce qu'ils entretiennent pour elle constitue un désir violent, misogyne, de conquête virile musclée -- un sentiment analogue que les hommes ressentent parfois face à la pornographie, aux prostituées, ou même lors d'agressions sexuelles. D'autres hommes se présentent comme les preux chevaliers qui l'admirent (une autre forme de désir) et se portent noblement à sa défense et elle n'en a aboslument rien à faire, de ces rustres, occupée qu'elle est à imaginer ses prochaines attaques carriéristes ou encore à s'admirer et à demander : «miroir, miroir... ». Cette seconde réaction du public masculin, plus louable que la première, vise cependant à la «protéger» des réactions de mépris, donc, l'admiration provient elle-même du mépris qu'Anne-Marie Losique inspire à d'autres. Du côté des femmes, le mépris prend bien sûr une teinte différente. Les femmes n'apprécient pas une telle personne qui, d'une part, leur fait une sorte de «compétition» déloyale (un genre de comparatif bon marché ultracaricaturé que les hommes brandissent pour normaliser une série de comportements dégradants qu'ils exigent ensuite des femmes comme si c'était souhaitable ou acceptable) pour l'attention masculine, les désolidarise et, d'autre part, compromet leur droit à l'égalité en véhiculant des stéréotypes et modèles traditionnels peu recommandables si on souhaite aller vers l'émancipation. Anne-Marie Losique est une personne difficilement qualifiable. Au départ, le terme «vulgaire» avait été envisagé, mais elle ne fait vraiment pas partie «du peuple» - dont elle essaie de se distancier au maximum par son carriérisme - pas même dans une façon «Céline Dion à rabais». Le terme «grossière» ne convient pas du tout non plus. Anne-Marie Losique n'est pas grossière; elle tente au contraire de s'élever, de se donner un fini brillant et moderne, p.ex. avec son pitoyable et ô combien agaçant pseudo-accent français. Quel mot peut bien peindre ce personnage des plus inhabtuels ? L'adjectif le plus approprié pour Anne-Marie Losique est «abjecte», comme je le disais en épigraphe. Cet adjectif traduit parfaitement les deux dimensions d'Anne-Marie Losique, car est abjecte «une personne qui suscite le mépris par sa bassesse». |
![]() Rouge Shapiro |
Discours sur la prostitution 2004-12-11 |
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«La mort des loups, c'est la santé des brebis» Je suis contre la prostitution et toute forme de «services» sexuels. Je ne crois cependant pas que le fait de punir les prostituées est une solution viable à ce problème. La sexualité est un des éléments d'une relation affective, qui doit être présente avec d'autres éléments de cette même relation pour avoir un sens. L'achat transitoire du corps d'une femme, dans le cadre d'une transaction soumise aux lois du marché (offre, demande, caractéristiques du «produit») n'a donc aucun sens... aucun intérêt. Une relation affective ne saurait, en effet, être soumise directement aux lois du marché. Par extension, je crois que la sexualité n'est pas un but en soi, et que ce n'est pas une activité qu'on peut isoler ou déconnecter de tout le reste sans en perdre l'essence. Une sexualité dissociée n'est pas un acte relationnel. C'est un acte qui sert d'autres intérêts qu'une relation affective, et et qui repose sur une forme de manipulation, de relation non authentique, donc illégitime (p.ex.un simple générateur de sensations ou une démonstration de la puissance de l'identité masculine). Partant de cela, je conclus que la prostitution n'a pas de sens et est un acte de domination, ce qui est inacceptable. Dans certaines circonstances, la notion éthique de consentement est inappliquable. Dans tous les cas où les conséquences d'un acte sont négatives, très grandes et dépassent ce qui est de l'ordre de l'inconfort raisonnable, il ne peut exister aucune compensation, quelle qu'elle soit, qui soit considérée comme valide pour obtenir le consentement de quelqu'un. La prostitution est une de ces situations. Compte tenu des conséquences néfastes (directes ou indirectes) de la prostitution sur celles qui la pratiquent (santé physique et mentale), il ne peut donc exister de consentement valable pour cet acte. Il s'agit alors d'une forme de «viol payant» toléré par la société, ce à quoi je ne saurais me résoudre. Les prostituées sont, dans cette logique, des victimes d'actes non éthiques de domination. Le fait de punir les victimes en criminalisant la prostitution n'est aucunement une solution. Je pense plutôt qu'il faut criminaliser les actes des souteneurs et des clients tout en donnant des moyens aux prostituées de s'en sortir. |
![]() Rouge Shapiro |
Décision de la Cour suprême du Canada sur le mariage gai 2004-12-10 |
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«Trois choses mènent le monde : la loi, la religion et la bienfaisance» La semaine dernière, je constate que la loi et la religion ont parlé, et la bienfaisance fut ensuite de mise, avec beaucoup de paroles politiquement correctes. Le gouvernement avait demandé à la Cour suprême un avis sur le mariage gai. La Cour a répondu que celui-ci était conforme à la Charte des droits et libertés, mais que toute religion pouvait choisir de ne pas célébrer le mariage entre personnes de même sexe. Le gouvernement va donc aller de l'avant avec son projet de loi et la liberté religieuse est garantie. Tout devrait donc bien aller, mais... On décèle une certaine angoisse parmi les politicien-ne-s; le vote à la Chambre des communes s'annonce serré. Je pense que les droits des personnes homosexuelles doivent être reconnus, incluant celui de se marier et d'adopter des enfants. L'avis de la Cour suprême est donc, dans l'ensemble, satisfaisant. L'idée selon laquelle les personnes qui préfèrent des personnes de même sexe sont psychologiquement désaxées est arriérée et sans fondement scientifique. Les grandes affirmations rhétoriques et mystifiantes des télévangélistes rendent peut-être les gens émotifs, mais ce ne sont pas des arguments. Malgré tout, la droite religieuse canadienne se mobilise et, sous des couverts régressistes mal dissimulés par des valeurs chargées aussi émotivement qu'idéologiquement et n'ayant du sens qu'à l'intérieur de leur propre institution, réclame un référendum national sur la question. En plus d'être maladroite, dépassée par les événements et discriminante, la droite religieuse se tire dans le pied. Un référendum ? BRING IT ON ! |